ATHENA-DEFENSE

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Sentinelle : L’arme au pied ! réactualisé...

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La commission d'enquête sur les attentats de Paris sous la présidence de Georges Fenech, député du Rhône ("Les Républicains") et spécialiste de la justice, et de Sébastien Pietrasanta, un député socialiste, expert des questions de déradicalisation s’est donc  réunie.  Cette commission d’enquête parlementaire constituée d'une trentaine de membres devait examiner les failles éventuelles dans le dispositif de la sécurité de l'Etat après les attentats du 13 novembre 2015,  dont le bilan,  faut-il la rappeler,  fut de 130 morts et 350 blessés.  

 

Ce type de commission, dont les limites sont celles imposées par le -secret défense- et le -secret professionnel-, aura eu au moins le mérite de poser quelques questions à défaut d’obtenir des réponses. Nous avons été un certain nombre, ici ou là, n'étant ni commando-stylo, ni commando-canapé,  comme le dit si justement Jean-Marc Tanguy,  à subodorer quelques réflexions matinées de réserves dues à notre incapacité à pouvoir  connaitre le dessous des cartes et la réalité du terrain. Il n’en reste pas moins que notre sixième sens, basé à la fois sur notre modeste expérience et l’observation suivie des questions de défense et de sécurité depuis de très nombreuses années, ce qui n’est pas forcément inscrit au cursus de Sciences po et de l’ENA, nous amène à considérer deux ou trois aspects de cet épisode terroriste sanglant.

 

Premier élément de réflexion : était-il possible d’éviter le carnage du Bataclan compte tenu du fait que  les services de renseignement avaient pris connaissance de menaces contre la salle de spectacle parisienne en 2009, quand un Belge, Farouk Ben Abbes, interrogé par les services égyptiens après les attentats au Caire, aurait avoué avoir projeté un attentat ?

 

La réponse est délicate, à mon sens,  elle ne se situe pas au niveau de la prévention mais bien au niveau de la protection. Fallait-il,  compte tenu de ces menaces,  renforcer la protection directe du Bataclan par des mesures de filtrage efficaces et une protection renforcée, ou bien fallait-il annuler tout concert en ce lieu ? J’aurais tendance à penser que toute interdiction aurait été impossible, compte tenu de la nécessité de continuer à maintenir  notre pays dans un espace de liberté indispensable et salutaire. Aurait-il fallu renforcer la sécurité de ce lieu devenu sensible ?  La réponse ne saurait être délivrée sans une  réflexion plus vaste en amont, alors que le plan Vigipirate était en place et qu’une patrouille de soldats ne put intervenir, ce qui est  difficilement explicable pour les victimes. Cela montre les limites d’un dispositif parfaitement inadapté  et qui le reste dans son ensemble aujourd’hui.   Lancée à la suite des attentats de janvier 2015, les effectifs de l'opération sentinelle sont passés de  8000 à 10 000. Or ces trois soldats étaient présents le soir de l'attaque au Bataclan, et pourtant, ils ne sont pas intervenus. L'un d'eux a même refusé de prêter son arme à un membre de la Bac, avait déclaré un policier lors des auditions de la commission.

 

Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a confirmé le 1er juin lors de son audition  qu’ils n’ont fait qu’obéir aux ordres.  Il a également rappelé que les membres de l'opération Sentinelle "ne sont pas formés aux interventions en présence d'otages".

 

On ne peut reprocher aux militaires de n’être pas intervenus, en constatant le fait qu’ils n’avaient aucun moyen de communication avec leur hiérarchie et en admettant  que celle-ci aurait eu la possibilité de leur donner des ordres clairs. La question,  Monsieur le ministre,  n’est pas  de déclarer de manière péremptoire qu’il n’étaient pas formés aux interventions en présence d’otages, mais bien de dire qu’en l’occurrence, le cadre juridique de leur action ne leur permettait pas d’intervenir, sinon d’attendre qu’on leur tire dessus pour riposter.

