ATHENA-DEFENSE

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Philippe Pétain un traître?

Pétain était-il un "traître" ?

 

En réponse à des commentaires particulièrement surprenants suite à mon article sur le non-évènement du 1° mai concernant la pantalonnade de Jean Marie le Pen devant la statue de Jeanne d’Arc et les commentaires  de pétainistes convaincus,  plus de 75 ans après 1940 et 70 ans après son procès,  je mets en ligne  un article  de  Jean Christophe Plot intitulé - Pétain était-il un traître - paru sur le blog  http://blog.francetvinfo.fr/deja-vu/...

Roland Pietrini

 

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Au cœur des déchirements entre le FN de Marine Le Pen et le père de cette dernière, Jean-Marie Le Pen, une (nouvelle) série de déclarations à l’emporte-pièce du fondateur du parti d’extrême-droite. Dont une en particulier, issue d’un entretien au journal Rivarol : "Je n'ai jamais considéré le maréchal Pétain comme un traître". Et si les dirigeants du FN actuel tendent à lâcher leur figure tutélaire, ce n’est pas le cas d’une figure du parti frontiste, Bruno Gollnisch, qui a volé au secours de son président d’honneur à l’antenne de RMC avec cette phrase : "Plus aucun historien sérieux ne dit que Pétain était un traître." Des déclarations qui méritent quelques rappels... Alors, Pétain, traître ou non ?

 

La justice dit oui

Au lendemain de la défaite de l’Allemagne nazie, le maréchal Pétain est jugé devant la Haute cour de justice, une juridiction à l’histoire déjà longue, abolie sous le régime de Vichy et restaurée par le Gouvernement provisoire fin 1944. Sa mission ? Juger le comportement des responsables politiques engagés dans la collaboration avec l’Allemagne depuis juin 1940. Donc de Philippe Pétain, ex-chef de l'Etat français.

Les chefs d’accusation sont graves : le vieux maréchal – 89 ans – risque rien moins que la peine de mort. Le procès, qui s’étend du 23 juillet au 15 août, se déroule dans une atmosphère tendue. Arrivé dans un banal panier à salade, Pétain lit le premier jour une courte déclaration, écrite en grands caractères pour ne pas avoir à chausser ses lunettes.

Après avoir contesté la légitimité de la Haute cour, son texte résume sa ligne de défense : dès juin 1940, il aurait été un allié caché et objectif du général de Gaulle. C’est la théorie du glaive (de Gaulle) et du bouclier (le maréchal). Un sacrifice en somme, résumé dans cette phrase : "Ma vie m'importe peu, j'ai fait à la France le don de ma personne ; c'est à cette minute suprême que mon sacrifice ne doit plus être mis en doute."

Cette histoire de don de soi n’est pas nouvelle : c’est au mot près la formule qu’il avait employée le 17 juin 1940 (« Je fais à la France le don de ma personne pour atténuer son malheur ») en annonçant aux Français qu’il demandait la cessation des hostilités :

Le procès dure trois semaines et se conclut par une condamnation : la cour déclare Pétain coupable d’intelligence avec l’ennemi et de haute trahison. Elle le condamne à mort, à la dégradation nationale et à la confiscation de ses biens. Autrement dit, le maréchal Pétain redevient Philippe Pétain tout court.

Le vieil homme perd tout (y compris son siège à l’Académie française...) – sauf la vie : en raison de son âge, et sans doute de son passé, sa peine sera commuée en détention à vie deux jours plus tard par le général de Gaulle. Il mourra à l’île d’Yeu en 1951[1].

Les historiens disent oui

Face à cette décision judiciaire, les défenseurs du maréchal ne se sont bien évidemment pas privés de parler de justice de vainqueur et de juges aux ordres. Détail acide, les trois présidents avaient tous prêté serment de fidélité au maréchal sous Vichy. Là-dessus, on se bornera à rappeler que la défense put faire citer les témoins qu’elle souhaitait comme elle le souhaitait, et qu’elle put récuser plusieurs jurés qui ne lui convenaient pas.

Reste donc le travail des scientifiques.

N’en déplaise à Bruno Gollnisch, en l’état actuel de la recherche, les "historiens sérieux[2]" sont très, très, mais alors très loin d’absoudre le maréchal de toute responsabilité. Sans se lancer ici dans une fastidieuse liste de publications, il n’est pas inutile de rappeler quelques données factuelles.

La légitimité du maréchal : c’est l’un des grands axes de ses partisans, qui estiment que le maréchal est arrivé légalement au pouvoir puisque c’est l’Assemblée nationale qui lui a donné les pleins pouvoirs, et largement : 569 voix pour, 80 contre et 20 abstentions. C’est oublier un peu vite quelques détails, à commencer par le fait que ce mandat prévoit expressément la préparation d’une nouvelle Constitution. "L’État français" – exit laRépublique française – est censé être un régime transitoire[3]. Des clous : la constitution en question ne sera jamais débattue. Mais le régime est surtout illégitime pour une bonne raison : outre que la IIIe République n’est pas censée être modifiée sous la menace directe d'un ennemi, la concentration des trois pouvoirs (législatif, exécutif et judiciaire) entre les mains d’un seul homme contredit les lois constitutionnelles de 1875. Le régime de Vichy est inconstitutionnel, et son chef illégitime.

