ATHENA-DEFENSE

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Daesh, une guerre chaotique, le combat des mabouls.

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Treize ans après une expédition américaine à 2 000 milliards de dollars avec 1 million de morts irakiens (plus de 4 000 américains), voilà  donc un Irak éclaté en morceaux avec des frontières qui n’en sont plus, des chrétiens en perdition, un Kurdistan autonome qui dispose de sa propre armée et qui gère ses finances et son économie, un  Sud chiite sous l'influence de l'Iran et  une capitale, Bagdad, qui pourrait bien  finir par tomber. Avec une intervention alliée en urgence pour toute réponse et un bilan plus que mitigé, il serait utile de  constater que les armées les plus sophistiquées au monde avec leurs moyens ISR, leurs satellites, leurs chasseurs bombardiers et qui ont conçu une armée irakienne bâtie sur le modèle américain, n'arrivent pas à stopper les offensives de barbus en Toyota appartenant à Al-Nosrah ou à Daesh. Ce  serait d’ailleurs simplifier l’étendue du problème à le réduire à une solution militaire qui  serait la  seule suffisante. Nous le savons,  l’étendue du chaos est tel que notre paradigme de représentation du monde, sans faire de pléonasme, en a pris un vieux coup, nous sommes, nous, qui nous considérons comme des modèles de vertus et d’intelligence, remis en question puisqu’au-delà de l’aspect « militaire des choses » ( et  celui de la  surprise stratégique), nous sommes contraints à faire face à une remise en cause de l’ensemble de nos valeurs, y compris celle de la valeur fondamentale que nous prêtons au respect de la vie. Certes, au cours de l’histoire, on ne peut pas dire que nous avons donné des modèles de tolérance… Nos guerres de religion ne se firent pas dans la dentelle, l’inquisition  qui dura officiellement de 1478 à 1813 en Espagne,  censée combattre l’hérésie de ceux qui ne respectaient pas le dogme posait « Question ».  Au début, particulièrement dirigée, contre les juifs et musulmans convertis, (marranes et morisques), le système inquisiteur, imposait la terreur (1486 : 750 hérétiques (baptisés en tant que tels) périrent lors de l'autodafé de Tolède) (1). D'une source à l'autre les chiffres sont très variables, les plus conservatrices estiment à environ 2 000 le nombre de personnes brûlées sous le gouvernement de Torquemada. Plus récemment, en ce qui nous concerne et pour en rester là, l’Europe portera toujours l’infamie de la Shoah, ailleurs, en Amérique du Sud comme en Amérique du Nord des civilisations furent simplement éliminées, sans parler de l’esclavage pour lequel nous étions partie prenante et institution régalienne aux Etats-Unis, il en reste quelques scories…   Nous avons donc une certaine expérience et nous savons que les dangers des génocides, des extrémismes, de l’obscurantisme sont et restent possibles. Nous avons eu notre cycle, nous entrons dans le leur, et ça fait mal, ils  sont au calendrier  de l’hégire en 1436. Décrit de cette manière provocatrice, et leur rappeler leur décalage calendaire  serait mettre les musulmans, tous les musulmans, à l’époque du moyen âge et de  l’obscurantisme, on serait tenté de dire allumer la lumière, ce n’est évidemment pas le cas, je ne désigne par cette caricature que les djihadistes et autres mabouls qui ont pour seul  credo le mot Allah et qui en son nom distribuent la mort en raison de l’irraisonnable prétexte de désigner hérétique tous ceux qui ne sont pas comme eux, c’est-à-dire, en gros 100 pour 100 de l’humanité, ils ne représentent en fait rien à l’échelle du monde mais sont suffisants pour faire régner la terreur et la mort. Ces mabouls ,possèdent une vertu que nous n’avons plus, celle d’avoir la Foi, pas de chance, la leur est  au service d’un  déluge d’obscurantisme et d’épouvante, car le déluge est maboul.  (maboul vient du chap7 Verset 5 de la Genèse : il y avait sept jours, et les eaux du déluge furent sur la terre ( וַיְהִי לְשִׁבְעַת הַיָּמִים וּמֵי הַמַּבּוּל הָיוּ עַל־הָאָרֶץ) Oui, cette création punitive de Dieu, qu'on appelle déluge, est maboul. Puis emprunté à l’arabe مهبولmahbwl (« fou », « stupide »).

