ATHENA-DEFENSE

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2020, la cassure… prémices de troisième guerre mondiale. réactualisé (suite)

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L’échec de la reconquête

 

 

Depuis la tentative de fédérer au sein d’une nouvelle coalition Les Turcs, les Pasdarans iraniens, les Kurdes, les forces spéciales occidentales et les forces russes débarquées à Tartous en Syrie afin de reconquérir les territoires contrôlés par le califat en suivant l’ Euphrate par des  axes de pénétrations depuis la Turquie au Nord et l’Irak au sud et mobilisant environ cent mille hommes, la situation avait empiré.  La nouvelle coalition était  incapable de coordonner a minima son action. Comment conjuguer des  forces aussi diverses avec des intérêts aussi divergents et des tendances religieuses autant opposées. Quel convergence peut-on  trouver entre les   Kurdes et  les Turcs, les forces Russes et les contractors américains, les Iraniens  chiites et les Irakiens sunnites, et la multitude de tribus soumises en partie à l’EI,  en partie aux forces gouvernementales en raison des pressions, des avantages et des subsides consentis par les uns ou les autres ?  La situation échappait à toute analyse globale. Aucun des pays concernés   avait accepté de se soumettre à un commandement unique. Les parties de territoire reconquis devaient être tous occupées, ce qui mobilisait des effectifs considérables. Ce  qui étaient au-delà des possibilités des forces occidentales et notamment européennes. Les  stratèges Etatsuniens  qui avaient  engagé l’offensive, avec des forces composées essentiellement de contractors et de pseudo conseillers, constataient leur incapacité à adapter une tactique en cohérence avec cette guerre chaotique. L’opinion publique américaine  souhaitait un repli « stratégique », mais  ce qui retenait le congrès et la Maison Blanche, était l’engagement de plus en plus puissant de la Russie et de ses forces spéciales dans le déroulé du conflit. L’armée irakienne armée à grand frais selon des concepts inadaptés à leur culture reculait et abandonnait son matériel chaque fois qu’elle était confrontée à un contact direct avec les forces de Daesh lors de ses offensives soudaines. Daesh  savait regrouper ses forces en unités légères mais extrêmement combatives sur des points stratégiques puis disparaitre en se fondant dans le flot de la population et des réfugiés.  La guerre était donc multiforme et se jouait à front renversé autant sur les arrières que sur les flancs des forces de la coalition.   La même stratégie avait été tentée avec des forces similaires en remontant le Tigre à partir de Bassorah au sud pour reprendre Bagdad tombé aux mains des islamistes de l’EI avec des succès tout autant mitigés. Le rôle de l’aviation de nouveau en appui des unités engagées s’avérait utile mais  extrêmement couteux. On estimait que 10 combattants de l’EI  pouvaient mobiliser et fixer sur le terrain 100 de la coalition. En conséquence, 80000 combattants de Daesh, selon les ratios occidentaux auraient dû justifier l’engagement de  800 000 combattants de la coalition. Or,  nous en avions engagé à peine 200000.  Nous étions arrivés à la limite de la logique d’une intervention militaire, d’autant plus qu’aucun service de renseignement n’était capable de dénombrer le nombre exact de combattants appartenant aux forces islamistes. La situation était sur le point d’échapper à tout contrôle sur le terrain et  les responsables politiques continuaient à manipuler l’opinion en biaisant tous les chiffres et en ne rendant publique aucune analyse.  Pourtant, dans les Etats-majors on persistait à croire que faute d’alternative il était nécessaire de continuer en l’état et qu’un changement de stratégie demanderait un repli,   donc l’aveu de l’échec de l’option militaire…

 

