ATHENA-DEFENSE

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A propos de la fin d’un cycle. Etats-Unis le chaos. Une glasnost nécessaire.

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Alors que l'Irak est déjà éclaté en trois morceaux, composés d’un Kurdistan autonome, qui dispose de sa propre armée et qui gère ses finances et son économie, que les zones sunnites au nord et à l'ouest sont aux mains des insurgés, que le Sud chiite est sous l'influence de l'Iran et  que Bagdad pourrait bien tomber,  le président des Etats-Unis sous le choc,  tergiverse et hésite.

 

La pensée manichéenne du Bien et du Mal, credo de la réflexion géopolitique de la première puissance du monde, prétexte à une  politique de la canonnière ou celle plus insidieuse de soutien aux agitateurs même s’ils sont pires que le mal  ( talibans) contre lequel ils sont censés lutter,  inspire désormais de la méfiance, y compris dans le cercle restreint de la Maison Blanche.  On mesure aujourd’hui les dégâts de cette politique sans nuance  menée depuis la fin de la seconde guerre mondiale au nom de la lutte contre le communisme puis celui du rétablissement de la démocratie et de la liberté et enfin celui du terrorisme d’après le 11 septembre.

 

Mais c’est  en y regardant de  plus près que l’on mesure à quel point le leader du monde a semé le chaos partout où directement ou indirectement il est intervenu.

 

L’Amérique est ressentie par une bonne moitié de l’humanité comme étant au pire le grand Satan, au mieux comme étant une nation impérialiste et destructrice des cultures en voulant imposer ses normes au reste du monde. L’Amérique reste-t-elle un modèle ? La question à minima mérite d’être posée.   La résistance à cet impérialisme prend des formes de plus en plus  violentes contre lesquelles les vieux schémas de combat sont caducs. La solution apparaît être de moins en moins militaire, elle se situe dans un  nouvel espace à explorer, celui de la refonte de notre modèle et de la lutte contre l’obscurantisme et la misère. Nous n’en prenons pas le chemin.

 

 

Les interventions récentes ou plus lointaines de l’occident et des Etats-Unis se sont toutes traduites par des échecs (Viêt-Nam, Afghanistan, Iran, Irak, Libye, Syrie, Maghreb, Machrek)  et pourtant on continue de faire semblant de croire que la pensée stratégique des Etats-Unis et ses choix en  terme de norme et d’équipement sont les meilleurs. Il y a  là une contradiction majeure, l’Otan aussi, bras armé des EU en Europe montre ses limites,  la crise ukrainienne en est un exemple, l’Otan après l’avoir en partie provoquée, est inadaptée à sa résolution.  

 

Au risque de choquer certains experts,  et d’être en accord avec d’autres,  un constat s’impose, celui de souligner  que les américains n’ont jamais remporté aucune victoire militaire depuis la fin de la seconde guerre mondiale, à l’exclusion de la guerre froide qui est probablement une victoire à la Pyrrhus. (Voir à la fin de cet article, le rapide balayage  des interventions américaines dans le monde qui permet d’en mesurer les dégâts)

Revenons sur le cas de trois conflits majeurs.

En 1953 , en Iran,  la CIA organise un coup d'État pour renverser le Premier Ministre Mohammad Mossadegh, qui avait nationalisé le pétrole. Il est alors éloigné du pouvoir à la suite d’un complot orchestré par les services secrets britanniques et américains,  c’est l'opération Ajax. Après sa chute, Mohammad Reza Shah Pahlavi met en place un régime autocratique et dictatorial fondé sur l’appui américain. En 1963, des émeutes populaires se déclenchent spontanément, le décalage entre la misère du peuple et les fastes  du régime deviennent insupportables. Un jeune agitateur islamique du nom de Khomeini s’y emploie. Le Shah finit par être abandonné par les américains. La suite de l’histoire est connue, les Etats Unis se servent de  l’Irak  de Saddam Hussein  pour tenter de combattre l’Iran islamique. La guerre entre l’Irak et l’Iran est terrible, elle commence en 1980. En 1988, l'armée irakienne reprend le dessus avant d'être vaincue lors de l'opération Mersad (26-30 juillet 1988) qui est la dernière grande bataille de la guerre et qui s'achève par une victoire décisive de l'Iran. Iran 1, Etats-Unis 0

Sauf que, le principal pourvoyeur d’armes de l’Iran du Shah et de l’Irak de Saddam a été les Etats-Unis avec modestement la France et la Grande Bretagne.

