ATHENA-DEFENSE

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Mort d'un missionnaire

 

 

Mort d’un missionnaire

 

                       Le 23 mars 1984 un message confidentiel défense arrive de la MMFL, il m’est directement destiné, ce qui est exceptionnel. Il m’est remis par le colonel d’H…. qui me demande quelques éclaircissements, que je peux difficilement lui donner. Le contenu du message est court, mais je comprends très vite.

 

Adjudant chef Mariotti décédé en mission, le 22 mars à Halle Lettin, message suivant communiquera date et lieu des obsèques…

 

                       Je téléphone immédiatement à Berlin pour en apprendre un peu plus, j’arrive à joindre  Michel l’un des observateurs qui m’expliquent en quelques mots la situation et m’informe que le chef d’équipage le capitaine ST. est blessé grièvement et que l’observateur, l’adjudant chef BL.. n’a que quelques blessures légères. Les consignes sont à l’évidence de conserver le plus de discrétion possible. J’en apprends cependant suffisamment pour comprendre en partie ce qui s’est passé. Même si nous savions tous qu’un incident pourrait un jour dégénérer, aucun d’entre nous n’évoquait jamais cette possibilité. Pourtant, dans la seule année 1979 les américains avaient connus plus de six blocages violents par percussion de véhicules avec des blessés, l’un des plus graves a eu lieu en mars  1979 près d’Ahrenstedt, à proximité d’un site radar, un équipage américain est attendu, un camion de la l’armée Est-allemande bondit lors de son passage et percute le véhicule américain qui sous le choc effectue plusieurs tonneaux. L’officier américain grièvement blessé est transporté à l’hôpital, les gens de la Stasi (MFS) qui avait effectué l’embuscade contraignent le conducteur légèrement blessé à sortir du véhicule, qui est entièrement fouillé.

En 1982 le chef de mission britannique fût blessé par un Oural 375 (camion de la NVA) lors d’une collision délibérée. A la MMFL, nous n’étions pas en reste, mais on a jamais comptabilisé les incidents sans suite, parce que cela faisait partie du jeu et des risques délibérément acceptés.

 

J’ai encore en mémoire les objectifs de HalleLettin qui on fait partie de quelques unes des missions auxquelles j’ai participé.

                       J’imagine l’étroit  chemin en terre qui permet d’aborder l’objectif principal de la NVA et qui débouche sur la Nordstrasse., L’objectif 007 est  une caserne plutôt moderne. Les anciennes garnison de la Wehrmacht ont été toutes récupérées par les soviétiques dés 1945. L’Etat-major de la 11° DFM (division de fusiliers motorisés) y stationne. Les déploiements transmissions sont souvent observés.  Des pancartes anti-missions entourent l’objectif. J’ai en mémoire l’ambiance particulière qui règne au sein de l’équipage à l’abord de ces objectifs un peu sensibles. En ces instants les souci de la sécurité est tout autant essentiel que celui de l’observation.

           J’entends,  les mots échangés, entre les différents acteurs de la mission :

Ceux du chef d’équipage, cartes déployés sur les genoux.

Attention on arrive !c’est clair derrière pas de suiveurs…

Ceux de l’observateur

Antenne R 401 déployée à droite, un Hawk Eye (antenne en forme de ballon de Rugby d’un BTR 60 PU) fais gaffe, serre à droite !……un déploiement de BTR 60 PU…

 

                       Une embuscade cela se renifle, le scanner qui grésille, des échanges de mots de codes entre les suiveurs même si ils sont invisibles, on les sent, ils sont là quelque part mais aussi la présence de  jalonneurs ou de véhicules  pré-positionnés, quelque chose dans le paysage qui ne va pas… Le réussite de l’équipage tient à l’effet de surprise, et à la rapidité des réflexes tant de conduite que dans le choix des itinéraires d’accès et d’exfiltration. Dans ce petit jeu à qui perd gagne, l’expérience de l’équipage et sa cohérence est essentiel.

                       Avec les soviétiques les blocages sont principalement le fait du hasard, avec les allemands de l’Est rarement, ils sont chez eux, ils ont des services spécialement préparés et entraînés pour contrer les actions des missions de liaisons. Dans chacune des régions, des départements spéciaux de la Stasi équipés de voitures nous surveillent, et tentent de nous suivre pour nous prendre en flagrant délit de violation des accords, jusqu’à  créer des incidents graves ou exploiter le moindre accident. Depuis des années ils ont perfectionnés leur méthodes, ils connaissent nos itinéraires, ils répertorient nos postes d’observations, ils s’entraînent à effectuer des blocages à l’aide de camions lourds, ils savent parfaitement quels sont nos centres d’intérêts, ce que nous recherchons. Mais ils ont des véhicule moins performants que les nôtres, et ils subissent  eux aussi des contraintes administratives et de hiérarchie, qui les rends parfois peu efficaces. Fort heureusement, la coopération entre eux et les soviétiques est moins importante que nous pourrions imaginer, il existe cependant au niveau du GFSA la section VIII/5 à Potsdam qui est censée recevoir des informations de la part des différentes sections spécialisées de la Stasi. Dans certaines sections il existe des « profileurs » qui essayent de définir les caractère des certains des membres des équipages des missions. Ils connaissent, nos noms, nos grades, ils ont de nous des portraits les plus précis possible. ils ont des priorités, essayer de nous prendre en faute, et ils n’ont qu’un seul choix créer des incidents graves afin de d’obtenir l’expulsion d’un officier ou d’un chef d’équipage. Ils savent que cela désorganisera profondément notre travail. A l’instant même ou nous passons le pont de Glienicke et nous pénétrons dans Potsdam, ils connaissent la composition de l’équipage. Le Vopo (policier)dans sa guérite devant la villa où les équipages passent obligatoirement note les entrées et les sorties et effectue les recalages nécessaires. Dans les années 1980, la Stasi effectue moins de filatures, relativement peu efficaces, mais renforcent les protections rapprochées des objectifs sensibles (terrains de manœuvre, aérodromes), et surtout forment les personnels pour signaler notre présence, garde barrières, pompistes, ouvriers des LPG , dénonciateur de toute catégorie. Les risques sont constants, les ignorer ou les négliger, peut entraîner des conséquences graves….

