ATHENA-DEFENSE

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Embrasement du Moyen-Orient : Une perspective inéluctable

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Alors que l’ensemble du Moyen-Orient s’embrase, les pays occidentaux semblent hypothéquer la chute de Bachar el-Assad dans l’espoir confus de voir s’éclaircir une situation qui se dégrade de jour en jour. Pari risqué, signe d’une urgence gérée au jour le jour,  comme si le fait d’apercevoir dans une tempête de sable le mirage d’un lac, étanchait la soif des caravaniers perdus dans le désert.

 

L’élimination de Bachar  d'ascendance alaouite, branche du chiisme, (1) mais marié à une sunnite anglo-syrienne rencontrée à Londres et de sensibilité laïque ne peut que  complexifier une situation désormais hors contrôle, ce qui ne manquerait pas de  provoquer un effet domino sur toute la région y compris la Turquie. Dès 2013,  dans une interview donnée aux médias turcs Ulusal et au journal Aydinlik, Bachar el-Assad déclarait : "L'incendie en Syrie va se propager en Turquie, malheureusement (Erdogan) ne voit pas cette réalité-là". Sa prédiction m’apparait d’une actualité brûlante.

Force est de constater que toute la politique américaine de ces dernières  années, en Irak comme en Syrie, au Yémen, en Libye avec ou sans l’aide de la France, est un échec patent. (La France a choisi avec Sarkozy la politique du renoncement et celle du retour dans l’OTAN, c’est à dire l’abandon de notre indépendance géostratégique).  Le rapprochement récent  des Etats-Unis avec l’Iran, alors que le nucléaire iranien est en cause,  traduit  l’absolue nécessité de lutter contre  Daech est contrebalancé au Yémen, puisque Washington semble soutenir  le président Hadi, alors que  Téhéran appuie la rébellion (chiite) houthiste. Quant à Israël et l’Arabie Saoudite que tout oppose, leur guerre larvée contre l’Iran est commune et les E.U sont les alliés à la fois de l’Arabie Saoudite et d’Israël.  

C’est un pot de pus pour employer une expression bien connue des militaires et selon Foreign policy “Nous sommes à deux doigts de voir ces différents conflits se relier pour donner lieu à la pire combinaison que le monde ait connue depuis août 1945.”. Partout où  l'armée loyaliste de Bachar ne bénéficie pas de l'appui crucial du Hezbollah libanais pro-iranien, celle-ci recule. La prise récente par les rebelles du dernier poste frontalier avec la Jordanie, quelques jours après la chute de la ville d'Idleb est un revers de plus pour le régime syrien qui vacille. Le  Liban réarmé par la France grâce au financement de l’Arabie Saoudite et la Jordanie  encerclée par la Syrie  au nord, l’Irak ou ce qui en reste  au nord-est, l’Arabie saoudite à l'est et au sud, et enfin Israël et la Cisjordanie à l'ouest, ne pourront rester hors du conflit très longtemps.

Tous les clignotants sont au rouge, après les Libye (s), où l’EIIL s’est emparé en mai de l'aéroport de Syrte, ainsi que de la centrale thermique voisine. Le contrôle de Syrte par Daesh semble être imminent, a rapporté récemment le Centre américain de surveillance des sites islamistes. En Irak, l’armée irakienne appuyée par la coalition enregistre quelques succès contre l’EI. Ce sont des   succès précaires, Bagdad est sauvé, mais ce n’est que provisoire, une guerre menée par un Etat sans structure, déchiré entre factions et tribus  ne peut avoir d’issue favorable. D’ailleurs, les Etats-Unis en essayant de tirer les leçons de la perte de Ramadi, chef-lieu de la province sunnite d'Al-Anbar, veulent s’appuyer de plus en plus sur les  Sunnites. "Nous avons déterminé qu'il serait mieux de former plus" de combattants irakiens face au groupe Etat islamique, a indiqué mardi le colonel Steven Warren, porte-parole du Pentagone. "Nous travaillons maintenant à une stratégie pour y arriver", a-t-il ajouté. Ce qui en fait traduit très justement une absence totale de stratégie.