Mais cela est insuffisant, la déstabilisation continue, par les deux guerres du Golfe La guerre du golfe 1, (la France y participe)  suite à l'invasion du Koweït par l'Irak en 1990 et débouche sur une victoire, mais une guerre inachevée. Saddam sauve sa peau momentanément.  Mais l’opération que l’on pourrait intituler « Touche pas à mon pétrole » débouche sur la seconde  guerre du golfe. Ce que n’avait pas fait le père Bush, aller jusqu’à Bagdad  le fils tente de le faire en faisant en sorte par tous les moyens d’avoir à nouveau l’aval de l’ONU, en usant du mensonge et de la manipulation dans lesquelles la France n’entre pas. La Cia ment, Bush ment, la Grande Bretagne ne peut que savoir, mais ferme les yeux, la Pologne et l’Italie espèrent tirer quelques avantages économiques, ils n’auront que des miettes. Ce sera donc l’invasion de l’Irak  par les États-Unis et ses alliés en 2003. Ce n’est que le 18 décembre 2011 que les forces américaines achèvent leur retrait d’Irak. Une  Irak instable qui très vite retombe dans la violence. Les chiffres sont effrayants : 114 731 civils irakiens sont morts dans les violences, constituées essentiellement d'attentats, mais selon les données du syndicat des journalistes irakiens, ce sont au moins 250 000 civils irakiens qui ont péri en presque 9 ans, auxquels il faut ajouter 39 900 morts de combattants de toute origine dont 4 489 morts et 32 239 blessés dans les rangs américains (4 806 morts pour l'ensemble des troupes de la coalition et plus de 36 000 blessés). Pour quel résultat ? Un naufrage. Le pays sombre dans la violence et le chaos. Irak 0 Etats-Unis 0.

En 2011, c’est l’Intervention militaire  en Libye avec la France, puis la  chute  de Mouammar Kadhafi, Il savait trop de choses n’est-il pas vrai? La Libye est aujourd’hui en plein chaos livré aux islamistes.

En 2011, la guerre civile s’étend à la Syrie et débouche sur un affrontement contre le régime  totalitaire de Bechar el Assad, puis dérive en lutte fratricide où les islamistes  prennent l’ascendant. L’affaire des armes chimiques dont on ne sait qui les a utilisés en premier ne permet pas d’engager une action militaire directe, contrairement à la France de Hollande qui pousse à l’intervention alors qu’il est affaibli sur le plan intérieur.  Après les  interventions françaises du Mali et de Centrafrique dans lesquels nous nous retrouvons bien seuls pour gérer en fait, un autre chaos. Mais Hollande veut redorer son blason au nom d’une pseudo-morale. Aujourd’hui  le choix d’armer et d’appuyer l’opposition paraît bien dangereux alors que 700 français seraient concernés par les combats au non d’un djihad terroriste qui renoue avec des traditions moyenâgeuses sanglantes et obscurantistes.  

 

L'Irak, héritier de l'antique Mésopotamie, est ancré dans une très vieille civilisation : Sumer (3 000 ans avant J.-C.), Assyrie (1 000 ans avant J.-C.), Babylone (6 siècles avant J.-C.). Entre Tigre et Euphrate, on inventa l'écriture et, selon la tradition, Abraham, père fondateur des trois religions monothéistes, naquit sur cette terre. Bagdad fut aussi pendant cinq siècles (du VIIIe au XIIIe siècle) la rayonnante capitale de l'empire arabe.

L’histoire des  Etats-Unis quant à elle,  commence  en 1607 lorsque les premiers colons anglais arrivent à Jamestown (Virginie). C’est un pays fascinant mais jeune. Or ce pays faut-il le rappeler,  depuis la fin de la seconde guerre mondiale fixe les normes,  celle de la stratégie, celle de la culture, celle de la morale, celle de la référence à Dieu, le président des E-U prête serment sur la Bible.  Ce pays qui nous a sauvé deux fois lors de la première et de la deuxième guerre mondiale, mais depuis a semé d’autres chaos et a essuyé de nombreuses défaites. (Viêt-Nam, Afghanistan,) C’est un échec autant culturel que stratégique. 

Si nous cessions de nous prendre pour des parangons d’intelligence,  il serait temps d’accepter que notre modèle de démocratie n’est pas transposable en l’état et que les régimes totalitaires peuvent être considérés parfois comme point de passage obligé avant de tendre vers une évolution positive de la démocratie.

Nous ne gagnerons aucune guerre si nous n’acceptons pas une remise en cause profonde de nos modèles et de nos normes  qui attirent de moins en moins de peuples.

Nous assistons à la fin d’un cycle. Il n’est pas exclu que les Etats Unis ne le comprenne. Nous devrions à notre tour accepter une glasnost  et une perestroïka salvatrices.

 

Roland Pietrini

 

http://mecanoblog.wordpress.com/2010/03/25/chronologie-des-interventions-americaines-dans-le-monde/



15/06/2014
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