ATHENA-DEFENSE

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Le Livre gris du terrorisme. Un livre, une critique.

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Le terrorisme  serait-il une nouvelle  forme égalitaire du combat ?  Cette question, forcément iconoclaste,  ne peut cependant être éludée.  Comment ne pas constater que ce terrorisme qui tue de la même manière des innocents à Kaboul, New-York, Madrid, Sanaa, Londres, ou sur les trottoirs de Paris n’obéit finalement  qu’à une seule loi, celle de  répandre la terreur et que devant cette terreur,  il y a une certaine forme d’égalité.  En effet,  peu importe, si les victimes sont chrétiennes, musulmanes,  juives,  agnostiques, laïques, jeunes ou vielles, riches ou pauvres. Les cibles visées ne sont que des prétextes, le seul objectif  qui possède à leurs yeux une quelconque  valeur, c’est la déstabilisation de toutes les structures pouvant s’opposer à  l’accomplissement de leur rêve fantasmé  de construction d’un empire islamique,  régnant sur le monde et imposant sa loi.  Les victimes ne sont que des prétextes, en aucune façon des objectifs militaires, ils ne sont pas des buts de guerre, mais des arguments d’indifférence…

 

 

 

Alors,  on pourra toujours évoquer  des principes, avancer des solutions,  toutes aussi impératives que  nécessaires,  telles que le renforcement de la coopération interétatique dans les domaines du renseignement, la mise en place de ripostes militaires dans le cadre de coalition.  Mais, cela ne réglera pas le problème de fond qui est celui du tarissement à la source des conditions permettant la naissance, la prolifération, les connexions entre les différents mouvements d’obédience terroriste.

 

 

 

En la matière, le Livre gris du terrorisme, écrit par trois éminents professeurs d’un groupe de chercheurs basé à Tokyo, l’ITEAS, présenté récemment à Washington puis à Paris,  tout à la gloire des services de renseignement marocains, apporte des informations précises sur les réseaux,  les organisations clandestines qui évoluent au Maroc et s’étendent sur l’ensemble de l’arc méditerranéen. Pour avoir entendu directement deux des auteurs et échangé avec eux, il m’apparait évident que  leur compétence et leur sincérité ne peuvent être mises en doute.

 

 

 

Ce livre est donc nécessaire puisque sa lecture apporte un éclairage original et nouveau pour ceux qui ont l’habitude d’analyser le phénomène au travers de leur lunette culturellement marquée au sceau de nos analyses géostratégiques occidentalisées. L’évocation des filières de recrutement, les connexions entre les différents groupes djihadistes, la tension qui existe entre al Qaeda et Da’ish  sont évoquées. Mais,  à mon sens,  pas suffisamment développés, compte tenu des évènements récents et notamment celle de l’intervention russe en Syrie et en Irak,  tout en comprenant que ce n’était pas l’objectif des auteurs et que l’ouvrage est une traduction en français d’un livre écrit en anglais et dont la version en arabe est,  selon les auteurs, plus complète.   

 

 

 

Ce livre est passionnant, mais je  ferais, peut-être,  une réserve toute personnelle.  Son contenu m’apparait si riche dans la description des différents mouvements « islamistes », (ce terme est parfaitement inadapté,  tant sa connotation est réductrice, quid des objectifs politiques ?) qu’il en perd de sa force  dans l’analyse  globale, trop peu développée. Et notamment, je regrette que le combat millénaire entre sunnite et chiite soit éludé et que l’influence néfaste des multiples interventions occidentales (pour faire court) ne soit pas étudiée comme élément perturbateur ou accélérateur du phénomène. Je suis donc en interrogation sur l’objectif poursuivi par ce livre, à quel type de lecteur s’adresse-t-il ?  

 

 

 

En fait,  ce livre demanderait probablement une suite, ou un complément, et j’encourage les auteurs à en étudier le projet,  tant il est difficile d’aller à la fois dans le détail et de prendre de la hauteur pour mieux cerner le phénomène.   

 

 

 

Tout en recommandant hautement  sa lecture,  je crains que  le lecteur non spécialiste – mais est-ce la cible ? -  ait de la difficulté à aller au bout,  tant celui-ci est, comme le dirait l’un de nos anciens Premier ministre, sur un  chemin droit mais avec une  pente  raide. Le titre, - Le Livre Gris sur le terrorisme – à défaut d’être un livre blanc,  est donc plutôt celui du combat, réussi apparemment, mais sans cesse renouvelé,   mené par les Services marocains contre le terrorisme, ce qui est particulièrement intéressant,  mais manque,  à mon sens,  d’esprit critique envers ces mêmes services.

 

 

 

On ne peut résumer  cette action par des chiffres (page 78)  difficilement  contrôlables. En revanche,  l’évocation succincte des conséquences  de l’opération Serval, la filière  malienne, les conséquences du chaos libyen, les descriptions très  précises  des multiples filières  sont  des éléments peu connus,  mais particulièrement intéressants. De même,  les préparatifs de certains attentats, dont celui du 16 mai 2003,  est riche d’enseignement (page 93) et évoque quelques analogies troublantes avec l’action terroriste qui a touché Paris le 13 novembre.  En effet,  dans la nuit du 16 mai 2003, 14 kamikazes ont attaqué plusieurs objectifs simultanément à Casablanca,  faisant 41 morts et une centaine de blessés.   Onze  Kamikazes ont trouvé la mort, deux ont été arrêté, 86 interpellations ont suivi.  Leurs auteurs, adeptes salafi-djihadistes, ressemblent culturellement à s’y méprendre à  ceux qui ont œuvré à Paris,  y compris à  ceux dont l’origine est française. Cela fait donc réfléchir à l’histoire du phénomène terroriste et sur sa pérennité.  

 

 

 

Ce livre est donc essentiel à lire, puisqu’il ouvre des pistes de réflexions intéressantes  et sera, n’en doutons pas,   une référence sérieuse à l’étude en interne du fonctionnement des réseaux terroristes islamistes.   

 

 

 

Si par malheur, demain, la Tunisie, le Maroc et l’Algérie passaient de l’autre côté du miroir, nous serions directement concernés par un combat fratricide.  Leur lutte est la nôtre et le Maroc, terre d’Islam, mais de tolérance, qui s’inscrit dans un Islam moderne ne fuyant pas le progrès, est à la tête de cette lutte.  Les   militants  des droits de l’homme ne manqueront pas de souligner les efforts  que doivent faire ces pays pour respecter une certaine forme de garantie des droits.

 

 

 

J’ai tendance à  penser qu’il est temps que nous nous mêlions définitivement de ce qui nous regarde et que nous renforcions notre coopération dans le domaine du renseignement avec ceux qui,  depuis bien longtemps,  sont confrontés aux réalités du terrorisme. Cette lutte passera, pour ce qui nous concerne,  par le rétablissement de nos valeurs  humanistes et laïques. Pour ce qui les concerne,  par l’évolution progressive vers un Islam de tolérance et de progrès,  libéré des contraintes politiques et  luttant contre la misère et contre la corruption. Un Islam adulte en quelque sorte.  

 

 

 

Quand je vous disais que le chemin est droit mais la pente est rude…

 

 

Roland Pietrini

 

Décembre 2015

 

 

 

 

 

 

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13/12/2015
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