ATHENA-DEFENSE

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Poutine – Macron : chapeau l’artiste !

 

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Trois cents ans tout juste après le passage du Tsar de Russie Pierre Ier à Versailles,  le tsar Poutine a rencontré lundi le monarque républicain Macron sous les ors du palais.

 

Cette rencontre, parfaitement maitrisée par un Président français qui avait auparavant marqué des points indiscutables sur la scène internationale,  a bouleversé quelque peu, l’idée que l’on pouvait se faire sur la stratégie d’influence développée par la Russie lors des élections françaises.  Les Poutinophiles,  nombreux et sans nuances,  qui rêvent en France d’un régime similaire à celui de l’ex-Urss, n’ont pas compris que l’intérêt de la Russie est bien celle d’affaiblir l’Europe, voire de la casser, afin d’établir une sorte de zone d’influence. Une Europe faible et un retour au nationalisme permettrait à l’Etat-continent d’affirmer sa puissance sur la péninsule européenne. Vu de Moscou, même si la volonté n’est pas celle d’étendre son espace territorial, elle est bien celle d’étendre son influence, ses codes et son modèle. La mise en cause publique de Russia Today et Sputnik par le président français en présence de Poutine, lors de cette conférence de presse,  réunissant la crème des journalistes internationaux, n’est pas anodine. Le président Macron a signifié de manière claire à Vladimir de s’occuper plutôt de son bortsch (Soupe russe à la betterave) que de notre pot au feu.

 

D’ailleurs,  le quotidien russe Moskovski Komsomolets a osé indiquer à ses lecteurs que  « la vieille Europe a désormais un nouvel “Infant terrible” et que M. Poutine « n’a même pas su quoi dire quand M. Macron a nommé les médias russes d’Etat organes d’influence et de propagande mensongères », tout en ajoutant que « Les Français ont eu tort de craindre qu’Emmanuel Macron ne passe pas le test de Vladimir Poutine. Il maîtrise parfaitement le principe des trois mousquetaires : pour ne pas être obligé de se défendre, il est allé à l’attaque. »

 

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Après avoir fait échouer (la) Marine sur ses contradictions lors du débat du second tour, Macron extrêmement habile la coule et Poutine est en train de regretter de l’avoir reçue. Le message est fort, Marine apparait ainsi plus comme un agent de Moscou que comme une patriote... A méditer. A contrario Macron apparait comme un patriote et un européen à la fois. Ce qui n’est pas incompatible de mon point de vue. Cette habilité est à nuancer mais elle est à souligner.

 

Ainsi, lui,  le blanc-bec que l’extrême droite (et pas seulement)  considérait comme un jeunot prétentieux qui salirait de frayeur ses couches devant un Poutine chargé de testostérone, en sont pour leurs frais, il a fait le job, et plutôt bien,  au point que j’en arriverais à oublier mon regret de ne pas voir Fillon dans ce rôle. Pas sûr qu’il en aurait fait autant. Parfois il faut savoir reconnaitre les faits, le président Macron ressemble à l’idée que les Français se font d’un chef républicain, et cela change à un point tel que l’on a déjà oublié le pantin qui fut le nôtre durant ses cinq dernières années.       

 

Le voilà donc ce minus, que nous avons élu en trainant de la savate à plus de 60% des votes exprimés,  se taillant une place là où on le l’attendait pas. Il y a eu des débuts moins glorieux et dans la salle des batailles Macron au côté du tsar « marche au pas lent des grognards de l’empire ».

 

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Macron, c’est un fait,  en moins d’ une semaine, il a pris la mesure de la fonction pour laquelle il a été élu. Il n’est pas entré dans le jeu  de « celui qui a la plus grosse » de ce gougnafier peroxydé  de Trump qui pensait l’écraser de sa suffisance,  le renvoyant ainsi à l’apprentissage des bonnes manières, il  a plus que séduit la chancelière Merkel et  il a tenu tête à la Première Ministre, Theresa May,  qui pensait imposer son calendrier sur le Brexit.   Mieux,  en se plaçant au second rang de la photo des chefs d’Etat,  lors de la réunion de l’Otan, il a montré que l’on pouvait être derrière tout en étant devant.

 

Pour quelqu’un que l’on disait inexpérimenté, il n’a commis qu’une toute petite erreur, celle d’avoir commenté sa poignée de main avec Trump. C’était de trop, on avait compris, mais on lui pardonne volontiers, même une  victoire par défaut de défaite est trop belle.  

 

Cette belle assurance d’un Macron faisant la leçon à Poutine a permis de montrer,  pour la première fois,  l’image d’un Poutine  presque usé lors de la conférence de presse de Versailles.

 

Sur la Syrie, il a fixé une ligne rouge, celle de l’emploi des armes chimiques, se positionnant ainsi en chef d’une puissance capable de mettre en œuvre ses moyens militaires, tout en estimant qu’il ne fallait pas casser les structures d’Etat en ne faisant pas la même erreur que les américains en Irak. C’est clair,  compréhensible et pragmatique.

 

Il a fixé à la diplomatie française une nouvelle feuille de route, celle de parler avec tout le monde, y compris avec ceux qui ne sont pas des amis (en existe-t-il vraiment ? Les E.U de Trump sont difficiles à classer)  et défendre partout les intérêts de la France,  y compris face aux alliés et en Europe. Il a remis la France à la place qui lui échoit, celle qu’elle n’aurait pas dû quitter. Les débuts auraient pu être pires, pensons à ceux d’un Sarkozy partant en vacances,  et d’un Hollande sans consistance et si « a-normal »  qu’il en devenait pathétique. L’un comme l’autre était plus dans le verbe que dans l’action réelle.

 

Je le disais récemment dans mon précèdent article, « le chemin est long du projet à la chose », mais il faut le reconnaitre, le jeune président de 39 ans, sans parti, a réussi son entrée sur la scène de la commedia dell’arte internationale, il lui reste à écrire la pièce. Sans quoi, d’Arlequin il sera Pantalon.

 

 

 

Il n’a rien à perdre et tout à gagner, il est possible que nous ayons trouvé un homme providentiel, l’avenir nous le dira, à moins que tout cela finisse par un formidable fiasco, mais nous lui devons au moins, le bénéfice du doute favorable.

 

Au risque de  faire grincer des dents, je vous le dis, chapeau l’artiste !

 

 

 

Roland Pietrini

 



 

 

 

 

 

 

 



31/05/2017
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