ATHENA-DEFENSE

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Interview de Vladimir Poutine par Athéna Défense

 

 

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 Kremlin

 

 

C’est au Kremlin dans un bureau situé au-dessus de la cour d’honneur en vision directe au travers des fenêtres sur les clochers de la cathédrale Verkhospasskaïa que j’ai rencontré le président de la Fédération de Russie.

 

Pour accéder à ce privilège, j’avais enfreint toutes les procédures, puisque je n’étais ni journaliste, ni diplomate, je m’étais inventé un titre de directeur d’un organisme de réflexion géopolitique, mais surtout j’avais obtenu l’appui d’un très proche de Vladimir Poutine dont je ne peux donner ici le nom. D’ailleurs, l’ambassade France n’avait pas été informée de ma démarche. J’étais en free-lance, jeté dans la tanière de l’ours, bien décidé à jouir de ce privilège exceptionnel.

 

Après avoir rempli un certain nombre de paperasses et obtenu un propousk à durée limitée et accepté de respecter une charte sécuritaire, j’avais communiqué le contenu de l’interview une semaine auparavant et nous étions convenu qu’en complément, deux questions surprises lui seraient proposées. Enfin, l’interview était prévue en langue russe et sans interprète. C’est donc seul à seul que nous nous retrouvions, ce qui était tout à fait exceptionnel.

 

Il m’attendait dans un bureau immense, probablement l’un des bureaux de réception et c’est après avoir parcouru un long couloir aux murs blancs, que je l’ai rejoint. J’étais seul, l’interview ne devait pas être filmée, en tout cas par mes soins, et je fus autorisé à détenir un magnétophone.

 

Il m’a salué d’un signe de tête, je fis de même et m’a désigné de sa main un fauteuil de couleur rouge où je pris place. Il ne faisait aucun doute que j’obéissais à une règle de sécurité en me faisant respecter une distance suffisamment significative pour parer à toute agression. Une table basse nous séparait, il s’assit sur un sofa légèrement décalé en me faisant tout de même face mais en tournant légèrement sa tête.

 

Debout, il correspondait à l’image que je m’en faisais, un homme plutôt petit mais qui dégageait par son attitude une autorité et un charisme indéniable. Il m’observait plus que je ne l’observais.

 

Il ne faisait aucun doute qu’en toute discrétion, j’étais surveillé de près et que j’étais probablement dans la ligne de mire d’un tireur invisible. J’étais raisonnablement impressionné, j’allais m’adresser à l’un des chefs d’Etats les plus puissants de monde et l’un des plus controversés et c’était maintenant.

      

À ma grande surprise il me demanda si je souhaitais un чай (thé), j’acquiesçai. Il glissa sa main droite sous la table et appuya, je le suppose, sur une sonnette et immédiatement un garde en tenure impeccable, comme tous ceux que j’avais croisés, entra et prit la commande. Je précisais mon choix pour un thé traditionnel Krasnodar, il fit de même et précisa que cela n’était pas urgent. 

Il me fit signe que je pouvais commencer. (traduction du russe en français)

 

RP:        Monsieur le Président, je vous remercie d’avoir accepté ma présence pour un interview que je souhaite mener plutôt sous forme de conversation. Mais en préalable, j’aimerais vous dire que nous avons au moins un point commun. Nous étions ensemble au tout début des années 80, en Allemagne de l’Est. Vous étiez à Dresde et moi à Potsdam, finalement nous faisions un métier très différent tout en étant l’un comme l’autre qualifié d’espion.

Son visage ne trahissait aucune surprise mais à certains signes qui seraient passés comme imperceptibles pour un novice, j’ai senti la montée d’un réel intérêt à mon égard. Je poursuivis...

-          Je viens d’un pays, la France, qui n’est plus celle que les dirigeants précédents, de l’URSS puis de la Russie, connaissaient. Comment percevez-vous aujourd’hui la France ? Est-ce pour vous une Nation qui se différencie encore des autres ? Si oui, pourquoi ?  Puis nous parlerons ensuite si vous le voulez bien de la Russie et de sa place dans le monde.

 

VP:        L’histoire de la France et de la Russie est riche, nous nous sommes combattus mais le plus souvent nous fûmes des alliés solides. Je n’évoquerais qu’un épisode, celui de notre grande guerre de libération et de la présence de la France libre auprès de nous par vos pilotes valeureux, les héros du régiment d’aviation de Normandie-Niemen. D’ailleurs nous évoquons régulièrement cet épisode dans nos écoles, d’après ce que j’en sais, ce n’est pas le cas chez vous. J’y reviendrai. Il y a eu aussi l’influence culturelle et intellectuelle de la France des XVIII° et XIX° siècles, à saint Pétersbourg, comme partout en Europe, la langue des élites était le français, depuis cela a bien changé, je le constate, l’anglais est devenu la langue de communication et dans nos universités la première langue. J’essaye de maintenir le français, langue que l’on parle beaucoup en Afrique, mais qui risque à terme de devenir une langue de seconde zone, si vous ne faites rien pour la défendre.

