ATHENA-DEFENSE

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Poutine ou la beauté du diable (réactualisé)

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La beauté du diable?

 

Dimanche 7 septembre, l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a rendu publique les termes du "protocole" de trêve dans l'est de l'Ukraine. Ce plan, signé vendredi à Minsk par Kiev utilise une phraséologie  très  « stalinienne », ce qui n’est pas sans poser un certain nombre de questions.  L'accord stipule une "décentralisation" du pouvoir. Cela devrait permettre un "statut spécial" aux régions de Donetsk et Lougansk pour la mise en place d'un "gouvernement autonome provisoire" et la tenue d'élections locales anticipées. Poutine a-t-il gagné une victoire à défaut de gagner la guerre ?

L’OSCE est en effet chargée de vérifier le  cessez-le-feu avec un effectif qui sera composé d’une soixantaine d’inspecteurs, sans aucun pouvoir, sinon celui de faire des constats et d’arriver après les incidents qui ne manqueront pas de se produire.

D’ailleurs, le conseiller fédéral Didier Burkhalter, ministre des affaires étrangères suisse et président en exercice de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a confirmé que ces 59 spécialistes expérimentés dans le suivi d'un cessez-le-feu sont déjà mobilisés et que leur mission inclut la surveillance de la frontière russo-ukrainienne. Cela promet quelques incidents à venir.

M. Burkhalter, par ailleurs,  indique que "La crise ne peut pas être résolue sans dialogue avec la Russie (...) il faut aussi avoir un dialogue intra-ukrainien pour décider quelle sera la forme de relations entre les régions (en Ukraine), il faut qu'il y ait ce débat ». Ces déclarations à elles seules décrivent toute l’ambigüité de la situation. Le problème intra-ukrainien est désormais une crise majeure aux lisières est de l’Europe, qui traduit en fait une volonté délibérée ( la nôtre) de contrarier la montée en puissance de la Russie de Poutine.

Souvenons-nous, la crise politique ukrainienne était une insurrection civique contre un système de pouvoir corrompu, en pleine dérive autoritaire. Or, la prise de contrôle de la Crimée puis le contrôle sur le Donbass et la marche vers Marioupol et la mer d’Azov permettra de relier la Russie  à la Crimée si l’objectif en est atteint. Cela  illustrerait le danger que représente une Russie qui serait redevenue conquérante.

Selon Jean-Sylvestre Mongrenier, chercheur associé à l’Institut Thomas More, à l’Institut National des Langues Orientales (INALCO, Paris),  «  Le président russe se veut le disciple et le continuateur de Iouri Andropov, ambassadeur de Moscou lors de l’insurrection de Budapest (1956), chef du KGB (1967-1982), puis successeur de Brejnev dans les seize mois qui suivirent la mort de ce dernier. Andropov est décrit comme un néostalinien, ce qualitatif pouvant être appliqué à Poutine qui, par touches successives, a largement réhabilité Staline. » Poutine serait donc au cœur d’une politique révisionniste dangereuse pour la paix en Europe.

Poutine jouerait aussi toujours selon Jean Sylvestre Mongrennier sur les différences d’approche des États européens en cultivant les relations bilatérales. Il  parierait sur  la montée en puissance de la Chine et les défis de l’Asie-Pacifique censés détourner les États-Unis de son engagement en Europe. La « Grande Europe » évoquée par la diplomatie russe (voir le « plan Medvedev » présenté à Berlin, le 5 juin 2008) serait le retour aux alliances et contre-alliances entre États européens. En quelque sorte une disparition plus ou moins programmée de l’Europe. Selon  le représentant permanent de la Russie auprès de l'OSCE Andreï Keline, « La crise ukrainienne n'est qu'un prétexte pour l'élargissement de l'Otan vers l'est - ces projets étaient en gestation depuis longtemps, la crise ukrainienne n'est qu'un prétexte pour les réaliser » 

Quel que soit le regard que l’on porte, Poutine, ce dirigeant fortement nationaliste fascine une partie non négligeable de la population européenne et singulièrement française déboussolée par le manque de charisme évident de nos dirigeants et leur absence totale de vision d’avenir. Cette image d’autorité séduit parfois, dérange souvent  au point d’en oublier le danger qu’il représente. Serait-il moins anxiogène qu’un Obama hésitant ou qu’un Hollande  inconstant? Poutine, formé à l'école du KGB, comme pratiquement tous les dirigeants russes depuis la révolution de 1917,  aurait-il la beauté du diable? 

