ATHENA-DEFENSE

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Audition du Général Georgelin par la commission de la défense nationale

— Audition du général Jean–Louis Georgelin, chef

d'état–major des armées, sur la situation des opérations

extérieures ..................................................................................

Présidence

de M. Guy Teissier,

Membres présents ou excusés

Présents. - Mme Patricia Adam, M. Patrick Beaudouin, M. Jean-Louis Bernard,

M. Daniel Boisserie, Mme Françoise Briand, M. Jean-Jacques Candelier, M. Laurent Cathala,

M. Bernard Cazeneuve, M. Guy Chambefort, M. François Cornut-Gentille, M. Philippe

Folliot, M. Yves Fromion, M. Guillaume Garot, M. Franck Gilard, M. Michel Grall,

M. Christophe Guilloteau, M. Francis Hillmeyer, Mme Françoise Hostalier, M. Jacques

Lamblin, Mme Marguerite Lamour, M. Gilbert Le Bris, M. Alain Marty, M. Christian

Ménard, M. Damien Meslot, M. Jean Michel, M. Alain Moyne-Bressand, M. Philippe

Nauche, Mme Françoise Olivier-Coupeau, M. Daniel Poulou, M. Guy Teissier, M. Marc

Vampa, M. Yves Vandewalle, M. Jean-Claude Viollet, M. Michel Voisin.

Excusés. - M. Gérard Charasse, M. Jacques Desallangre, M. Pierre Frogier,

Mme Marylise Lebranchu, M. Daniel Mach, M. René Rouquet, M. Bruno Sandras, M. André

Wojciechowski.——

 

Principaux extraits:

M. le président Guy Teissier.

Mes chers collègues, c'est avec un très grand plaisir et avec émotion que je souhaite en cette fin d'après-midi la bienvenue, en votre nom, au chef d'état-major des armées, le général Jean-Louis Georgelin, que nous recevons sans doute pour la dernière fois à ce titre.

Nous avons souhaité vous entendre, mon général, comme nous avons déjà eu l'occasion de le faire, sur la situation des opérations extérieures (OPEX).Nos armées sont engagées sur plusieurs théâtres dans le monde, notamment en Afghanistan. Vous étiez venu après le drame d'Ouzbine, puis vous aviez fait une présentation globale des OPEX le 10 septembre 2008. Vos exposés sur les projets de lois de finances ont été à chaque fois l'occasion de dresser un panorama de nos engagements.

La situation reste difficile en Afghanistan. Ces dernières semaines ont malheureusement été marquées par la mort de plusieurs soldats français – un de nos chasseurs du 13e bataillon de chasseurs alpins vient de perdre la vie il y a quelques heures à peine, devenant ainsi la quarantième victime française de ce conflit.

Une conférence s'est tenue à Londres le 28 janvier dernier et la France va envoyer 80 instructeurs supplémentaires dans l'est Afghan. Vous allez donc nous faire le point sur la situation en Afghanistan, ainsi que sur les autres théâtres où nous sommes présents, sachant que l'intensité de notre engagement en Afrique est sans doute moindre qu'il y a quelques années – je pense notamment à la Côte d'Ivoire et au Tchad. En revanche, avec le réarmement du Hezbollah et le maintien de la menace israélienne, on note un regain de tension au Liban.

M. le général d'armée Jean-Louis Georgelin, chef d'état-major des armées.

Monsieur le président, mesdames et messieurs les députés, vous avez souhaité m'entendre sur les opérations extérieures, un an après ma dernière audition sur le sujet. À cet égard, je tiens à souligner que l'ensemble des évolutions qui avaient été annoncées par le Premier Ministre à cette époque a été réalisé. À votre demande, mes propos se borneront aux seules opérationsextérieures. Je n'aborderai pas les missions conduites par les armées sur le théâtre national ni celles réalisées dans le cadre de la sécurité de notre territoire national. Ces missions, qui engagent chaque jour 1 500 hommes et femmes, sont partie intégrante de notre politique de défense et nécessiteraient une audition spécifique.

Avant de répondre à vos questions, je vous livrerai d'abord un panorama global de l'évolution de nos opérations extérieures sur l'année qui vient de s'écouler, puis je m'attacherai à vous présenter les enseignements, les conséquences ainsi que les défis liés aux opérations extérieures que nous conduisons.

Tout d'abord, quel est le panorama général de nos opérations extérieures ?

Nous sommes actuellement engagés au sein de 25 opérations différentes, qui se singularisent par leur diversité. Chaque crise est différente, chaque théâtre est spécifique. Il y a peu de similitudes entre la crise israélo-libanaise de juillet 2006 et la crise ivoirienne.

