ATHENA-DEFENSE

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Les intermittents de la défense ont moins de poids que les intermittents du spectacle. Economie, stratégie et finances.

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Le  journal « Le figaro » a eu accès à  un rapport du ministre de la Défense  qui souligne l'« évolution stratégique majeure » provoquée par la crise ukrainienne.

«La tendance au retour de la force comme facteur clé des relations interétatiques s'est confirmée», s'alarme le rapport. Dans le dernier livre blanc, la «menace russe» n'apparaissait qu'au travers de deux scénaris de crise placés en annexes. Au-delà de ce qui apparaît comme une évidence, même si le terme menace russe paraît sinon exagéré en tout cas mériterait une analyse et une justification plus poussées,  cette prise de conscience un peu tardive, montre à quel point la rédaction du livre blanc, un an à peine après sa parution, fut un exercice peu convaincant. Un certain nombre d’observateurs, dont je suis, ont déploré la légèreté des analyses géopolitiques et stratégiques, prétexte à une mise au régime sec d’une défense dont il faut se demander à quel niveau de responsabilité celle-ci se situe quant à ses priorités, Bercy  plus que le ministère de la défense en étant l’unique gestionnaire au détriment des priorités stratégiques et de l’outil.

 

La restriction drastique des effectifs, est-il encore utile de le souligner,  représente pour la défense,  60% de la diminution  totale des fonctionnaires d’Etat. La commission de la hache est passée par là sans grand risque, la grande muette ferme sa « gueule » et tant bien que mal remplie ses missions, au détriment des hommes qui la composent. Sous la Rome antique cela se nommait la décimation, sous nos démocraties indigentes, cela porte le nom d’économie sans grand risque, il est vrai, les intermittents  de la défense ont moins de poids que les intermittents du spectacle.

 

Cependant, nos faiblesses sont identifiées, après avoir touché aux muscles, on s’attaque à l’os, pire encore, les diminutions des effectifs successives touchent au cœur même de l’opérationnel et a pour conséquence un renchérissement de notre outil pour une efficacité moindre.  Cela est dû  au retard des crédits de paiement,  à la diminution des commandes, au coût non budgétisé de nos interventions, à la fragilité de certains de nos matériels, au coût exponentiel de la MCO.  Certains de nos hélicoptères volent en démontant deux autres cloués au sol, faute de pièces de rechange. A la chute de l’URSS, on se gaussait de l’état de l’Armée Rouge, encore un effort, on n’en est pas loin.  Et ce n’est pas le général de Villiers qui pourrait me contredire, pour le connaître un peu, je suis convaincu tout autant de sa loyauté que de son honnêteté intellectuelle. A sa place, dans ces conditions, j’aurais refusé la mascarade (oui, le mot est fort, il est à prendre dans son acception première, sans aucun mépris pour les armées) du 14 juillet. 4 millions d’euros, au bas mot,  en cette période de disette, cela aurait permis à nos soldats des conditions de vie plus décentes au Mali , en Centrafrique et ailleurs.

 

Aucun officier un peu sérieux ne peut ignorer qu’il sert désormais une défense dont l’excellence de façade cache des déficiences profondes. L’outil par ses carences n’est pas à la hauteur de la menace,  que celle-ci se situe en Afrique où nous nous enlisons dans l’indifférence générale, ou à l’Est, menace que l’on méprise,  faute d’avoir l’intelligence et les capacités d’en comprendre les motifs.

Je ne crois pas un seul instant au retour d’une guerre froide dont je n’ai aucune nostalgie, après l’avoir un tant soit peu connue.  Je ne crois pas non plus à un interventionnisme russe au delà de son immédiat environnent géopolitique, je crois plutôt à un retour d’un Russie forte, ce qui bien évidemment dérange  les Etats-Unis et leur objectif d’hégémonie mondiale. (voir les articles précédents)

Nous sommes depuis de nombreuses années,  soumis à la toute-puissance des EU d’Amérique, habitués aux défaites, la liste en est longue : Indochine puis Viet-Nam, Afghanistan, Irak, Lybie, Syrie. Certes, des batailles ont été gagnées, mais nous avons gagné aucune guerre.  Et partout, depuis des décennies notre politique interventionniste a été vouée à un échec patent et objectif.

Notre environnement stratégique a profondément évolué, la légèreté avec laquelle est traitée la défense de la France est un non-sens coupable. Là, comme ailleurs nous avons besoin d’un réel et profond bouleversement de nos concepts.

Les intermittents  de la défense ont moins de poids que les intermittents du spectacle, sauf que ce ne sont pas eux qui risqueront leur peau, si par malheur demain les fondements essentiels de nos sociétés seraient à défendre. Cela va sans dire mais encore mieux en le disant. 



26/06/2014
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