A l'époque de Hafez al-Assad, l'ancien chef de l’État syrien,   la paix,  avait  été acheté en  rétribuant les chefs tribaux qui bénéficiaient ainsi "de postes officiels et des subsides" et en échange,  ceux-ci s’étaient engagés à  combattre les Frères musulmans et les autonomistes kurdes, ennemis du régime. Sous Bachar al-Assad,  un début de normalisation eut pour conséquence d’affaiblir  l’idéologie baassiste  et les services offerts par l’État ont diminué d’autant, dans les régions désertiques et pauvres. C’est alors que l'EI en a profité en offrant à son tour,  une parcelle de pouvoir aux chefs tribaux, auparavant loyaux au régime, qui ont vite  retourné leur veste. Devant la montée des aspirations démocratiques, le clan Assad, issu de la minorité alaouite, une branche dissidente du chiisme, afin d’exploiter les divisions confessionnelles,  relâche des centaines de combattants salafistes détenus dans ses prisons. Ceux-ci viennent grossir les rangs des deux principales organisations fondamentalistes dont le Front al-Nosra. La lutte de certaines factions contre le pouvoir centrale et totalitaire de Bachar est un effet collatéral de la tentative de modernisation de la Syrie. Le  conflit armé issu du mouvement de contestation du 15 mars 2011 à l’encontre gouvernement syrien  débute par des manifestations anti-régime pour l'essentiel pacifiques. Mais les  répressions sanglantes des services de sécurités syriens  font que le conflit dégénère et que celui-ci est largement alimenté par des éléments extérieurs. Face à l'armée régulière d’Hassad,  se constitue et  se structure progressivement une « armée syrienne libre » (ASL), sur la base d'un noyau de déserteurs et de citoyens en majorité issus de la communauté sunnite et, en partie, de combattants étrangers islamistes financés par l'Arabie saoudite et le Qatar. Elle est aussi soutenue et armée par la Turquie, l'Arabie saoudite et le Qatar, et dispose de l'aide d'agents de la CIA opérant à partir de la Turquie. Tandis que le gouvernement syrien était soutenu par l'Iran chiite, le Venezuela de Chavez, l'Algérie, la Chine et la Russie.

 

En Irak,  le rapprochement avec l'EI fut directement lié  au renversement de Saddam Hussein, conséquence de la seconde guerre du golfe de 2003. L’administrateur  américain Paul Bremer en poste choisit de jouer la carte de la  domination des partis religieux chiites.  Ce  choix aboutit à chasser les anciens militaires issus des tribus plutôt sunnites favorisées par Saddam.  Désignés comme ennemis, privés de leur statut, de salaire et de rang social,   ils n'ont alors d’autre choix que de basculer progressivement dans le jihadisme radical plus par obligation que par conviction ou idéologie, et très vite ils constituèrent un socle militaire et politique solide à  Daech.

Dans cet Orient compliqué on ne s’improvise pas maitre d’un jeu dans lequel on ne comprend pas grand-chose aux règles, surtout lorsqu’on est issu de la bonne société américaine qui ne sait donner de sens   qu’à deux  couleurs qui n’en sont pas, le noir et le blanc, oubliant toutes les nuances du gris. Brenner ignorait ou a fait semblant d’oublier les particularités complexes du monde Irakien. D’autres « oublièrent » à moins qu’ils n’aient jamais su, que la Syrie, est peuplée entre autres de sunnites majoritaires et que  les Assad sont des alaouites.  Le  père comme le  fils ont ainsi, toujours favorisé les alaouites syriens, qui ne représentent que 10%à 12% de la population en défavorisant la majorité  sunnites dans le pays. Cette religion  qui reste une branche lointaine du chiisme, a toujours été souvent combattue et notamment par les extrémistes sunnites –pas forcément syriens– qui combattent actuellement en Syrie. Et ces extrémistes considèrent les alaouites comme hérétiques de même que les chiites. Cette mal-connaissance de la culture millénaire d’un pays, cette ignorance crasse des occidentaux souhaitant imposer leur norme démocratique avec la délicatesse d’un tortionnaire voulant faire avaler une potion amère à un chien. Ce combat occidental contre l’hydre avait été perdu du jour où nous avions voulu apporter la « civilisation » à ces « sauvages ». Mais cette fois-ci, ce n’est pas les « indiens » qui allaient en crever, mais «  l’homme blanc ». 

 

 

Roland Pietrini

septembre 2015

 



12/09/2015
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