Chacune des ces crises est unique et nécessite un traitement particulier. Notre niveau d'implication est également très variable : un militaire pour la mission des Nations unies auLibéria (MINUL) – et près de 4 000 en Afghanistan.

Ces opérations sont longues car les résolutions des crises s'inscrivent dans la durée.

À titre d'exemple, notre engagement le plus ancien remonte à 1948, date de l'installation de la mission de l'Organisation des Nations unies chargée de la surveillance de la trêve en Palestine(ONUST). Cette mission compte encore, 60 ans plus tard, près de 400 hommes et femmes, dont deux observateurs militaires français. Cette notion de durée doit impérativement être intégrée quand on décide de participer à une opération.

Il faut également comprendre que les forces armées stabilisent une situation dégradée, rétablissent la paix mais ne règlent jamais à elles seules des crises qui sont le plus souvent infraétatiques et dont les racines sont anciennes et profondes. Telles sont les opérations d'aujourd'hui, même si les armées remplissent aussi des missions plus ponctuelles comme peut l'être notre participation à l'aide aux populations touchées par le tremblement de terre en Haïti.

Ces opérations sont très dispersées géographiquement et marquées par une évolution du déploiement de nos forces sur « l'arc de crise » tel qu'il est défini dans le Livre blanc.

Nous engageons 38 % de nos effectifs en Asie centrale, contre 31 % en Afrique, 16 % en Europe et 15 % au Proche-Orient. La modification de la répartition de nos efforts a été sensible en 2009, puisque 57 % de nos troupes sont engagées sur l'arc de crise alors qu'elles ne représentaient que 43 % en fin d'année 2008.

Au total, nos interventions mobilisent aujourd'hui des effectifs de l'ordre de 9 000 hommes et femmes.

Depuis ma dernière audition au printemps 2009, le volume des forces déployées a diminué de près de 3 500 militaires. Cette diminution sensible des effectifs a été rendue possible par les évolutions positives que nous enregistrons sur les différents théâtres – cela n'est jamais assez souligné –, notamment au Kosovo, en Côte d'Ivoire, au Tchad et, dans une moindre mesure, au Liban. Ces évolutions soulignent que les notions de sortie de crise et de réversibilité sont bien réelles.

Si ces évolutions positives se confirment, elles permettront d'envisager de nouvelles réductions de nos effectifs déployés au cours de l'année 2010. Après le déroulement attendu

du processus électoral en Côte d'Ivoire, nous pourrions mettre un terme à l'opération Licorne, qui mobilise 900 hommes. Au Kosovo, en accord avec nos partenaires de l'OTAN et conformément à la planification, nous devrions nous désengager de la KFOR, à laquelle participent 760 de nos hommes.

Sous réserve que nous ne soyons pas engagés dans une nouvelle crise, nous aurons ainsi réduit notre engagement dans les opérations extérieures de plus de 5 000 hommes en deux ans. Cela mérite d'être souligné.

Cependant, le taux de projection des forces françaises reste significatif. Il traduit la contribution constante de notre pays à l'effort de la communauté internationale pour assurer la stabilité mondiale. Il ne s'agit pas uniquement d'assumer les responsabilités d'un membre permanent du conseil de sécurité de l'ONU, mais aussi d'éviter que ne se développent des menaces pour nos intérêts stratégiques, pour nos concitoyens et pour les valeurs que la France défend, y compris dans des zones laissées à l'écart de la mondialisation.

Pour que ce panorama soit complet, je voudrais à présent aborder un sujet qui vous préoccupe autant que nous et qui a fait l'objet d'un rapport en 2009 de la mission d'évaluationet de contrôle de l'Assemblée nationale : le surcoût des opérations extérieures. Au-delà des questions de sémantique, cette expression recouvre bien la même réalité que ce que ce rapportplace sous le vocable de coût : je parle bien du coût net, du coût supplémentaire que génèrent ces opérations.

