ATHENA-DEFENSE

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Guerre chaotique – On achève les hommes comme on achève les chevaux -

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Après les derniers évènements dramatiques de ce début de janvier 2015, les réactions spontanées dénonçant ces actes terroristes odieux, il n’y a pas de mot pour les décrire, seront bien évidemment récupérés par la classe politique, c’est de bonne guerre, Charlie Hebdo aurait pu titrer, avec la mauvaise foi salvatrice qui est la leur  – Bal à Charlie hebdo, 12 morts, les politiques s’invitent aux obsèques –

Cette action de type militaire menée contre la rédaction d’un journal, que la plupart ne lisait pas ou trouvait scandaleux  est pourtant ressentie « sidérante » parce qu’elle s’attaque à l’une des composantes des libertés fondamentales d’une démocratie, celle de la liberté de la presse.

La prise d’otage dans un magasin casher, quant à elle,  renvoie à un terrorisme plus ancien.

Cela est sidérant,  je fais partie des sidérés, pourtant, j’ai conscience que ce type d’action « étonnante »  est le quotidien d’un certain nombre de pays musulmans, souvenons-nous du GIA en Algérie et plus récemment Israël était confronté à la problématique d’attaque au couteau sur de simples passants dans les rues de Jérusalem ou de Tel-Aviv. Non, ce qui est différent et ce que les gens ressentent, ils ne se sont d’ailleurs pas trompés,  c’est  l’importance réfléchie et coordonnée de ces  actions, qui ne peuvent être de l’initiative de simples exécutants incultes. .

Désormais Paris, Paris en France comme dirait le poète, risque de devenir le terrain ordinaire de combat de ces exaltés auxquels on ne peut prêter aucune excuse,  pas  même de  celle qui relèverait d’un traitement psychiatrique.    Pire, les gens se demandent si le terreau particulier, qui fait ce qu’est la France aujourd’hui,  celui de nos banlieues, celle  de notre concept d’intégration républicaine ratée,  ne se prête pas au développement d’un tel phénomène.  La France détient en Europe le triste record de ceux qui pensent trouver en Irak, en Syrie et ailleurs le frisson d’aventures que notre société aseptisée, perdue dans l’illusion d’un principe de précaution funeste, ne peut leur offrir. Quelques  Imams auto- proclamés pervers, marionnettes dont les fils sont tirés quelque part par des marionnettistes intelligents,  en profitent pour  semer leur idéologie de mort dans la haine d’un occident qui leur verse généreusement allocations, subsides et couverture de maladie universelle. « Craignez.... Que dans votre sein ce serpent élevé - Ne vous punisse un jour de l'avoir conservé » Racine

Pire, la pensée manichéenne du Bien et du Mal, credo de la réflexion géopolitique de la première puissance du monde, prétexte à une  politique de la canonnière ou celle plus insidieuse de soutien aux agitateurs même s’ils sont pires que le mal  (talibans) contre lesquels  ils sont censés lutter,  y fut pour quelque chose.   On mesure aujourd’hui les dégâts de cette politique sans nuance  menée depuis la fin de la seconde guerre mondiale au nom de la lutte contre le communisme puis celui du rétablissement de la démocratie et de la liberté et enfin celui du terrorisme d’après le 11 septembre.

 

Mais c’est  en y regardant de  plus près que l’on mesure à quel point le leader du monde a semé le chaos partout où directement ou indirectement il est intervenu.

 

L’Amérique est ressentie par une bonne moitié de l’humanité comme étant au pire le grand Satan, au mieux comme étant une nation impérialiste et destructrice des cultures en voulant imposer ses normes au reste du monde. L’Amérique reste-t-elle un modèle ? La question à minima mérite d’être posée.   La résistance à cet impérialisme prend des formes de plus en plus  violentes contre lesquelles les vieux schémas de combat sont caducs. La solution apparaît être de moins en moins militaire, elle se situe dans un  nouvel espace à explorer, celui de la refonte de notre modèle et de la lutte contre l’obscurantisme et la misère. Nous n’en prenons pas le chemin.

 

 

Les interventions récentes ou plus lointaines de l’occident et des Etats-Unis se sont toutes traduites par des échecs (Viêt-Nam, Afghanistan, Iran, Irak, Libye, Syrie, Maghreb, Machrek)  et pourtant on continue de faire semblant de croire que la pensée stratégique des Etats-Unis et ses choix en  terme de norme et d’équipement sont les meilleurs. Il y a  là une contradiction majeure, l’Otan aussi, bras armé des EU en Europe montre ses limites,  la crise ukrainienne en est un exemple. L’Otan après l’avoir en partie provoquée, est inadaptée à sa résolution.  