Il marqua un léger silence, puis reprit,

-          D’ailleurs, à mon tour de préciser un point, lors de ma présence à Dresde, j’ai appris à connaître l’Allemagne, je devrais dire plutôt les Prussiens, c’est un peuple qui aime se soumettre et qui, une fois soumis, est capable du pire. Ils sont imprévisibles, vous les Français vous ne l’êtes pas, vous avez tendance à conceptualiser, vous êtes des individualistes nostalgiques d’une époque révolue où vous exprimiez votre puissance par les armes, depuis que vous avez choisi la soumission aux atlantistes et à une Europe incapable de résister face à la toute-puissance  provisoire des Etats-Unis, vous risquez de disparaître, car la France et donc la Nation française ne peut exister que par elle-même en acceptant une sorte de supranationalité, elle risque de se dissoudre.  

La naïveté de vos dirigeants est confondante, ils ne savent pas faire la différence entre alliés et amis, on peut être amis sans être alliés et se retrouver face à des alliés qui veulent votre mort. Et puis, vous avez un problème majeur que vos dirigeants ne veulent pas voir, vous serez le premier pays à vous soumettre à l’islamisation, vous avez déjà perdu une bataille, il n’est pas certain, sans réel sursaut, que vous gagniez cette guerre entre civilisations, car vous ne voulez pas voir la réalité, d’ici vingt ans, peut-être moins, vous serez submergés par une population qui ne vient pas chez vous pour vivre et accepter votre culture, mais pour imposer la leur, la charia sera bientôt votre bible.

 

Je tentais de reprendre l’initiative, mais il me fit signe qu’il n’avait pas fini.

 

-          La Russie a tenté d’attirer l’attention sur ce risque et nous avons tendu la main pour vous aider dans ce combat contre l’islamisme, mais vous avez préféré accueillir des terroristes tchétchènes, sous prétexte que nous étions, nous les Russes, les agresseurs de la Tchétchénie, alors que si nous n’avions rien fait, nous serions aujourd’hui gangrénés par les attentats terroristes. Depuis de nombreuses années, nous avons eu que très peu d’attentats sur notre sol, vous, en trois ans vous êtes à plus de 250 morts. On ne gagne pas une guerre avec des réflexes de pacifisme sous couvert de droit de l’homme que vos ennemis ne respectent pas.

On vous a tendu la main aussi lors des années les plus noirs de notre histoire post-soviétique, alors que la Russie a plongé dans une crise profonde en ayant perdu une partie de son honneur et son identité, vous ne nous avez pas aidés par manque de courage, vous avez par contre maintenu l’OTAN alors que nous ne représentions aucune menace pour personne et vous avez avancé vos pions en Ukraine, comme nous constatons aujourd’hui la déstabilisation de la Biélorussie.

 

- RP: Monsieur Poutine, si je vous comprends bien, vous ne reconnaissez aucune responsabilité à aucun moment sur le fait que le monde apparait moins sûr aujourd’hui qu’il ne l’était auparavant ?

 

- VP           Je n’ai pas encore de réponse à cette question, et je n’y répondrai pas, en tout cas, pas tout de suite, si nous sommes responsables et je suppose que vous voulez parler de la Crimée, qui de notre point de vue a choisi de rejoindre démocratiquement par un vote la Fédération de Russie, vos réactions ont été disproportionnées car dans le domaine d’ingérence, il y aurait beaucoup à redire sur votre présence en Irak et ailleurs. Ce que vous semblez reprocher à la Russie, vous êtes moins nombreux à le reprocher à la Turquie, qui est bien plus menaçante en Méditerranée orientale en Syrie et en Libye que nous ne le sommes-nous mêmes. Nous avons agi pour la paix dans de nombreuses régions du monde alors que les Etats-Unis, ces dernières années, ont été fauteurs de guerre !

Nous avons certainement des responsabilités, mais elles sont toutes nées de notre faiblesse. La Russie est respectée lorsqu’elle est forte, nous n’avons pas une vocation mondiale mais nous ne céderons rien sur ce que nous considérons comme faisant partie de notre sécurité proche et cela s’étend aussi sur l’Europe, le Moyen-Orient et sur nos frontières de l’est asiatique.

 

- RP: Pourtant votre présence en Afrique se renforce…   

 

Fin de la première partie…

 

 

Pour ceux qui auraient des doutes sur la réalité de cet interview, il faut conserver en mémoire que la fiction est parfois plus réelle que ne l’est la manipulation forcenée des réalités.           

 

Roland Pietrini



22/11/2020
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