ATHENA-DEFENSE

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A propos des violences faites aux femmes.. Enquête et harcèlement..

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Ainsi, il aura fallu attendre la parution d’un livre pour lancer une enquête  interne sur les violences sexuelles dont les femmes sont victimes dans l'armée française. C’est une décision qui va faire réagir et  remettre en cause, je l’espère,  certains comportements.. Mais au-delà j’y vois une nécessaire prise de conscience que certains agissements ne sont plus tolérables, pas plus envers les femmes qu’ils ne le sont envers les hommes. La communauté militaire dans ce monde essentiellement masculin a toujours sanctifié dans son langage les vertus d’une virilité  triomphante sans laquelle on serait considéré comme une lopette ( dans le sens homme veule,  sans caractère) .

 

Les femmes sont donc, considérées soit comme épouses, c'est-à-dire, respectables voire intouchables, soit comme des mères ou des infirmières,  soit comme un rêve inaccessible, objet d’un désir bien compréhensible celui  d’une fiancée qui attend et que l’on désire, soit comme un objet de  plaisanterie salace pour exorciser des rêves intouchables et  au pire comme objet sexuel. Rien de bien nouveau, rien de bien exceptionnel, rien qui ne puisse différencier le militaire du civil, sauf que le huis clos est dans l’armée plus que dans le civil la réalité des troupes en opération.  Les femmes sont désormais partie prenante en opex et ne sont plus seulement invitées, sauf  que ce huis clos peut exacerber certains comportements et le système hiérarchique pyramidal compliquer les moyens de défense de celles qui en sont  les victimes.

 

J’oserais même dire que le chef qui profite de sa position de chef  pour littéralement coincer sa subordonnée et la contraindre par la menace ou la persuasion à certaines faveurs commet une sorte d’inceste.

Que cela soit bien clair, je ne parle pas des coups de foudre, des rencontres entre adultes,  je ne parle même pas des coucheries librement consenties, non, je parle de harcèlement qui consiste à profiter des ses galons, de son pouvoir pour ne pas entendre le non d’une femme, pour passer outre, pour contraindre et rendre la vie impossible à celle qui ose résister.

 

Certes,  je ne vois rein à redire lorsque après un repas bien arrosé, il est repris en cœur les chansons de corps de garde, après tout, les chasseurs en font autant, quand aux carabins de seconde année la ligne bleue des Vosges se situe souvent au dessous de la ceinture.. Je ne vois rein à redire, non plus, tant que l’on donne aux femmes présentes le droit à leur propre dignité et le pouvoir de dire stop. Sauf  que certains ont tendance à croire que ce qui se passe sous la tente de la cantine est du domaine du secret défense ou  du diffusion restreinte,  et bien non, c’est un lieu publique et si il y a débordement celui-ci doit être sanctionné.

 

Il y a débordement lorsque quelqu’un  est une  victime objective. Chanter à tue tête le curé de Camaret même les femmes en sourient, mais obliger une soldate à mimer une fellation sur les genoux de son adjudant devant une hiérarchie qui ne bouge pas, « çà pas bien » comme dirait un légionnaire.

 

 

Autre exemple, avant un départ pour Djibouti,  lorsqu’un  médecin chef se permet de rappeler à juste titre lors d’un amphi que les éthiopiennes ( en parlant des femmes dans les bordels) sont porteuses d’un certains nombre de maladies et que beaucoup sont séropositives, il est dans son domaine, il fait le job. Mais lorsqu’il indique que les femmes soldats qui partent en séjour sont disponibles et pourraient « servir », c’est plus qu’un dérapage, c’est une insulte envers celles qui se sont engagées pour servir la nation, certainement pas les hommes et  pas pour être des putes. Dans ce cas précis, une Major c’est alors levée pour dire sa désapprobation, il était trop tard les rires gras avaient fusés.. Humour ou irrespect ? Mais cela traduit un certain réflexe machiste d’un bas de plafond, médecin de surcroît.  Sauf que seule une Major était en position de répondre, pas les gamines de 20 ans 1° classe ou caporale.   Quel exemple ont-elles retenu de l’institution, puisqu’on leur met dans la tête lors de leur formation que, règle n°1, le chef a toujours raison ?

 

Dans l’immense majorité des cas, les femmes le disent,  tout se passe dans un respect mutuel et sans aucun problème. Je pense d’ailleurs, à tort peut-être,  qu’il y a moins de problèmes statistiquement dans l’armée que dans certains milieux civils. Le  principe qui indique qu’un soldat est un soldat et que le sexe importe peu permet de passer outre un certain nombre de règles.

 

Il est vrai que  la féminisation dans les armées n’a pas été préparée mais imposée par une hiérarchie qui n’aucunement pris en compte les problèmes que cela pouvaient causer. Nier ces problèmes et se replier frileusement sur l’irréprochabilité de l’institution ne fera pas progresser les mentalités.

 

Ce  qui doit changer c’est en premier lieu, l’attitude du commandement, face à ces cas marginaux.  Dans ce domaine délicat certes, où il faut éviter les amalgames et les provocations, la parole doit être libérée. Celle du chef ne doit pas être plus recevable que la parole d’une subordonnée, contrainte à se taire,  à demander sa mutation ou à porter plainte au civil ou au pénal.  La hiérarchie  doit sanctionner tout harcèlement et ne pas considérer la victime systématiquement comme un fauteur ou une fauteuse de trouble.. Ce qui est le cas aujourd’hui.

 

Alors une enquête pourquoi pas ? Mais si cette enquête  débouche sur la rédaction d’un point supplémentaire de  règlement  sans  aucun discernement  (à la con en langage militaire, et chacun sait que le règlement est une p. que chacun enc. A sa façon , pas vrai ? ) et  en la matière le pire est toujours possible,  je ne pense pas que cela soit utile ou souhaitable.  L’argument qui consiste aussi  à rejeter cette enquête, sous prétexte qu’il peut y avoir des affabulatrices ou mythomanes, est irrecevable.  Dans la majorité des cas, en tout cas, ceux   qui seraient connus de l’adefdromi, ces harcèlements au sens large sont avérés et bien réels.

 

En lieu et place  d’une enquête interne, (ce qui est interne reste en général interne, ce qui veut bien dire non publique) j’aurais préféré, il est vrai,  une enquête extérieure et indépendante. Mais cette enquête et ce livre auront au moins un mérite, celui de faire bouger doucement les lignes.  Pour la dignité de l’institution cela est utile.   

 

Roland Pietrini 

 



01/03/2014
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