En 2009, il devrait s'élever à 873 millions d'euros, en augmentation de 5 % par rapport à 2008. Certes, la réduction de notre dispositif a généré une économie globale de l'ordre de 82 millions d'euros, dont 56 millions d'euros pour les rémunérations et charges sociales. Toutefois, cette économie a été contrebalancée, entre autres, par les dépenses liées à la réorganisation du dispositif français sur le théâtre afghan, laquelle s'est traduite par une augmentation de 105 millions d'euros. Ces 105 millions d'euros résultent, d'une part, de l'augmentation des effectifs, qui induit un surcoût de 29 millions d'euros, et, d'autre part de l'accroissement des dépenses horsrémunérations et charges sociales pour un montant de 76 millions d'euros. Il s'agit principalement des dépenses liées à l'effort de la protection de nos forces – en hausse de 29 millions d'euros – et à la mise en place de matériels importants de dernière génération, notamment les canons Caesar, les Tigre et les véhicules de l'avant blindé à tourelleaux téléopérés (VAB TOP). Le transport – pour neuf millions d'euros – et la maintenance – pour douze millions d'euros – de ces matériels représentent 20 % du surcoût supplémentaire de 2009 pour nos opérations en Afghanistan.

Je souhaite souligner que 2009 a été une année particulière en termes de financement des surcoûts OPEX. En effet, pour la première fois, les dispositions prévues dans la loi de programmation militaire ont été mises en oeuvre. La troisième loi de finances rectificative pour 2009 a attribué au ministère de la défense des ressources supplémentaires à hauteur du montant des crédits gagés dans le cadre du décret d'avance. Ainsi, les crédits d'équipement du ministère n'ont pas été amputés au titre des surcoûts des OPEX.

Le second point que je voudrais aborder concerne les enseignements que nous pouvons tirer des opérations extérieures actuelles.

J'en distingue essentiellement quatre.

Le premier enseignement réside indubitablement dans le durcissement de nos engagements, lequel résulte de l'évolution de nos adversaires. Aujourd'hui nous sommes confrontés à des adversaires dont nous avons plus de mal à déterminer les ressorts idéologiques. Nous ne pouvons pas appréhender leur action avec nos propres repères intellectuels. Si nous voulons les comprendre et donc les combattre efficacement, nous devonschanger de cadre d'analyse. C'est ce que nos unités ont appris à faire et qui se traduit par une pensée tactique chaque jour renouvelée et plus dynamique, ce que je tiens à souligner. En outre, nos adversaires s'adaptent à ce que nous sommes. Les pirates ne s'arrêtent plus après nos tirs de semonce, les insurgés afghans posent leurs armes pour échapper à la rétorsion. Nous sommes devenus prévisibles, transparents et nos adversaires savent agir sur la détermination de nos nations.

Ainsi, face à la puissance de nos armes, nos adversaires choisissent le combat asymétrique. Qu'il s'agisse de l'orchestration de mouvements de foules, de l'utilisation deboucliers humains, de l'emploi d'engins explosifs improvisés ou de la mise en scène d'actions spectaculaires, leur imagination, comme on le voit régulièrement à Kaboul, est sans limite.

Le deuxième enseignement réside dans la place majeure qu'occupe aujourd'hui la communication dans la conduite des opérations en gestion de crise. En effet, toutes nos opérations se déroulent sous les yeux du monde. La communication est devenue à la fois un outil et un acteur : un outil, car elle conditionne notre perception des événements ; un acteurcar les journalistes, par leur simple présence, influencent le cours des événements.

Outre ce double aspect d'outil et d'acteur, le développement des moyens de communication crée également une pression nouvelle sur notre articulation politico-militaire.Les délais de réaction du politique se sont considérablement réduits face aux événements. L'opinion publique est en prise directe avec le récit qui lui en est fait et elle est en prise de plus en plus directe avec le politique. Elle exerce ainsi un contrôle intermittent de l'action de l'État.

Nos chaînes de commandement intègrent désormais la nécessité de fournir un renseignement objectif dans les délais les plus courts. Toutefois, satisfaire à ce nouvel impératif n'est pas si simple.Le troisième enseignement que nous pouvons tirer des opérations extérieures actuelles réside dans la nécessité d'avoir une approche globale. Le règlement des crises actuelles n'est pas purement militaire. Cela implique d'aborder chaque crise comme un cas particulier, de l'analyser dans son ensemble et de déterminer les éléments qui peuvent avoir une influence. Cela implique aussi d'être capables de coordonner finement sur le terrain les actions de sécurisation et celles de développement.

À cet égard, pendant la phase la plus dure de stabilisation, c'est bien le chef militaire, et personne d'autre – ce qui n'est pas facile à faire comprendre à tout le monde –, qui est le plus à même d'assurer cette coordination et d'orienter les actions de développement en fonction de la situation du moment. C'est ce type d'approche que nous nous efforçons de mettre en oeuvre en Afghanistan comme dans le traitement de la piraterie au large de la Somalie, au travers de l'établissement d'un cadre juridique et de la formation des forces de sécurité régionales.