 

Au risque de choquer certains experts et d’être en accord avec d’autres,  un constat s’impose, celui de souligner  que les « Américains » n’ont jamais remporté aucune victoire militaire depuis la fin de la seconde guerre mondiale, à l’exclusion de la guerre froide qui est probablement une victoire à la Pyrrhus. (Revenons sur le cas de trois conflits majeurs).

En 1953, en Iran, la CIA organise un coup d'État pour renverser le Premier Ministre Mohammad Mossadegh, qui avait nationalisé le pétrole. Il est alors éloigné du pouvoir à la suite d’un complot orchestré par les services secrets britanniques et américains,  c’est l'opération Ajax. Après sa chute, Mohammad Reza Shah Pahlavi met en place un régime autocratique et dictatorial fondé sur l’appui américain. En 1963, des émeutes populaires se déclenchent spontanément, le décalage entre la misère du peuple et les fastes  du régime deviennent insupportables. Un jeune agitateur islamique du nom de Khomeini s’y emploie. Le Shah finit par être abandonné par les américains. La suite de l’histoire est connue, les Etats Unis se servent de  l’Irak  de Saddam Hussein  pour tenter de combattre l’Iran islamique. La guerre entre l’Irak et l’Iran est terrible, elle commence en 1980. En 1988, l'armée irakienne reprend le dessus avant d'être vaincue lors de l'opération Mersad (26-30 juillet 1988) qui est la dernière grande bataille de la guerre et qui s'achève par une victoire décisive de l'Iran. Iran 1, Etats-Unis 0

Sauf que, le principal pourvoyeur d’armes de l’Iran du Shah et de l’Irak de Saddam a été les Etats-Unis avec modestement la France et la Grande Bretagne.

Mais cela est insuffisant, la déstabilisation continue, par les deux guerres du Golfe La guerre du golfe 1, (la France y participe)  suite à l'invasion du Koweït par l'Irak en 1990 et débouche sur une victoire, mais une guerre inachevée. Saddam sauve sa peau momentanément.  Mais l’opération que l’on pourrait intituler « Touche pas à mon pétrole » débouche sur la seconde  guerre du golfe. Ce que n’avait pas fait le père Bush, aller jusqu’à Bagdad  le fils tente de le faire en faisant en sorte par tous les moyens d’avoir à nouveau l’aval de l’ONU, en usant du mensonge et de la manipulation dans lesquelles la France n’entre pas. La Cia ment, Bush ment, la Grande Bretagne ne peut que savoir, mais ferme les yeux, la Pologne et l’Italie espèrent tirer quelques avantages économiques, ils n’auront que des miettes. Ce sera donc l’invasion de l’Irak  par les États-Unis et ses alliés en 2003. Ce n’est que le 18 décembre 2011 que les forces américaines achèvent leur retrait d’Irak. Une  Irak instable qui très vite retombe dans la violence. Les chiffres sont effrayants : 114 731 civils irakiens sont morts dans les violences, constituées essentiellement d'attentats, mais selon les données du syndicat des journalistes irakiens, ce sont au moins 250 000 civils irakiens qui ont péri en presque 9 ans, auxquels il faut ajouter 39 900 morts de combattants de toute origine dont 4 489 morts et 32 239 blessés dans les rangs américains (4 806 morts pour l'ensemble des troupes de la coalition et plus de 36 000 blessés). Pour quel résultat ? Un naufrage. Le pays sombre dans la violence et le chaos. Irak 0 Etats-Unis 0.

En 2011, c’est l’Intervention militaire en Libye, avec la France comme leader, dont les motivations réelles restent sinon obscures pour le moins précipitées,  puis la  chute  de Mouammar Kadhafi, savait-il trop de choses? La Libye est aujourd’hui en plein chaos livré aux islamistes.

En 2011, la guerre civile s’étend à la Syrie et débouche sur un affrontement contre le régime  totalitaire de Bechar el Assad, puis dérive en lutte fratricide où les islamistes  prennent l’ascendant. L’affaire des armes chimiques dont on ne sait qui les a utilisés en premier ne permet pas d’engager une action militaire directe, contrairement à la France de Hollande qui pousse à l’intervention alors qu’il est affaibli sur le plan intérieur.  Après les  interventions françaises du Mali et de Centrafrique dans lesquels nous nous retrouvons bien seuls pour gérer en fait, un autre chaos. Aujourd’hui  le choix d’armer et d’appuyer l’opposition paraît bien dangereuse alors que plus de 1000 français seraient concernés par les combats au non d’un djihad terroriste qui renoue avec des traditions moyenâgeuses sanglantes et obscurantistes.  