Pour compléter ce tableau imparfait, il faut noter le fait que l’Arabie Saoudite considère l’emprise de l’Iran de plus en plus grande en Syrie, comme une agression potentielle. Selon Rami Abdel Rahmane, directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), « la prise d'Idleb le 28 mars par la branche syrienne d'Al-Qaïda et des rebelles a été une cuisante défaite pour Damas, car il s'agit de la deuxième capitale provinciale qui lui échappe depuis le début de la guerre. La ville est tombée en quelques jours "grâce au grand nombre d'insurgés et surtout aux quantités d'armes parvenues via la Turquie" » (2)

 

Désormais, la Turquie qui joue elle aussi un jeu trouble, attentiste et l’arme au pied, risque d’être liée directement au conflit, avec une question qui se pose,  de quel côté l’armée la plus puissante de l’OTAN basculera-t-elle ? Avec un Erdogan qui rêve de faire de la Turquie un nouvel empire ottoman, d’autres incertitudes bien grises se dessinent. Le président Recep Tayyip Erdogan  qui sort affaibli lors des dernières élections risque de se radicaliser un peu plus, le camp laïc en ressort un peu plus fort, mais est loin d’être victorieux et Erdogan n’a pas dit son dernier mot, entre partisans de la mise en place d’un Etat islamique et ceux  de la conservation d’un Etat laïque héritier des réformes khémalistes de 1923, le conflit peut très vite dégénérer sous les coups des agitateurs  et  des extrémistes islamistes de toutes obédiences. Daesh  est aux frontières de la Turquie, frontières  qui sont de vraies passoires pour les « touristes occidentaux »  qui vont faire le Djihad  en Syrie à la poursuite du rêve de construction d’un khalifat paradis sanglant de ceux qui font de leur foi dévoyée une loi et la destruction de tout ce qui ne leur ressemble pas un dogme.

Quant à la Russie, elle cultive en bon stratège l’incertitude et considère que tout ce qui affaiblit les américains est, en ces temps de retour de la guerre froide qui ne dit pas son nom, est une opportunité que Poutine n’hésite pas à saisir.  Selon Raïs Souleimanov, spécialiste en religion islamique à l'Institut russe de recherches stratégiques, "Obama est déchiré entre l'Ukraine et l'Irak, où sont arrivés des terroristes de Syrie". "Ce n'est pas la première fois que les USA butent sur la même pierre. Quand les troupes soviétiques se trouvaient en Afghanistan, les Américains soutenaient les islamistes. Puis, en 2001, ils y ont envoyé leurs troupes pour lutter contre ces mêmes islamistes. Ils ont également soutenu les rebelles en Syrie mais quand ces derniers ont migré vers l'Irak et pris le contrôle des régions pétrolières, ils sont repassés dans le camp des ennemis. Le véritable objectif de l'invasion américaine en Irak en 2003 était d'obtenir du pétrole bon marché. Quel sera le premier choix d'Obama: l'Ukraine ou l'Etat islamique? Probablement les deux à la fois. Ce n'est pas la première fois que l'Amérique joue sur plusieurs fronts. Elle est prête à s'enliser une fois de plus dans un nouveau marécage" Du point de vue russe, on ne peut pas aussi bien résumer une  telle situation. Et l’occident égaré, en écartant la Russie de toute solution éventuelle négociée au Moyen-Orient se coupe d’un allié potentiel de poids. Que fera la Russie si le régime de Bachar tombe en Syrie ? Pire, que ferait la Russie si la Turquie deviendrait instable ? Ukraine contre neutralité au Proche-Orient ?  De la part d’un Etat- continent qui veut de nouveau peser sur le plan international et contester l’impérialisme américain la gageure est de faire croire que l’ours hiberne au printemps.    Les terroristes islamistes qui ont menacé de provoquer une guerre dans le Caucase du Nord pourraient précipiter les choses, si la Russie se convainc que le combat doit aussi se mener hors de ses frontières naturelles. Il faut se souvenir que Dokou Oumarov, l'homme le plus recherché de Russie également connu sous le nom d'émir Abou Ousman, mort ou vivant a dû faire des émules.  Le combat mené contre les islamistes en Russie ne saurait être méprisé sous prétexte que les méthodes de Poutine ne seraient pas les nôtres. Quelle différence existe-t-il d’ailleurs entre un drone qui transforme en feu et lumières un chef islamiste et une action d’assassinat menée par des spetsnaz ?  L’EIIL recrute tout autant en Tchétchénie qu’ailleurs et le cancer islamiste touche tous les pays sans différence de régime ou de système.  