Enfin, quatrième enseignement, nos interventions se déroulent dans un cadre international. La notion de « guerre juste » est aujourd'hui liée à l'approbation de nos actions par la communauté internationale. La recherche de cette légitimité passe le plus souvent par la mise en oeuvre d'une coalition. Ainsi, nos forces sont engagées de façon croissante au sein dedispositifs multinationaux. Il y a dix ans, 35 % de nos opérations étaient sous commandement national contre 17 % en 2010.

Aujourd'hui, 74 % de nos effectifs déployés sur des théâtres d'opérations extérieures le sont dans un cadre multinational, dont 49 % dans le cadre de l'OTAN, 18 % dans celui de l'ONU, 5 % dans celui de coalitions ad hoc et 2 % dans celui de l'Union européenne. Cette dimension internationale doit être conservée à l'esprit tant elle conditionne la définition de la stratégie comme la conduite des actions. À cet égard, les armées françaises doivent s'adapter en permanence pour maintenir l'interopérabilité nécessaire à l'intégration de leur action dans celle d'une coalition.

Au-delà de ces quatre enseignements, je souhaite à présent évoquer les conséquences de l'évolution des conditions de nos opérations extérieures pour notre outil de défense.En premier lieu, je constate que, dans une période où le coût des opérations est devenu un principe directeur dans la prise de décision, leur durcissement a de fortes conséquences sur les budgets et sur la préparation de l'avenir.

Ainsi, la nécessité d'engager nos meilleurs équipements, de les adapter aux évolutions des menaces et de disposer d'infrastructures plus sûres pèse, entre autres, sur lessurcoûts OPEX. Le coût annuel d'un soldat déployé en Afghanistan est de 105 000 euros alors qu'il est de 57 000 euros pour son camarade qui participe à l'opération Licorne en Côte d'Ivoire. Nous devons tenir compte de cette réalité car elle nous conduira à faire des choix, soit en volume, soit en durée, et elle imposera un recours plus fréquent à des arbitrages relevant directement du chef des armées.

En outre, l'exigence d'un théâtre comme l'Afghanistan nous a conduits à être plus réactifs en termes d'équipements. Cette réactivité se traduit par des achats en urgence opérationnelle qui permettent à nos troupes d'accroître leur efficacité et d'agir dans les meilleures conditions de sécurité possibles. Cet effort d'adaptation réactive des armées aux besoins des forces s'est traduit par l'acquisition d'équipements pour un montant de 270 millions d'euros en 2009 – dont 23 ont été reportés sur le plan d'équipement 2010. Ce montant est à mettre en regard des 195 millions d'euros engagés sur la période 2006-2008.

Près du tiers de ces dépenses concernent les moyens d'acquisition du renseignement, notamment les drones, ce qui illustre à la fois la clairvoyance du Livre blanc et sa mise enoeuvre. Ces drones, dont nous avons amélioré l'interopérabilité, ne sont, je le dis en permanence, qu'une extension des sens du chef. Les drones ne mènent pas la guerre : ils ne peuvent pas remplacer les soldats dans le règlement des crises actuelles, même si leur appui est devenu essentiel.

Les armées doivent donc trouver un juste équilibre entre le financement de besoins indispensables à la réussite des opérations en cours et les investissements nécessaires à laconstruction de l'outil de défense qui, demain, permettra à notre pays de disposer d'armées aux capacités renouvelées, aptes à relever les défis et à affronter les menaces qui pèseront surnos valeurs et nos intérêts. Cet équilibre est toujours délicat : nous ne devons pas tomber dans la fascination du présent, qui conduirait à bâtir un outil de défense fondé exclusivement surnos engagements actuels, à moins de prendre le risque d'être surpris par l'avenir. Je l'ai souvent répété : l'histoire est une succession de surprises stratégiques et les armées doiventêtre en permanence en mesure de faire face à une brutale aggravation de la situation sécuritaire. C'est ce qu'essaient de faire les armées aujourd'hui. C'est pour cette raisonqu'elles entretiennent des capacités qui peuvent apparaître inutiles dans une vision à court terme. Et c'est pour cette même raison qu'elles se préparent à mener des combats qui ne correspondent pas toujours à la réalité de nos engagements du moment. Ce point est essentiel.

La seconde conséquence liée à l'évolution de nos opérations réside justement dans la préparation de nos forces.

En effet, le durcissement des opérations nous a conduits à adapter l'entraînement de nos unités. Ainsi, une unité de l'armée de Terre se prépare durant six mois avant d'être engagée en Afghanistan. Elle se prépare au travers d'exercices réalistes, tirés de cas concrets et d'une instruction dispensée par des personnels qui rentrent de ce théâtre d'opérations. Le retour d'expérience est ainsi systématiquement exploité en boucle courte. L'ouverture sur la culture et l'environnement de l'action militaire est recherchée afin de permettre à nos soldats

de réagir correctement dans un combat particulièrement délicat.