Nous sommes donc face à ceux qui annoncent clairement leur objectif, celui de répandre leur vision du monde d’abord au Levant puis au pourtour de la Méditerranée puis au reste du monde.   Ce monde que nous avons soumis et dirigé sans partage depuis des siècles, ils considèrent que ce n’est plus le nôtre et ils souhaitent nous le faire payer cher, très cher.

 

 

 

 

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Revenons à la réalité actuelle. Il faut constater que l'accélération du démembrement de la Syrie et de l'Irak et l'aggravation de l'affrontement régional entre islamistes sunnites et chiites dans tout le Moyen-Orient, sont la conséquence de l’interventionnisme aveugle de l’Occident (avions-nous un autre choix ?) des bouleversements post «printemps arabes», et des hivers islamiques qui couvrent désormais une partie du levant. Il est probable que le Liban  et la Jordanie soient dans l’œil du cyclone et risquent d’être entraînés dans ce que l’EIIL nomme le  «grand califat». Seuls Israël et l'Egypte, mais aussi l’Iran, demeurent des Etats suffisamment stables et forts, mais relativement fragiles, susceptibles de lutter contre ce mal absolu. Ces bouleversements amènent à une reconsidération profonde de notre politique envers les pays soumis à une nouvelle donne, celles de la menace que fait peser à la fois Daesh, Al Quaïda et Boko Haram[Rc1]   (1)  qui finiront par rapprocher  leur but de guerre, celui de la destruction pure et simple de l’humanité, dans le sens de l’humain.  Est-il temps aujourd’hui de chercher à  tout prix les responsabilités  qui sont les nôtres ? Nous les avons identifiées, nous les connaissons, je les ai rappelées,  nous sommes partie prenante, nous avons péché par excès de confiance en voulant imposer notre modèle de démocratie, là où ce mot ne veut rien dire. Nous avons,  depuis des décennies, feints de croire à la paix et  partager les fruits d’un monde que l’on voulait meilleur en consommant sans vergogne, alors que le reste de l’humanité crève de faim et en creusant les dettes d’Etat.  Pire, on pensait, après la chute du mur de Berlin et de l’URSS, que l’économie de marché avait définitivement gagné la partie.

C’est alors que nous avons assisté de manière concomitante à  la montée en puissance de la Chine et des autres économies émergentes et au retour de l’islamisme radical, favorisé par la mise en place d’une politique inappropriée et de courte vue  au Moyen-Orient.  

La chute du Mur de Berlin, puis la chute de l’URSS ont engendré ce monde multipolaire d’aujourd’hui et aucun des signes d’alerte jusqu’au 11 septembre 2001  n’a été pris en compte par qui que ce soit en Europe. Pourtant, ces signes d’alerte ne manquèrent pas, notamment lors de la crise dans des Balkans.  

Cette situation d’après la chute de l’URSS fut subie plutôt que maîtrisée, nos politiques en manque d’imagination ont raté l’occasion  d’un rapprochement équilibré  avec la Russie. Pire,  en la soumettant à des diktats post guerre froide et en faisant en sorte de maintenir une OTAN dont le regard est plutôt et encore  offensif et  tourné vers l’EST, nous avons créé Poutine autant qu’il s’est créé lui-même et sa politique contrainte de reconstitution d’un glacis de protection, nous en sommes aussi responsables, tout comme nous sommes en coresponsabilités de la mauvaise gestion de la crise ukrainienne et de ses conséquences à venir.  En écartant la Russie de la résolution de la crise Syrienne, nous continuons à jouer aux échecs avec la moitié des pièces sur le grand échiquier des crises.   Tout est différent mais tout est lié, à vouloir régler les crises localement, les unes après les autres on rajoute du chaos au chaos  en pensant que tout finira bien par s’arranger. Quelle erreur !