 

Or nous en sommes, sauf erreur de ma part, toujours au même point.  De deux choses l’une, soit,  ils peuvent intervenir en raison de la mise en danger de la vie d’autrui,  ce qui semble aujourd’hui être timidement le cas, mais que se passerait-il dans le cas où il y aurait  des victimes collatérales ? Soit,  ils ne le peuvent et dans ce cas,  à quoi servent-ils, sinon servir de cibles et d’incompréhension de la part des familles des futures victimes. D’ailleurs,  cet aspect du problème juridique que cela pose, est parfaitement incompréhensible par la plupart des nations plus ou moins démocratiques.  Faut-il rappeler que  nos forces spéciales sont intervenues sans trop de précautions oratoires  contre les assaillants de l’hôtel Splendid à Ouagadougou avec le succès que l’on sait ?  La problématique n’était pas moins délicate. Cette intervention a pris fin avec la mort de 3 assaillants, la libération de 126 otages, dont le ministre du Travail burkinabé, Clément Sawadogo et la prise en charge de 33 blessés.

 

Or ces mêmes forces spéciales, tout comme nos soldats de sentinelles,  ne pourraient intervenir en France, alors que le brave flic du commissariat du coin le peut,  alors qu’il est, me semble-t-il,    moins préparé à ce type d’action. Hiatus ou pas, quelque part, il faut le constater,  nous marchons sur la tête, nonobstant le fait que nous sommes la risée d’un certain nombre de connaisseurs de la chose à l’étranger ?   

 

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Je ne rentrerai pas dans le détail du traitement  post-attentat et de la peu glorieuse intervention de Saint Denis,  où l’intervention de l’élite de l’élite a tourné à l’hystérie collective et à une consommation de munition digne d’un poème à la Prévert. Je resterai donc modeste en me disant tout aussi modestement, que la politique de l’arme au pied,  pour les militaires de Sentinelles,  n’est qu’un exemple de notre incapacité à mettre en phase notre action avec la cohésion. Quant à  la possibilité de n'avoir plus qu'une seule unité d'intervention en France, au lieu des trois actuellement, préconisée par la commission d’enquête,  c’est bien entendu,  une fausse bonne idée.

 

La voie de la raison et le pragmatisme impliquent parfois des solutions simples et non pas simplistes. Nos forces militaires en position sur le territoire nationale ne s’imposent pas puisqu’elles sont contraintes à l’inefficacité.  Si dans un premier temps leur présence pouvait rassurer,  la conscience par l’opinion de leur incapacité à intervenir ne peut qu’à terme les déconsidérer. Ce n’est pas le but recherché, la politique de la gesticulation sans action ne peut trop longtemps leurrer nos adversaires. Si cette attitude devait rester en l’état,  nous irions alors  au-devant de problèmes à résoudre d’une autre dimension.

 

Il est temps de réagir et ce n’est pas une commission parlementaire, sans réel pouvoir et compétences,  qui en changera la donne. On ne combat pas l’arme au pied.

 

dernière minute:

 

L'attentat de cette nuit à Nice démontre la nécessité de réfléchir sur l'adéquation des moyens aux menaces. Ce sont les policiers de terrain qui se trouve devant ce genre d'agression en première ligne. il sera donc nécessaire de les former et de leur donner les moyens y compris juridiques d'intervenir.   Renforcer sans cesse les moyens des forces d'élites ( RAID, BRI, GIGN etc... )  apparaît comme un palliatif nécessaire mais ne correspondant pas l'ensemble du spectre terroristes. Ces forces sont  plutôt destinés à intervenir dans des situations d'extrême violence ou à haut risques telles que les prises d'otages, les actes de terrorisme, les mutineries dans les prisons ou les interpellations d'individus dangereux ou de forcenés. Mais interviennent en amont rarement en aval.  Leurs interventions manquent désormais de souplesse, obéissent à des process lourds.

 Le maintien de Sentinelle et la réserve opérationelle ne serviront à rien sans que ne  soit donné des missions précises, un cadre d'intervention précis, des règles d'engagement et de tir claires.. Les problèmes à résoudre sont énormes face à la monstruosité des attaques.

 

 

 

Roland Pietrini

 

 

 Un autre point de vue 

http://blog.francetvinfo.fr/police/2016/07/05/le-rapport-de-la-commission-fenech-loccasion-dun-refonte-de-lorganisation-des-forces-de-lordre.html

 

 



06/07/2016
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