Cette préparation renforcée est exemplaire et mérite d'être soulignée. Elle est tout aussi exemplaire que le sas de décompression qui permet à nos soldats engagés dans desactions dures de retrouver les repères d'une situation de paix avant de rejoindre leurs garnisons et leurs familles. Cette préparation a des conséquences en termes de ressourcesdisponibles pour le reste de nos activités d'entraînement. Néanmoins, ce choix demeure le plus adapté si nous voulons donner aux hommes et aux femmes que nous déployons sur les théâtres d'opérations tous les moyens pour remplir leur mission dans de bonnes conditions.

Enfin, la troisième et dernière conséquence que je souhaite évoquer concerne le poids du nombre de nos opérations sur notre outil de défense. En effet, la multiplication des théâtres d'engagement et leur dispersion géographique créent des tensions sur un certain nombre de capacités, notamment sur nos moyens de commandement, nos moyens de projection aérienne et nos capacités médicales. Cela pose également une délicate équation en termes de soutien logistique. À cet égard, je tiens à souligner que la politique des armées en matière de maintien en condition opérationnelle des équipements est tout à fait efficace. La priorité accordée aux opérations nous a permis de remplir toutes les missions qui nous ont été confiées. Je n'ai jamais eu à annuler une mission pour des raisons de disponibilité de nos équipements, même si cela se fait parfois – et même souvent – au prix de fortes contraintes sur nos capacités et que notre marge de manoeuvre est souvent très réduite en termes de moyens disponibles.

Enfin, je voudrais aborder deux défis que les opérations extérieures nous obligent à relever. Le premier réside dans le soutien de notre opinion publique à nos engagements. En effet, l'une des conditions du succès d'une opération militaire demeure la détermination de la population. Or, placés à l'abri de l'insularité stratégique qu'ont su créer le succès de l'Union européenne et la fin de l'affrontement des blocs, les Françaises et les Français ont de plus en plus de difficultés à établir le lien entre leur propre sécurité, l'intérêt national et des engagements qui se déroulent à des milliers de kilomètres de leur sol. Face à des opérations qui s'inscrivent dans la durée, le maintien du soutien de la population constitue un objectif essentiel. À cet égard, la représentation nationale a, je le crois, un rôle éminent à jouer.

Le second défi résulte de la « judiciarisation » de nos opérations militaires, laquelle s'exprime sous deux aspects. Elle s'exprime d'abord vis-à-vis de nos adversaires. En effet, que devons nous faire d'adversaires qui méprisent le droit de la guerre ? Que faire des pirates arrêtés au large de la Somalie, des insurgés que nous capturons dans les montagnes afghanes ?

Chaque théâtre d'opérations nécessite une réponse adaptée et une réflexion. C'est ce que nous nous efforçons de faire.

Le second aspect de cette judiciarisation concerne nos soldats en opération. Bien évidemment, les militaires ne sont pas au-dessus des lois. Ils ne l'ont jamais été et ne demandent pas à l'être. Leur action sur les théâtres d'opérations doit être encadrée, comme elle l'est aujourd'hui. Cependant nous devons veiller à ce que la tendance de la société à vouloir tout ramener dans le cadre du droit commun ne vienne pas nier la finalité même de nos armées. Un fait d'arme n'est pas un fait divers, pour reprendre la formule du Président de la République. Si nous voulons maintenir l'efficacité de notre outil de défense, nous devons préserver le caractère extraordinaire que constitue l'emploi des armes de la Nation tel qu'il est formellement affirmé par le statut général des militaires. Nous devons laisser aux seize soldats qui l'année dernière ont conduit leur mission jusqu'au sacrifice ultime le sens de leur engagement : celui d'hommes et de femmes qui ont librement accepté de porter les armes de la Nation avec les responsabilités, les devoirs et les risques que cela suppose.

Pour conclure, je voudrais souligner que le travail des armées et l'effort de défense demandent de la constance. Cela montre tout le rôle que le Parlement et en particulier les membres de votre commission vont avoir à jouer dans les années à venir.

En outre, les succès que nous constatons ainsi que l'adaptation de nos armées aux conditions de leurs engagements traduisent  parfaitement la grande qualité de notre outil de défense ainsi que la force morale qui singularise nos militaires – ce point est capital

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22/02/2010
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