 

La Russie aurait pu devenir un partenaire privilégié d’une Europe indépendante, il n’en fut rien. L’Europe dont la France, en se précipitant dès 1990 dans le processus, non pas d’une réorganisation des  leurs forces mais à un désarmement  aveugle,  s’est affaiblie et a laissé aux  Etats-Unis  la responsabilité  exclusive de gérer le reste du  monde sans partage.  Cette inconséquence nous a précipité  en  des croisades aventureuses et de courte vue, nous les avons parfois devancées (Libye). La  vision du monde  ne peut se réduire  à une réflexion binaire entre d’un côté le mal et de l’autre le bien, une vision culturellement républicaine à l’américaine. Charles de Gaulle, écrit dans ses Mémoires de guerre  « vers l’Orient compliqué, je volais avec des idées simples” à l’exclusion de Chirac, nous avons élu un Sarkozy atlantiste qui a la culture désormais républicaine et qui confond hamburger et statue de la Liberté, qui a en faisant croire le contraire a sabré le budget de la défense comme aucun autre président ne l’a fait. Les Français ont la mémoire courte.  

 

Ce désarmement  de l’Europe autant moral que militaire a accéléré la précipitation de notre déclin et  endormi nos concitoyens sur des illusions  de sécurité dans un monde qu’on leur a vendu sans guerre.  Superbe mystification, alors que depuis la chute du mur de Berlin, les victimes des guerres n’ont jamais été aussi nombreuses.

 

Il est temps de se réveiller.  L’Europe, enfermée dans une logique technocratique et financière sans aucune vision à long terme, soumise aux règles d’un libre marché qui sert avant tout les intérêts des EU, ne fait plus rêver nos enfants. Pour la première fois dans l’histoire contemporaine, il n’est pas certain que nos petits-enfants vivront mieux que notre  génération, celle qui naquit après la seconde guerre mondiale et qui profita des 30  années glorieuses de progrès et de croissance.

La pensée manichéenne du Bien et du Mal, credo de la réflexion géopolitique de la première puissance du monde, prétexte à une  politique de la canonnière ou celle plus insidieuse de soutien aux agitateurs même s’ils sont pires que le mal  (talibans) contre lequel ils sont censés lutter,  inspire désormais de la méfiance, y compris dans le cercle restreint de la Maison Blanche.

 

On mesure aujourd’hui les dégâts de cette politique sans nuance  menée depuis la fin de la seconde guerre mondiale au nom de la lutte contre le communisme puis celui du rétablissement de la démocratie et de la liberté et enfin celui du terrorisme d’après le 11 septembre qu’ils ont contribué à créer.

Mais c’est  en y regardant de  plus près que l’on mesure à quel point le leader du monde a semé le chaos partout où directement ou indirectement il est intervenu.

L’Amérique est ressentie par une bonne moitié de l’humanité comme étant au pire le grand Satan, au mieux comme étant une nation impérialiste et destructrice des cultures en voulant imposer ses normes au reste du monde.

Les interventions récentes ou plus lointaines de l’Occident et des Etats-Unis se sont toutes traduites par des échecs (Viêt-Nam, Afghanistan, Iran, Irak, Libye, Syrie, Maghreb, Machrek)  et pourtant on continue de faire semblant de croire que la pensée stratégique des Etats-Unis et ses choix en  terme de norme et d’équipement sont les meilleurs (voir le surcoût du F35). Il y a  là une contradiction majeure.

