ATHENA-DEFENSE

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A propos de liberté d'expression et d'un discours du CEMA

l'amiral Edouard Guillaud, a dit aux stagaires de la promotion Lyautey du Collège interarmées de défense (CID), le 22 juin.

"Nous avons un devoir d’expression, un devoir de communication, un devoir de rayonnement. Nous devons être présents sur la place publique. A nous d’expliquer ce que nous sommes, ce que nous faisons, pourquoi nous le faisons et comment nous le faisons. A nous d’expliquer quel type d’assurance-vie nous offrons aux Français ! Cette posture ouverte que je vous demande d’adopter, c’est celle d’officiers garants d’une insertion harmonieuse des armées au sein de la Nation, celle d’officiers capables de diffuser, d’innerver l’esprit de défense chez nos concitoyens, celle d’officiers acteur et promoteur de la résilience de la Nation.

Hubert Lyautey, quand il était jeune capitaine disait déjà : « celui qui n’est que militaire est un mauvais militaire ». Ne soyez donc pas que des militaires militaro-centrés ; vous êtes des citoyens avant tout, mais qui revendiquez votre spécificité, votre identité et votre intelligence de métier.

Si nous ne le faisons pas, personne ne le fera à notre place. C’est bien là notre rôle politique, au sens littéral du terme.

"Le devoir de réserve n’est pas le prétexte à une réserve muette qui à force d’être muette devient lâche et in fine irresponsable ! Nous avons notre place dans le débat stratégique. Nous devons revendiquer notre place dans le débat stratégique. Et nous devons le faire publiquement, surtout pas anonymement.
Nous sommes des citoyens, acteurs dans la Cité et des officiers, défenseurs de la Cité ! C’est un bon résumé de ce que nous devons être !
J’attends des officiers brevetés que vous êtes désormais, et ayant acquis le niveau de discernement nécessaire : du courage, de l’imagination et de la cohésion. (...)

Le courage, c’est aussi le courage moral. C’est celui qui consiste s’exposer, en donnant son propre avis, même si cet avis s’oppose à celui de la majorité ou à celui de ses supérieurs. Emettre un avis différent de celui de son chef, de manière objective et argumentée, pour le bien commun, ce n’est pas si simple ! Il faut une certaine dose de courage !
Le courage, c’est enfin le courage intellectuel. Il est très facile, dans notre système naturellement hiérarchisé, d’épouser la pensée dominante et de développer un projet uniquement à l’intérieur de ce cadre. Pas de syndrome de la « pensée unique »… « Le feu tue, les idées périmées aussi ! » Foch a raison !

Aussi, vous aurez besoin de courage pour accepter de confronter vos idées au regard des autres, en les défendant avec énergie, tant que personne ne sera venu les réfuter. Il vous faudra le même courage, celui de l’humilité, pour accepter l’inanité ou la défaite de vos propres idées. Ce n’est jamais une honte, puisque les seuls à ne pas encourir ce risque sont ceux qui n’osent pas exposer leurs idées à la confrontation ! (...)

C’est votre réflexion, votre imagination, votre esprit d’innovation qui détermineront la valeur de notre outil de défense (...) Mais attention, ne vous contentez pas seulement d’imaginer et de concevoir, vous devrez aussi construire et commander. Parce que pour construire, il faut commander, il faut s’engager, il faut prendre ses responsabilités et les assumer!  Ne soyez donc pas ces officiers « qui prennent la pose, les pieds au chaud et qui raisonnent en chambre à leur aise ! » pour reprendre les propos de M. de VAUBAN sur les officiers de salon !  La réflexion n’est noble que dans la perspective de l’action.

La troisième chose que je vous demande c’est de cultiver la cohésion, parce que les armées forment un ensemble cohérent. Vous avez appris à mieux le mesurer cette année. (...) Les armées sont fortes quand elles sont unies, les armées pèsent quand elles sont cohérentes, les armées rayonnent quand elles parlent d’une même voix.
Mon rôle de CEMA est d’assurer cette cohérence, cet ensemble et cette unicité. J’ai besoin des relais que vous êtes, que vous serez chacun à votre place, sans corporatisme de mauvais aloi, propre à notre esprit gaulois."

Amiral Guillaud : "Pas de syndrome de la pensée unique" !

 

Mon commentaire:

Le dédoublement du Moi porte un nom en grec la racine en est σχίζειν ou schizo.. Difficile, en effet, d’encourager, j’ai noté, les officiers qui par le brevet, accèdent à une certaine forme de discernement, et les autres, sans parler de tous les autres c’est à dire ceux qui n’ayant aucun brevet ne peuvent au demeurant que discerner leur incommensurable incompétence, au mieux.. Mais ce discours s’adressait à l’élite de l’armée française, me voilà donc rassuré. Difficile donc de d’encourager et de brider à la fois, un art que je connaissais chez les cavaliers, les vrais, ceux qui montent à l’obstacle, ils comprendront, mais que je ne soupçonnais pas chez les marins.. Plus sérieusement, le courage moral ne serai-il pas une qualité la plus inégalement partagée ? Le général Desportes, n’en faisons pas un héros, a simplement et honnêtement posé les bonnes questions au bon moment ? Est-ce si grave ? Qu’il faille déclencher une telle reprise en main…Suivie de telles caresses ? La confrontation des idées est une excellente chose, reconnaître sa faiblesse dans tel ou tel domaine n’en est pas moins une, manier cravache et caresse relève de la haute école.. François Baucher disait « l’éperon est un rasoir dans la main d’un singe » Ce qui démontre bien que la sanction ne doit pas brider l’action et encore moins la réflexion. Les chefs ont devoir d’exemple, et un devoir d’entraînement, le général Delaunay l’avait compris, il y a bien longtemps, en encourageant les cadres à écrire, officiers et sous-officiers, à l’époque ont parlait de cadres.. Quant à Bigeard, qui n’était pas un stratège, sa grande gueule était si salutaire.. Il me paraît nécessaire de changer d’époque, l’adhésion ne peut se faire que dans la compréhension et la générosité partagée : Parler de défense, avoir un avis sur l’engagement de la France et réfléchir sur les moyens qui en sont dédiés, et la stratégie qui est employée relèvent d’un simple devoir de citoyen.. Pourquoi faudrait-il que les seuls à se taire fussent justement ceux dont le métier leur apprend l’intelligence de la situation, la mesure dans l’action et la maîtrise de l’outil.. Pourquoi faudrait-il que les spécialistes n’aient pas droit au chapitre ? Cela suffit, l’art de la guerre appartient aussi à ceux qui la font.



05/07/2010

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