 

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Sa trahison : il est possible que Philippe Pétain, grande figure de la Première Guerre mondiale, n’ait jamais souhaité trahir son pays. Mais là encore, retour aux actes et aux faits : si Pétain prétend que le conflit mondial ne concerne plus une France qu’il affirme neutre, comme la Suisse ou l’Espagne, il engagera à plusieurs reprises ses troupes contre les Alliés. Il encouragera la Légion des volontaires français, des soldats qui combattent sous uniforme allemand. En août 1942, il félicitera Hitler d’avoir enrayé le débarquement de Dieppe. En novembre suivant, alors que les Alliés débarquent dans les colonies françaises d’Afrique du Nord, Pétain donne l’ordre de les combattre. Alors que la plus grande partie des colonies françaises rejoint les rangs alliés, alors que l’Allemagne envahit la zone libre, alors que la flotte française se saborde à Toulon pour ne pas être placée sous les ordres allemands, le maréchal vient de laisser passer sa dernière chance de rejoindre le camp allié, quitte à jouer un rôle fantoche dans une France désormais entièrement envahie.

La collaboration d’État : c’est le fameux discours du 30 octobre 1940 : le régime de Vichy entre "dans la voie de la collaboration", une semaine après la rencontre de Montoire entre Pétain et Hitler, qui n'a rien demandé de tel. Concrètement ? De sacrés silences, quand l’Allemagne enrôle de forces Alsaciens et Mosellans dans la Wehrmacht ou quand les exécutions d’otages, les rafles et les exactions nazies se succèdent – alors que le maréchal n’a de cesse de dénoncer le « terrorisme » de la Résistance.

Si Pétain, à la fin de l’Occupation, fera mine d’être un simple prisonnier des Allemands, il couvrira de fait de son autorité et surtout de son silence la collaboration et, avec elle, les atrocités allemandes ou celles de la Milice.

 

Bousquet télégramme préfets Juifs déportation.jpg

 

La politique anti-juive : s’il ne s’était pas caractérisé avant-guerre par une quelconque hostilité aux Juifs, le maréchal a joué un rôle déterminant dans l’antisémitisme d’Etat mis en œuvre dès 1940, de plus en plus dur, sans que les Allemands n’aient initialement réclamé quoi que ce soit. Pétain a personnellement participé à la rédaction de ces textes de juin 1940. Les brouillons annotés de sa main ont été retrouvés en 2010 : ils durcissent le texte initial... En mars 1941, un "Commissariat aux questions juives" est créé par décret, signé du maréchal et confié à Xavier Vallat, antisémite assumé. En juin 1941, les Français de "race juive" sont bannis de la fonction publique.

Lorsque Laval l’informe fin juin 1942 de la rafle du Vélodrome d'Hiver, menée par une police française qui va au-delà des exigences nazies, le compte-rendu du conseil des ministres montre un Pétain qui estime cette rafle "juste". En août 1942, des Juifs de la zone Sud, parfois internés par Vichy depuis 1940 dans les camps de Gurs ou de Rivesaltes, sont envoyés à la mort sans que le moindre soldat allemand ne soit encore présent.

Sur 76 000 Juifs déportés (dont 11 000 enfants), 80 % furent arrêtés par la police du maréchal et non par les autorités allemandes. Un tiers étaient français. 3 % sont revenus.

La mémoire collective française a du mal

Le débat sur la culpabilité – juridique et morale – de Pétain n’est pas neuf et le flou artistique de l’État lui-même en est une belle illustration. De Gaulle, Pompidou, Giscard et Mitterrand firent successivement fleurir la tombe du maréchal jusqu’en 1992.

Le maréchal, mais quel maréchal ? Le chef de guerre aimé et respecté de 1914-1918 ? Ce vieil homme dépassé par les événements, à son corps défendant, décrit par ses avocats en 1945 ? Un authentique collaborateur ?

Pour ses défenseurs, Pétain aurait été un bouclier ; la responsabilité de la Collaboration pèserait sur Laval. Une thèse qui ne résiste pas aux travaux (des travaux sérieux, M. Gollnisch, et pas seulement ceux de M. Paxton) menés ces dernières années. Dans La France de Vichy, comme dans d’autres ouvrages, les faits sont pourtant là, issus des archives françaises ET allemandes : c’est bien Pétain qui a choisi la voie de cette collaboration que ne souhaitait pas un Hitler : lui voyait en la France un vaincu et non un partenaire.

Et c’est bien cette méfiance allemande qui freina la collaboration, et non Pétain qui engagea, cautionna ou laissa faire un certain nombre d’horreurs, en allant bien souvent au-delà des exigences nazies : livraisons des Juifs, engagement de la police française contre la Résistance… Sans compter un soutien économique à l’Allemagne non négligeable. La France est le pays le plus pillé d’Europe : tributs économiques, fourniture alimentaire, main d’œuvre gratuite et forcée via le STO…

Une phrase, finalement, résume durement la vie de Pétain – celle de de Gaulle, qui a ce mot dans Mémoires de Guerre : « … La tragédie est que le maréchal est mort en 1925 et que personne ne s’en est aperçu. »

 

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[1] Pour la petite histoire, d’anciens membres de l’OAS fauchèrent son cercueil en 1973 dans l’idée d’aller l’enfouir à Verdun. Les pieds nickelés furent arrêtés après deux jours, et la tombe est bétonnée depuis.

[2] C’est surtout l’Américain Robert Paxton, dont les travaux sur Philippe Pétain et la France de Vichy font autorité, que Gollnisch a dans le viseur. Comme Éric Zemmour d’ailleurs, dont le récent Suicide français attaquait le travail de l’historien dans un chapitre entier baptisé « Paxton, notre bon maître ». N’importe comment d’ailleurs, mais violemment.

[3] Détail encore : quand on consulte les documents administratifs des premiers temps, les formulaires n’ont pas encore été changés. La mention « République française » est simplement rayée et remplacée par « État Français », parfois simplement écrit à la plume…

 



08/05/2015
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