ATHENA-DEFENSE

ATHENA-DEFENSE

Chronique américaine d’un voyageur impertinent.

 

 

Alors que les menaces  se précisent sur une Europe passablement démunie face aux phénomènes migratoires en Méditerranée, source possible d’infiltration terroriste et dont l’ampleur pose un problème à la fois de conscience et  de  gestion de crise à long terme, de mon retour des Etats Unis, j’ai retenu quelques images.

 

New York, ground zero: les traces ne sont plus visibles à l’extérieur.   Sous la tour nord;  le gigantisme de ce qu’il en reste, poutres tordues comme fétu de paille, camion de pompier dont il ne subsiste que le corps et la cabine est écrasée par la masse des débris. Photos d’humains errants sur des décombres tels des ossements fossiles,  les visages blanchis de poussière, le regard perdu, silhouettes arrêtées et  stupéfaites comme si la catastrophe avait suspendu le temps. En l’emplacement des tours délimité par des quadrilatères, des milliers de noms de disparus où parfois une rose marque le passage d’un membre d’une famille.  Ce lieu est un lieu de mémoire digne et sans pathos.  

 

 


 

J’observe sur une carte l’itinéraire des quatre avions et je me dis que de sa grotte,  Ben Laden pour organiser une telle opération, ne pouvait être seul, mais que derrière lui un ou plusieurs Etats l’ont probablement aidé.  Timing parfait, il a fallu une préparation de long terme, une coordination sans faille, une connaissance des points faibles et du psychisme des  américains du nord qui pensaient que rien ne pouvait se produire, eux qui depuis la guerre de sécession n’avaient connu  aucun conflit sur leur territoire.

En ce matin du 11 septembre 2001 dans un New York  magnifique,  baigné de soleil, personne ne pouvait imaginer un tel séisme. Car au-delà de la catastrophe, ce sont  les symboles forts d’une Amérique qui se pensait intouchable, qui furent dans une coordination parfaite tous visés. . Wall street, et ses WTC, symbole de la finance, le Pentagone symbole de la puissance militaire, où la cour intérieure est justement désignée Ground zero , car elle était dans l‘esprit des grands chefs militaires la cible prioritaire d'un éventuel bombardement nucléaire lors de la guerre froide, la Maison Blanche symbole de  la puissance politique d’une Amérique hégémonique.

 

 

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Trois  avions transformés en bombes  guidées atteindront leur cible. Le quatrième, le flight 93,  qui visait la Maison Blanche, se crashera quelque part  en Pennsylvanie avec l’aide ou pas des   F 16, il est probable qu’on ne le saura jamais et cela n’a aucune importance. En prenant un vol intérieur de San Francisco à New York, j’avais en souvenir ces instants qui ne se renouvelleront pas, car l’histoire ne peut bégayer de la même manière une seconde fois.  Mais d’autres événements aussi dramatiques surviendront, cela ne fait aucun doute.

 

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Au pied de la Statue de la Liberté,  j’ai croisé Marine le Pen avec son compagnon Louis Alliot, le soir elle participait au raout organisé par le Times, belle opération de récup. organisée par Marine, pour les intimes,  mais de son vrai prénom Marion Anne Perrine, elle a accepté tout sourire que je la prenne en photo sans Statue de la Liberté en perspective, elle  a préféré se mettre face au soleil.  Je ne sais pas si elle s’est arrêtée au passage sur l’île Ellis Island,  entrée principale des immigrants qui arrivaient sur le continent américain et qui a  fonctionné de 1892 à 1954.

Au passage, je note que les informations pour les touristes ne sont indiquées qu’en anglais, et qu’à l’exception de l’espagnol seconde langue aux Etats-Unis  et première en Californie (52% de la population est d'origine hispanique) un effort serait de bon aloi, après tout la Statue de la Liberté est un cadeau de la France. L’impérialisme américain n’est pas un vain mot, y compris sur leur propre sol, que ce soit dans les aéroports, dans les avions, dans les musées, dans le métro, dans les hôtels, hors de l’espagnol ou de l’anglais, les p’tits français sont largués. Heureusement,  la plupart des Américains de Los Angeles à New York en passant par San Francisco sont aimables et  prêts à aider. Imaginons un seul instant une France où les touristes ne seraient accueillis qu’en français, que ne dirions-nous pas?