Nous sommes en guerre, il est temps de s’en persuader, mais celle-ci risque encore de nous surprendre et de dépasser par sa complexité celle qui fut considérée comme la dernière. Nous sommes à deux doigts de basculer dans un conflit généralisé si on n’y prend garde. Le temps des illusions est passé, celui de la préparation est venu. Une guerre que je ne cesse de désigner comme chaotique.  

Aux printemps arabes sans fleurs, succèderont des hivers longs et terribles. Yalta, nous avait organisé un monde bipolaire qui  a  définitivement disparu et qui agonise dans des soubresauts grotesques.  Sans souhaiter jouer les cassandres, je suis objectivement pessimiste, et je le suis d’autant plus que notre désarmement autant moral que militaire est la conséquence de décennies de renoncement et de garde que l’on baisse. Notre participation active que le terrain dans la bande subsahélienne et au levant en dépit d’une  défense lapidée laisse  la France bien seule en première ligne en Europe.  Sur le plan des efforts budgétaires en matière de défense, seule la Pologne pour les raisons que l’on connait, redresse la barre, la Grande Bretagne épuisée par ses efforts en Afghanistan et en Irak diminue encore  son budget de défense, l’Allemagne est incapable de faire voler ses avions  de transport militaire et se garde bien de montrer des signes d’engagement, tout en donnant des leçons à l’Europe entière. Les petits pays européens, se sont soumis à l’influence américaine qui a quasiment tari  tout budget de recherche et développement européen autre que celui de la France au profit  de choix d’équipement tel qu’un F35, à la fois gouffre financier et erreur stratégique majeure.

La France est en guerre contre le terrorisme disait Manuel Valls, devant l’assemblée nationale le 13 janvier  « Oui, la France est en guerre contre le terrorisme, le djihadisme et l'islamisme radical. La France n'est pas en guerre contre l'islam et les musulmans, a-t-il martelé, la France protégera tous ses concitoyens avec détermination et sang-froid. » Je crains qu’il ne soit contraint bientôt de déclarer que la France est en guerre totale, une guerre dans laquelle elle n’aura d’autre choix que celui de se battre pour sa survie, tout simplement. Il sera alors trop tard de dire, on n’était pas prêt.

 

Roland Pietrini

 

http://www.athena-vostok.com/islamisme-et-terreur-devant-le-mur-des-cons-les-hommes-libres-se-lamentent

http://www.athena-vostok.com/daesh-une-guerre-chaotique-le-combat-des-mabouls

http://www.athena-vostok.com/danger-islamiste-environnement-et-danger-nrbc

 

1-      Proginaire d’Alep cette doctrine se défie du nationalisme arabe des sunnites, les alaouites encouragent pendant l'entre-deux-guerres un particularisme qui veut faire de ceux-ci un peuple à part entière, n'ayant rien à voir avec les Arabes

  2- Lire : En Syrie, les rebelles infligent revers après revers au régime- Le Point http://www.lepoint.fr/monde/en-syrie-les-rebelles-infligent-revers-apres-revers-au-regime-02-04-2015-1918354_24.php

 



10/06/2015
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