ATHENA-DEFENSE

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E. Macron chef des Armées, le chemin sera long du projet à la chose

 

E. Macron chef des Armées, le chemin sera long du projet à la chose. 

 

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Lors de mon dernier billet  écrit le 11 mai sur Athena Defense, bien avant l’installation du nouveau président Macron et donc aussi avant la nomination du nouveau gouvernement, « La défense en marche ? E. Macron et le général Palomeros... »(1),  j’avais indiqué: « on comprend mieux pourquoi l’Europe de défense est un enjeu majeur. La France doit donc s’engager dans un dialogue de coresponsabilité avec ses voisins et demander à ses pairs un plus grand engagement. La France ne saurait s’engager seule dans la défense de l’Europe sans que celle-ci ne participe plus activement à cette impérieuse nécessité. Or cette préoccupation n’apparait pas d’évidence dans le programme de Monsieur Macron ».

 

Je dois dire que ma position a évolué, il me semble en effet que si son programme était peu clair, ses dernières prises de position à propos de la défense, et notamment lors de son intervention devant les forces de Barkane, le sont.

 

 «Ma volonté, dans le cadre de nos engagements en Afrique, sur le plan militaire, c'est de faire davantage encore avec l'Europe, c'est de faire davantage avec l'Allemagne». Cette déclaration frappée au coin du bon sens (qui devra s’inscrire dans les actes)  implique une volonté forte de la part du président. Elle risque cependant de se heurter fortement à l’habituel réflexe de procrastination  européen et aux différents systèmes politiques fondamentaux des puissances composant l’Europe.

 

Notre constitution donne au Président un pouvoir particulier de chef des armées qui lui donne la possibilité d’engager des troupes sur des territoires de conflit, cette capacité unique en Europe n’est en rien comparable à celui de la République Fédérale Allemande. L’Innere Führung qui régit les forces armées allemandes est la conception qui relie les forces armées aux valeurs de la constitution dans le cadre de l’accomplissement de leurs missions. Elle implique, contrairement à l’armée française, une culture d’intervention extérieure caractérisée par une « retenue ».   Cette  Erhaltungskultur  provient en droite ligne du traumatisme du passé nazi qui a généré jusqu’à l’alternance politique de 1998 un complexe de culpabilité, ou Schuldsyndrom. D’ailleurs, l’administration même de la Bundeswehr est un organe civil dont le fonctionnement est régi par la Loi Fondamentale de 1949, ce qui signifie que l’armée allemande n’a aucune autonomie financière et administrative ce qui réduit singulièrement l’influence réelle des militaires, alors que les droits fondamentaux des soldats allemands sont étendus et protégés. (Ils disposent en fait des mêmes droits que tout citoyen allemand) (2).. Nous sommes loin en France de ce modèle, et cela a des conséquences importantes.

 

Le soldat français est projetable en première ligne, le soldat allemand ne l’est pas. Le renforcement de l’Allemagne dans les zones de conflit où nous intervenons ne peut donc dépasser le seuil d’un renfort logistique, médical ou de participation à la formation. Cela était vrai en Afghanistan, l’est tout autant au Mali. Cela ne veut pas dire que cet apport serait négligeable, mais cela veut dire qu’il faut savoir de quoi l’on parle et le Président Macron l’a parfaitement compris.   

 

D’ailleurs la nomination d’une ministre des Armées très pro-européenne, Sylvie Goulard est fortement politique, celle-ci n’a probablement pas vocation à se mêler de tactique et  de stratégie, comme le faisait Le Drian, mais bien de défendre notre position en Europe (si vous ne voulez pas, ou ne voulez pas participer directement à la défense de l’Europe et bien mettez la main au porte-monnaie). Incontestablement, le nouveau Président compte assumer sans partage la fonction de chef des armées,  ce qui est la raison essentielle, selon certains observateurs, de l’éloignement relatif de Le Drian qui passe de  la défense aux affaires européennes et étrangères, celui-ci ayant pris sous Hollande une importance incompatible avec la tâche régalienne exclusive du Président.

 

Je note au passage l’intelligence de ces deux nominations qui se veulent complémentaires, car ce « tandem » pourrait être à la fois la clé d’une réussite, celle de l’affirmation de la France reprenant une place de leader d’une défense européenne à construire et  celle d’une France plus forte notamment dans le domaine de la recherche, du développement industriel (R§D) et de l’exportation des armements essentiels pour notre balance commerciale.

 

Des contrats importants sont en cours de discussion pour la vente du Rafale en Inde  (36 supplémentaires) et en Malaisie (nombre indéterminé), le Canada est aussi un cible pour la DCNS, car ce pays devra développer sa flotte sous-marine pour remplir ses missions dans l’’hémisphère nord. Le suivi du contrat australien est aussi d’une grande importance. Sur tous ces  dossiers, l’apport de l’ex ministre le Drian pourrait s’avérer précieux.

 

Emmanuel Macron a donc revêtu le costume de Président et de chef des armées avec une rapidité dont il faut se féliciter.  Il  remplit dans cette phase si importante des premiers instants,  ce rôle avec une grande  intelligence et habilité.  J’en veux pour preuve  son message adressé aux armées qui semble trancher avec ceux envoyé par ces deux derniers prédécesseurs à la même période de leur installation.

 

Emmanuel Macron semble avoir tiré les enseignements des erreurs de comportement qui furent les leurs.  

 

Le premier, Chef des armées,  Sarkozy,  brouillon et bavard, qui a coupé dans les moyens et les effectifs sans discernement, le second qui s’est servi des armées comme moyens de renforcer une popularité défaillante, les deux, ne sachant pas parler aux soldats avec un langage qu’il comprenne, celui de la clarté et de la responsabilité. Comme l’a si bien rappelé le général de division François-Xavier de Woillemont, devant le chef des armées « les soldats sont des sentimentaux ».

 

E. Macron a su ce vendredi 19 mai devant les soldats de la force Barkhane le faire avec un ton de président, en utilisant des mots simples mais des mots justes : « Je serai un chef des armées exigeant, lucide et toujours présent. Je ne risquerai pas vos vies pour rien » et « «Vous êtes ici celles et ceux qui servent sous l'Ancre de la miséricorde. Je salue ce que vous faites ici. Ma confiance en vous est totale. (...) Les Français vous regardent avec admiration, avec respect, parce que vous demeurez pour chacun des exemples» 

 

Les Armées et la France ont besoin d’une vision claire, il apparait que ce nouveau jeune  Président tente de l’imposer. L’avenir sera ce qu’il sera, mais au moins dans les intentions, il serait stupide de ne pas en donner acte. « Le chemin est long du projet à la chose » comme le disait un certain Jean- Baptiste Poquelin dit Molière. Cela va sans dire, mais encore mieux en le disant.

 

 

 

Roland Pietrini

 

 

 

 

1- http://www.athena-vostok.com/la-defense-en-marche-e-macron-et-le-general-palomeros

 

2- archives ouvertes de la Bundeswehr (https://halshs.archives-ouvertes.fr/file/index/docid/112205/filename/cult_bwehr.doc)

 



20/05/2017
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