 

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En traversant certains paysage  entre Arizona, Utah et Nevada ce fut l’occasion de songer à l’histoire des tribus indiennes, le pays Navajo ente Flagstaff, Page et Monument Valley s’ouvre sur des paysages arides et grandioses.

Le grand chef Seattle grand chef des tribus Suquamish y Duwamish écrivit en 1854 ce qui est considéré comme  la déclaration la plus belle et la plus profonde qui ait été faite sur la nation indienne. Elle est d’une totale actualité. Certains esprits chagrins diront que ce texte n’est pas de lui mais  lui a été attribué. Je penche, moi,  pour l’authenticité de ce texte, car il n’a pu naître que dans l’esprit d’un homme sage dont la culture n’avait rien à voir avec celle des blancs avides de terre et de pouvoir. Lorsque l’homme blanc passait,  les plaines puaient de l’odeur des carcasses des bisons massacrés. Au 19è siècle le massacre s’organise ; le but de ce carnage est d’occuper des milliers d’hommes désœuvrés par la fin de la guerre de sécession..

De 1870 à 1875, il a été tué 12,5 millions de bisons officiellement recensés par la vente de leurs peaux. L’objectif principal de l’extermination du bison est celle des indiens qui se nourrissaient et prélevaient en fonction de leur  seul besoin. 

 

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C’est l’un des  pires holocaustes organisé par les blancs venus d’Europe, dont aujourd’hui il ne reste plus aucun témoignage, tout  comme en Amérique centrale et en Amérique du Sud, l’installation de  l’homme blanc se fit par  l’élimination systématique des populations autochtones. C’est un fait, il n’y a pas de quoi en  être fier. Les Amériques modernes se sont construites sur les ruines de civilisations  millénaires dont la culture pour être différente de la nôtre n’en méritait pas moins le respect.   En les tuant, on  a affaibli  notre capacité à s'enrichir de leur culture et de  vivre en harmonie avec la nature que nous continuons à piller sans mesure.

L’Amérique s’enrichit aujourd’hui en extrayant l’huile des roches, en polluant irrémédiablement pour les générations futures les nappes phréatiques. A  Las Vegas l’eau jaillit  et les golfs poussent en plein désert. Le Colorado est alimenté artificiellement. Les réserves en eau douce du Lake Powell diminuent à un point tel que cela est visible sur les  berges abruptes des montagnes. Il n’a pas plu sur le désert de la Death Valley depuis 15 ans et le sel remonte  à la surface.

 

J’en resterais là aujourd’hui, sans conclusion, elle est inutile, je la laisse à un vieillard, à un  sauvage qui ne comprend pas notre désir de détruire la nature,  mais qui nous donne à la fois une leçon  de sagesse et une vision. Et après tout ce qui nous arrive n’est-il pas la conséquence de ce que nous sommes.

« Ce n'est pas l'homme qui a tissé la trame de la vie ; il en est seulement un fil. Tout ce qu'il fait à la trame, il le fait à lui-même »

 

 

Roland Pietrini

 

Comment pouvez-vous acheter le ciel, la terre ? 

 

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Lettre du Chef Seattle

1854

Seattle (1786 ?-1866) est avant tout le nom d'un grand chef indien des tribus Dumawish et Suquamish. Il est connu en particulier pour son discours de 1854 lors de négociations avec le gouvernement des États-Unis, dans lequel il exprimait son refus de vendre les territoires indiens. L'authenticité des mots est contestée, et il existe au moins trois versions du texte. Grâce aux notes prises par le docteur Henry Smith, négociateur du gouvernement, une première version fût publiée dans le Seattle Sunday Star en octobre 1887. Celle qui fait aujourd'hui figure de référence date des années 70.