    

Dans ces conditions,  est-il  si opportun de souhaiter le renforcement des sanctions contre la Russie qui à son tour  menace de répliquer de manière asymétrique ? Est-ce la bonne réponse ? Ce terme -asymétrique - employé par Medvedev est savoureux puisque, force est de constater que depuis l’annexion de la Crimée, la Russie utilise des moyens asymétriques intelligents et pour le moins discrets,  en soufflant le chaud et le froid et en usant de moyens si staliniens ? Il manie le mensonge avec tant d'apparence de vérité que l'on peut s'y laisser prendre. la responsabilité occidentale est engagée, nous avons donné un prétexte valable à la Russie en suivant les Etats-Unis dans leur volonté d'élargir l'OTAN vers les territoires de l'EST. Nous avons participé à l'installation de cette crise qui va bouleverser les relations internationales et la géopolitique pour longtemps. Pour la première fois depuis la fin de la seconde guerre mondiale des frontières sont remises en cause. Poutine n'a pas peur et l'occident a baissé sa garde. 

 

Au bal des faux culs c’est Poutine qui a valsé le premier et qui mène le bal et je doute que nos brillants dirigeants en comprennent la cadence.  

 

Roland Pietrini

 

 

 

 (1)Protocole d’accord

• Les parties au conflit s'engagent à un "cessez-le-feu bilatéral immédiat", condition préalable aux autres points de l'accord.


• Le président pro-européen et les rebelles conviennent d'appeler à une libération "immédiate" de tous les prisonniers et des otages retenus depuis le début du conflit en avril.


• Le protocole


• L'OSCE est chargée de contrôler et vérifier le régime de ce cessez-le-feu. Son équipe sur le terrain devrait être composée d'une soixantaine de personnes.


• Contrairement à la demande russe, il n'est pas fait mention d'une "fédéralisation" des régions de l'Est. L'accord stipule en revanche une "décentralisation" du pouvoir. Cela devrait permettre un "statut spécial" aux régions de Donetsk et Lougansk pour la mise en place d'un "gouvernement autonome provisoire" et la tenue d'élections locales anticipées.


• Le protocole appelle à "un dialogue national inclusif" et garantit l'adoption d'une loi contre la poursuite et la traduction en justice de personnes "impliquées dans certains événements" dans la région de Donetsk et Lougansk. Une tournure qui pourrait en théorie permettre aux deux camps d'éviter d'être accusés de crimes de guerre.


• Le protocole stipule le "contrôle constant et actif" par l'OSCE de la frontière entre la Russie et les régions de Lougansk et Donetsk, longue de 924 km et la création d'une zone de sécurité dans les zones frontalières.


• Le protocole appelle à l'adoption d'un programme pour aider au "rétablissement économique et à la reprise de l'activité" dans le Donbass, région industrielle de l'Ukraine.


• Sur le plan humanitaire, l'accord prévoit des mesures pour "améliorer la situation humanitaire" dans les régions de Donetsk et de Lougansk, sans plus de détails.


• Le dernier point du protocole garantit la sécurité des personnes participants aux négociations.

L'UE prête à revenir sur les nouvelles sanctions contre la Russie

Le respect de ce "protocole" est nécessaire à l'Ukraine, exsangue après cinq mois de combats, et aux pro-russes mais sera aussi directement bénéfique à la Russie.

L'Union européenne s'est en effet dite "prête à revenir" sur les nouvelles sanctions qu'elle envisage d'adopter contre la Russie si le cessez-le-feu dans l'est de l'Ukraine est "durable" et/ou si des négociations de paix commencent, a affirmé dimanche le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy.

"Nous avons remarqué que la Russie ne consentait que difficilement à des négociations sérieuses. Le cessez-le-feu est un pas important, mais ce n'est qu'un pas", a-t-il expliqué. "Pour accroître la pression sur la Russie, nous avons pris des sanctions en plusieurs phases. Lundi, ce sera officiellement approuvé par les chefs de gouvernement". Si la trêve est respectée, "nous sommes prêts [...] à revenir sur ces sanctions", a assuré Van Rompuy.

 


 9 septembre.  Les insurgés sont sur le point de prendre Marioupol. La jonction avec la Crimée se fera dans la nuit  après le cessez-le feu. 



08/09/2014
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