ATHENA-DEFENSE

ATHENA-DEFENSE

A propos du Monde réel et de la représentation qu'on en a fait. réponse à un article paru dans Secret Defiance

A propos du monde réel et de la représentation que l’on s’en fait.

 

Un récent article de Secret défiance que j’encourage à lire, me fait réagir, tant cet article me parait juste, sur bien des points. http://secretdefiance.com/?p=4764..

 

« Le patriotisme est une notion aujourd’hui désuète. Elle est rejetée et théorisée par pratiquement l’ensemble de l’élite pensante au pouvoir, comme une notion archaïque au regard de celle beaucoup plus noble de “citoyen de la Terre” et autant que possible des terres lointaines et misérables pour lesquelles ces élites éprouveront, paradoxalement, un certain patriotisme, mais de celui qui n’engage que leur porte-monnaie et leurs mots et en aucun cas consciemment leur vie. »

 

« Les média et les élites ont un rapport ambigu à la guerre, à la violence. Les élites exècrent la violence comme manifestation de la non civilisation. Les pourparlers, le marchandage, la négociation, la diplomatie donc, sont le signe suprême de la réflexion et du pouvoir de l’esprit sur le cerveau reptilien. Le héros d’aujourd’hui est le diplomate aux muscles atrophiés et au double langage, ou le mensonge est une spécialité bac+10 »

 

« Cette attitude infantile, qui se définit par l’incapacité d’assumer les conséquences de ses choix, caractéristique qui se voit aujourd’hui dans tous les domaines de la société, fait que le militaire est aujourd’hui considéré comme un mercenaire, comme un homme payé pour tuer et pour mourir, et non plus comme un homme qui accepte le sacrifice ultime pour le bien de ses frères civils. Etant devenu fonctionnaire-mercenaire, lui seul est responsable moralement des morts pour lequel il est payé. Et étant devenu fonctionnaire-mercenaire, qu’importe qu’il adhère ou pas à sa mission »

 

« Le pouvoir, qui commande le bras armé de la nation, en voulant couper les liens de responsabilité qui l’unisse à l’exécutant, s’auto-ampute cependant d’une partie de son pouvoir sans réaliser ce qu’il y a de dangereux dans cette manœuvre »

 

« L’Armée a cependant une responsabilité, celle de ne pas lutter contre la dégradation de son image. Car il s’agit non pas d’une évolution d’image mais bien d’une dégradation.

L’Armée elle-même s’enferme dans sa tour d’ivoire de pucelle incomprise. »

 

 

Merci DF..  Je rajouterais si nécessaire deux notions, la première est la perception du monde tel qu’il devrait être et non pas tel qu’il est. Ce monde perçu par de nombreux « gentils »,  ce monde,  serait tellement plus facile à comprendre si l’oppresseur n’avait pas cette fâcheuse propension à ce mêler de ce qui ne le regarde pas, c'est-à-dire la défense de l’opprimé. Mais là où tout se complique, c’est que l’opprimé dès lors qu’il est aidé par l’oppresseur devient à son tour oppresseur.. Allez donc y comprendre quelque chose ?  Et d’ailleurs, ceux qui dénoncent le mal fait aux victimes encouragent à l’intervention alors même qu’ils sont dans la plupart des cas des  pacifistes convaincus et dénoncent en général les militaires comme d’affreux militaristes à la solde de nations  elles-mêmes  coupables uniquement d’arrières pensés mercantiles..

 

Bref, fallait-il laisser Kadhafi au pouvoir ? Les libertés en Egypte, en Tunisie,  sont-elles plus ou moins évidentes aujourd'hui ? L’Iran est-elle un exemple de démocratie, et les Irakiens sont-ils plus en sécurité qu’avant ? Y-a-t-il un avant et un après Saddam Hussein ?  Où grossièrement dit,  pour l’Irakien de base, ne serait-ce pas la même chose ?

 

Tombouctou où l’on coupe les mains des voleurs et où on lapide les femmes, on fait quoi ? On regarde les bras croisés, où on envoie les méchants soldats avec leur gros fusil.. Poum !