 

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Comment pouvez-vous acheter ou vendre le ciel, la chaleur de la terre ?

L'idée nous paraît étrange. Si nous ne possédons pas la fraîcheur de l'air et le miroitement de l'eau, comment est-ce que vous pouvez les acheter ?

 

Chaque parcelle de cette terre est sacrée pour mon peuple.

Chaque aiguille de pin luisante, chaque rive sableuse, chaque lambeau de brume dans les bois sombres, chaque clairière et chaque bourdonnement d'insecte sont sacrés dans le souvenir et l'expérience de mon peuple.

 

La sève qui coule dans les arbres transporte les souvenirs de l'homme rouge.

Les morts des hommes blancs oublient le pays de leur naissance lorsqu'ils vont se promener parmi les étoiles. Nos morts n'oublient jamais cette terre magnifique, car elle est la mère de l'homme rouge. Nous sommes une partie de la terre, et elle fait partie de nous. Les fleurs parfumées sont nos sœurs ; le cerf, le cheval, le grand aigle, ce sont nos frères. Les crêtes rocheuses, les sucs dans les prés, la chaleur du poney, et l'homme, tous appartiennent à la même famille.

 

Aussi lorsque le Grand chef à Washington envoie dire qu'il veut acheter notre terre, demande-t-il beaucoup de nous. Le Grand chef envoie dire qu'il nous réservera un endroit de façon que nous puissions vivre confortablement entre nous. Il sera notre père et nous serons ses enfants. Nous considérons donc votre offre d'acheter notre terre. Mais ce ne sera pas facile. Car cette terre nous est sacrée.

Cette eau scintillante qui coule dans les ruisseaux et les rivières n'est pas seulement de l'eau mais le sang de nos ancêtres. Si nous vous vendons de la terre, vous devez vous rappeler qu'elle est sacrée et que chaque reflet spectral dans l'eau claire des lacs parle d'événements et de souvenirs de la vie de mon peuple. Le murmure de l'eau est la voix du père de mon père.

 

Les rivières sont nos frères, elles étanchent notre soif. Les rivières portent nos canoës, et nourrissent nos enfants. Si nous vous vendons notre terre, vous devez désormais vous rappeler, et l'enseigner à vos enfants, que les rivières sont nos frères et les vôtres, et vous devez désormais montrer pour les rivières la tendresse que vous montreriez pour un frère.

Nous savons que l'homme blanc ne comprend pas nos mœurs. Une parcelle de terre ressemble pour lui à la suivante, car c'est un étranger qui arrive dans la nuit et prend à la terre ce dont il a besoin. La terre n'est pas son frère, mais son ennemi, et lorsqu'il l'a conquise, il va plus loin. Il abandonne la tombe de ses aïeux, et cela ne le tracasse pas. Il enlève la terre à ses enfants et cela ne le tracasse pas. La tombe de ses aïeux et le patrimoine de ses enfants tombent dans l'oubli. Il traite sa mère, la terre, et son frère, le ciel, comme des choses à acheter, piller, vendre comme les moutons ou les perles brillantes. Son appétit dévorera la terre et ne laissera derrière lui qu'un désert.

Il n'y a pas d'endroit paisible dans les villes de l'homme blanc. Pas d'endroit pour entendre les feuilles se dérouler au printemps, ou le froissement des ailes d'un insecte. Mais peut-être est-ce parce que je suis un sauvage et ne comprends pas. Le vacarme semble seulement insulter les oreilles. Et quel intérêt y a-t-il à vivre si l'homme ne peut entendre le cri solitaire de l'engoulevent ou les palabres des grenouilles autour d'un étang la nuit ? Je suis un homme rouge et ne comprends pas. L'Indien préfère le son doux du vent s'élançant au-dessus de la face d'un étang, et l'odeur du vent lui-même, lavé par la pluie de midi, ou parfumé par le pin pignon.