 

L'Irak, héritier de l'antique Mésopotamie, est ancré dans une très vieille civilisation : Sumer (3 000 ans avant J.-C.), Assyrie (1 000 ans avant J.-C.), Babylone (6 siècles avant J.-C.). Entre Tigre et Euphrate, on inventa l'écriture et, selon la tradition, Abraham, père fondateur des trois religions monothéistes, naquit sur cette terre. Bagdad fut aussi pendant cinq siècles (du VIIIe au XIIIe siècle) la rayonnante capitale de l'empire arabe.

L’histoire des  Etats-Unis quant à elle,  commence  en 1607 lorsque les premiers colons anglais arrivent à Jamestown (Virginie). C’est un pays fascinant mais jeune. Or ce pays faut-il le rappeler,  depuis la fin de la seconde guerre mondiale fixe les normes,  celle de la stratégie, celle de la culture, celle de la morale, celle de la référence à Dieu, le président des E-U doit prêter serment sur la Bible.  Ce pays qui nous a sauvé deux fois,  lors de la première et de la seconde  guerre mondiale, a semé  depuis d’autres chaos et a essuyé de nombreuses défaites. (Viêt-Nam, Afghanistan,) Echec tout autant culturel que stratégique, ou peut-être stratégique parce que culturel. 

Si nous cessions de nous prendre pour des parangons d’intelligence, nous pourrions alors comprendre que notre modèle de démocratie n’est pas transposable en l’état et que les régimes totalitaires peuvent parfois être considérés comme point de passage obligé avant de tendre vers une évolution positive de la démocratie. Ce fut notre cas il y a quelques siècles.

Nous ne gagnerons aucune guerre si nous n’acceptons pas une remise en cause profonde de nos modèles et de nos normes  qui attirent de moins en moins de peuples.

Nous assistons à la fin d’un cycle. Il n’est pas exclu que les Etats Unis ne le comprenne. Nous devrions à notre tour accepter une glasnost  et une perestroïka salvatrices. Puisqu’après avoir semé le chaos nous subissons en retour celui des  guerres chaotiques.

 

Ces guerres nouvelles que l’on ne peut classer dans le carcan de la dialectique habituelle, je les baptise chaotiques, nous en avons aujourd’hui un échantillon, ici à Paris en France, sur un trottoir parisien un flic, musulman de surcroît a été achevé comme on achève les chevaux. Ce qui montre qu’il ne faut en aucun cas, en dépit des tentations, céder à l’amalgame.  

 

Le 4 janvier le ministre de la défense a fait lire les noms des 12 militaires qui ont perdu la vie dans la bande sahélo-saharienne depuis le début des opérations Serval, remplacée par Barkhane en août dernier. 12 d’un côté, 12 de l’autre, avant ceux  qui ont perdu la vie dont la policière municipale et les 4 otages  de l’épicerie casher. Il s’agit de la même guerre à laquelle nous tentons de faire face. Le  Chaos est  une confusion générale, les guerres du chaos reprennent cette abstraction, l’affrontement entre armées constituées, prolongation mortifère d’Etats légitimes, sans être exclue, n’est plus envisageable en l’état dans un avenir proche.  Nous avons changé de dimension, désormais la guerre est une notion   de confrontation morale  et culturelle qui n’exclut pas l’engagement de techniques hautement sophistiquées dans les domaines de la cyberdefense et le domaine de ce que l’on appelait il n’y a pas si longtemps la PSYOPS.  Sun Tzu en avait défini quelques préceptes. Nous sommes dans une phase de tentative de déstabilisation organisée et réfléchie. L’objectif étant de créer la confusion et le chaos, cette nouvelle dimension intelligente des guerres ne provient pas de notre réflexion stratégique, mais de celle de quelques fous d’un Dieu inspirés, sanguinaires, maléfiques et suprêmement intelligents, parfaitement conscients de la faiblesse de nos sociétés sans résilience et sans mémoire.  

 

Roland Pietrini

Athena Defense

 

 http://www.athena-vostok.com/les-loups-sont-entres-dans-paris-un-avant-et-un-apres-7-janvier



11/01/2015
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