 

La seconde notion est celle de du rapport de la nation avec son armée et celles des élites avec ses soldats.

 

Et là, nous atteignons le sommet de l’hypocrisie.  En effet, en coupant le lien de responsabilité, on laisse à ceux qui ont les mains dans le cambouis la responsabilité des  bavures, et autres effets collatéraux..  En gros, on veut bien aligner les cercueils dans la cour des invalides, décorer à titre posthume mais on évite d’évoquer la réalité du monde devant les électeurs et on laisse dans l’ignorance notre belle jeunesse en déstructurant l’enseignement de l’histoire avec la complicité d’une partie des enseignants.. Bref sans savoir d’où l’on vient, il est difficile de croire en son propre avenir, en jouant sans discernement avec la surenchère des repentances, les politiques n’expliquent presque rien, ils  brouillent les cartes, ils  abdiquent sur les valeurs essentielles… Les Allemands d’aujourd’hui ne sont pas plus responsables de la Shoah que nous ne le sommes des nos guerres coloniales.  L’essentiel est d’en comprendre les raisons, le contexte et d’éviter les mêmes dérives. Mais cela ne donne pas le droit d’excuser ni Pol Pot, ni Staline, comme l’on fait à une certaine époque les donneurs de leçons. Ceux-là même qui refusaient de débarquer les cercueils de nos soldats morts en Indochine, ceux là même qui trafiquaient les munitions, par résistance au colonialisme, pour aider les opprimés, c’est à dire ceux-là  même qui après avoir « libéré »  le Viet Nam envahirent le Cambodge.  Ceux qui déportèrent dans des conditions épouvantables une partie du corps expéditionnaire défait par l’imbécillité collective des politiques et d’une partie des étoilés.

 

Ce qui est équitablement répartie c’est  l’indicible crasse de  l’ignorance..

 

Oui ce monde réel n’est pas celui des petites filles en robe d’organdi sagement assises, avec interdiction de courir dans l’attente de la messe.. Oui ce monde réel n’est pas partagé entre le Bien d’un coté, le Mal de l’autre, la fracture n’et pas franche, elle est complexe.. Le monde n’est ni blanc ou noir, il est gris.. Le regard porté sur le monde est un regard subjectif, la représentation est celle de notre projection intime. Le monde ne se dissèque pas selon une coupe horizontale ou verticale. Pour  trancher, il faudra suivre les méandres complexes des tissus, des nerfs et des artères..

 

Le  monde  qui est le nôtre n’est pas uniquement celui de  la guerre, de  la mort, il peut porter encore de l’espoir, à condition d’éradiquer cette stupide idée d’un égalitarisme outrancier, je préfère l’idée de l’égalité des chances.  La civilisation exècre la violence, à juste titre, mais le pacifisme comme le militarisme portent en eux les graines de leur propre violence.. Et d’ailleurs Gandhi en était largement conscient.  

 

L’armée est face à un dilemme permanent, elle ne peut communiquer de manière efficace, parce que ce n’est pas sa vocation elle est le bras armé du pouvoir régalien, sous sa responsabilité, sous son autorité..  C’est au politique à créer les conditions de comprendre le pourquoi d’une défense. C’est aux élites de faire l’effort de sortir de leur contradiction en faisant un pas vers ceux qui réfléchissent à la complexité du monde, c’est aux militaires de faire l’effort d’aller à leur rencontre en cessant de croire que leur métier d’exception ne peut être compris, en s’enfermant dans un silence coupable, en se  ghettoïsant.  

Les grands défis d’aujourd’hui, sont les causes de conflits futurs, la répartition inégale des ressources naturelles, les problèmes climatiques qui menacent une partie de l’humanité concentrée sur une partie infime des territoires  exposés à la montée des eaux, sur la raréfaction des terres arables, sur la montée des intégrismes qui ne sont que la nouvelle forme des extrémismes politiques de droite ou de gauche du siècle dernier.  

 

Que faisons-nous pour expliquer ce monde ?

 

  



14/12/2012

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