Au risque de choquer certains experts,  et d’être en accord avec d’autres,  un constat s’impose, celui de souligner  que les Américains n’ont jamais remporté aucune victoire militaire depuis la fin de la seconde guerre mondiale, à l’exclusion de la guerre froide qui est probablement une victoire à la Pyrrhus.

Le combat contre l’EIIL qui est désormais le nôtre tout autant que le leur, nous impose  de nous  interroger  sans concession sur l’étendue de  nos faiblesses. Nos dirigeants en auront-ils la capacité et le courage ? J’en doute.

Sue le plan militaire, nous avons atteints les limites de notre polyvalence.

Notre supériorité technique est désormais devenue un handicap lorsqu’elle s’allie à la  lourdeur de notre système décisionnel et c’est désormais le cas.  Nous sommes face  à une guerre chaotique celle de cette troisième guerre mondiale dans laquelle les yeux bandés nous nous sommes engagés. Face à  la surprise stratégique  de Daech nous ne  ferons pas l’impasse d’un engagement terrestre direct. Le déclencheur sera  après la chute de Bagdad si elle intervenait, une menace directe de Daesh sur le Liban et la Jordanie. Mais cette guerre risque entre temps de nous être imposée, chez nous, là où il sera le plus difficile de la gagner, car elle prendra le visage d’une guerre civile où s’affronteront des communautés. Ils ont le temps, tout le temps, car le leur n’est pas le nôtre et ils savent parfaitement comment atteindre leurs objectifs de déstabilisation, nous n’en sommes qu’aux prémices. Cette guerre ne sera donc gagnée qu’à la condition d’affirmer nos valeurs humanistes et universelles, il faut opposer nos valeurs aux leurs. C’est  donc un affrontement autant moral que culturel auquel nous nous devons de faire face et dans cet affrontement on renforce nos faiblesses à défaut de construire notre résilience.  

Dans cette partie serrée, dont l’issue est incertaine, il ne faut  pas se tromper d’ennemi et comprendre ou se situent nos amis.  

Le très médiatique Tariq Ramadan explique la signification du jihad, en ces mots : La notion de jihad, malheureusement très mal traduite et interprétée par le monde occidental, n’est pas la « guerre sainte ».La guerre sainte se dit en arabe « elharb el moubarrakah » tandis que le jihad signifie l’effort, l’effort premièrement contre ses propres penchants méphistophéliques et secondement contre l’injustice (qui permet donc de recourir aux armes). Mais cette guerre (inhérente, hélas, depuis des siècles à la nature humaine) a des règles établies par la tradition du prophète et le Coran: l’assassinat d’un innocent (qu’il soit juif, zoulou, chrétien ou bouddhiste,etc) est formellement interdit en islam.  Donc acte. Mais que fait le monde musulman pour lutter en interne contre les crimes commis au nom d’Allah ?

Mettez-vous d’accord, luttez contre vos dérives et nous lutterons avec vous.

Nous assistons à la fin d’un cycle, il faut relever le défi,    cela ne se passera pas sans effets collatéraux destructeurs, accepter  le combat et  se préparer au pire n’augure pas de l’avenir. Il est à peine encore temps. C’est en étant intelligent que l’on vaincra les mabouls.

 

Roland Pietrini

 

1) 1478 bulle du pape  Siste IV. C’est sous le règne  Joseph Bonaparte  surnommé par les espagnols– pepe la boutella- dont l'un de ses actes les plus retentissants est l'abolition en 1808 de l'Inquisition espagnole qui sera rétablie par Ferdinand VII et définitivement aboli en 1813  par le parlement de Cadix)).

 

Foreign Terrorist Organizations (Organisations terroristes étrangères]

Cette liste ne regroupe que les organisations étrangères aux États-Unis (Foreign Terrorist Organizations). Cette liste est mise en place en 1995 est remise à jour tous les ans. Elle n’est pas exhaustive.

 

 

 



31/05/2015
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