 

L'air est précieux à l'homme rouge, car toutes choses partagent le même souffle.

La bête, l'arbre, l'homme. Ils partagent tous le même souffle.

 

L'homme blanc ne semble pas remarquer l'air qu'il respire. Comme un homme qui met plusieurs jours à expirer, il est insensible à la puanteur. Mais si nous vous vendons notre terre, vous devez vous rappeler que l'air nous est précieux, que l'air partage son esprit avec tout ce qu'il fait vivre. Le vent qui a donné à notre grand-père son premier souffle a aussi reçu son dernier soupir. Et si nous vous vendons notre terre, vous devez la garder à part et la tenir pour sacrée, comme un endroit où même l'homme blanc peut aller goûter le vent adouci par les fleurs des prés. Nous considérerons donc votre offre d'acheter notre terre. Mais si nous décidons de l'accepter, j'y mettrai une condition : l'homme blanc devra traiter les bêtes de cette terre comme ses frères.

Je suis un sauvage et je ne connais pas d'autre façon de vivre.

 

J'ai vu un millier de bisons pourrissant sur la prairie, abandonnés par l'homme blanc qui les avait abattus d'un train qui passait. Je suis un sauvage et ne comprends pas comment le cheval de fer fumant peut être plus important que le bison que nous ne tuons que pour subsister.

Qu'est-ce que l'homme sans les bêtes ? Si toutes les bêtes disparaissaient, l'homme mourrait d'une grande solitude de l'esprit. Car ce qui arrive aux bêtes, arrive bientôt à l'homme. Toutes choses se tiennent.

 

Vous devez apprendre à vos enfants que le sol qu'ils foulent est fait des cendres de nos aïeux. Pour qu'ils respectent la terre, dites à vos enfants qu'elle est enrichie par les vies de notre race. Enseignez à vos enfants ce que nous avons enseigné aux nôtres, que la terre est notre mère. Tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre. Si les hommes crachent sur le sol, ils crachent sur eux-mêmes.

Nous savons au moins ceci : la terre n'appartient pas à l'homme ; l'homme appartient à la terre. Cela, nous le savons. Toutes choses se tiennent comme le sang qui unit une même famille. Toutes choses se tiennent.

 

Tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre.

Ce n'est pas l'homme qui a tissé la trame de la vie ; il en est seulement un fil. Tout ce qu'il fait à la trame, il le fait à lui-même.

 

Même l'homme blanc, dont le dieu se promène et parle avec lui comme deux amis ensemble, ne peut être dispensé de la destinée commune. Après tout, nous sommes peut-être frères. Nous verrons bien. Il y a une chose que nous savons, et que l'homme blanc découvrira peut-être un jour, c'est que notre dieu est le même dieu. Il se peut que vous pensiez maintenant le posséder comme vous voulez posséder notre terre, mais vous ne pouvez pas. Il est le dieu de l'homme, et sa pitié est égale pour l'homme rouge et le blanc. Cette terre lui est précieuse, et nuire à la terre, c'est accabler de mépris son créateur. Les Blancs aussi disparaîtront ; peut-être plus tôt que toutes les autres tribus. Contaminez votre lit, et vous suffoquerez une nuit dans vos propres détritus.

Mais en mourant vous brillerez avec éclat, ardents de la force du dieu qui vous a amenés jusqu'à cette terre et qui pour quelque dessein particulier vous a fait dominer cette terre et l'homme rouge. Cette destinée est un mystère pour nous, car nous ne comprenons pas lorsque les bisons sont tous massacrés, les chevaux sauvages domptés, les coins secrets de la forêt chargés du fumet de beaucoup d'hommes, et la vue des collines en pleines fleurs ternie par des fils qui parlent.

 

Où est le hallier ? Disparu. Où est l'aigle ? Disparu.

La fin de la vie, le début de la survivance.

 Chef Seattle, 1854

 

 

 



26/04/2015
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