           

                       …..Halle Lettin,  est un faubourg de la grande ville industrielle de Halle en Saxe Anhalt au sud de la RDA, les objectifs militaires soviétiques et est-allemand y sont nombreux, ni plus ni moins protégés que les autres, nu plus ni moins dangereux que les autres. Un an plus tôt j’étais allé cherché avec Pierre un équipage percuté par un gaz 66 soviétique à Halle Saale pas très loin de Lettin (chapitre IV).

 

Des mesures politico-opérationnelles

 

L’ordre d’opération de la Stasi date du 19 mars 1984, il donne l’ordre à huit hommes du service spécial de surveillance des missions militaires de liaisons de bloquer dans la circonscription de Halle- Saale tout équipage qui serait repéré  à proximité des objectifs de la NVA,, il est valable pour la période du 19 au 23 mars.

 

« die Angehörigen der westlichen Miltärverbindungsmissionen sind bei der Aufklärung der Objektiven der NVA durch geeignete politisch-operative Massnahmen zu hindern bzw.offensiv zu  stören.......(Sperrschildmissachtung) im bereich des o.g Objektes ist ihr MVM-kfz zu blockieren)

 

Il faut empêcher voire perturber de manière offensive la reconnaissance du site de la NVA par les membres des missions militaires de liaisons occidentales, en mettant en oeuvre des mesures politico-opérationnelles adéquates; en cas de non-respect des obligations qui leur incombent (non-observation des pancartes interdisant le passage) dans la zone du site susnommé, il faut bloquer leur véhicule de mission.

 

Dans la caserne Otto Brosowski, on prépare activement la manœuvre JUG 84 qui concerne une partie de la 11° DFM de la NVA, des éléments de l’armée soviétique et de l’armée polonaise. La Stasi sait que les alliés s’intéresse de prêt à cette préparation. Depuis la veille, les britanniques ont laissé à la mission française la zone sud de la RDA. Les zones sont tournantes et la RDA est partagée en trois afin que chacune des missions « profite » alternativement d’une région différente. Les sections air font de même. La Stasi suit-elle ce genre de turn-over ? C’est plus que probable.

 

Autour de la caserne depuis le matin un dispositif est en place au moins trois Oural 375 sont prêts à démarrer a partir de lieux parfaitement repérés sur les itinéraires habituellement utilisés par les missions de liaison, au volant des conducteurs de la NVA, à leurs cotés des membres de la Stasi déguisés en soldats. La manœuvre est simple, laisser passer le véhicule de la MMFL, et lui interdire toute possibilité de fuite par le chemin inverse et le pousser en avant afin de l’intercepter. L’ordre est clair : De manière offensive.

 

Il est 11h 00 la mercédès de l’équipage du capitaine ST. longe le terrain de manœuvre qui se trouve à proximité de l’objectif.

L’itinéraire choisi permet d’arriver par surprise, en évitant les pancartes anti-missions qui sont installées à l’entrée de chacun des accès, ils ne savent pas que depuis le 13 mars une équipe de suiveurs particulièrement compétents suit le véhicule et ne le lâche pas, l’équipage est vigilant, mais il ne peut se douter qu’ils sont signalés et repérés. L’adjudant chef BL. décompte sur le terrain un certain nombre de BTR 60 PU (véhicules blindée 8x8 transformés en poste de commandement et relais radio) et de nombreux véhicules, rien que de plus normal pour un élément qui se prépare à partir en manœuvre. La, voiture progresse et passe devant l’entrée principale de la caserne. Soudain, un Oural 375 surgit derrière le véhicule et semble vouloir le coller, c’est l’élément de blocage arrière qui coupe toute possibilité de faire demi-tour, désormais la seule possibilité est d’accélérer et de trouver une solution échappatoires tout droit, c’est ce à quoi s’emploie ST.

 

Philippe Mariotti accélère et poursuit sa route en direction de Halle…..

 

A 500 mètres devant, le second camion, un Oural 375 attelé d’une lourde remorque atelier (l’attelage pourra bloquer toute la route et une partie du bas coté si nécessaire) destiné a arrêter de face la voiture de mission est en attente moteur tournant, sur une petite route qui arrive de la droite face à l’itinéraire que la mercédès est obligé d’emprunter. Un motard de la NVA est posté en face de lui, il doit signaler l’arrivée de la mercédès, il sert de sonnette, il est tendu, il ne doit pas donner le signe d’avancer au lourd véhicule, ni trop tôt au risque de le dévoiler trop vite, ni trop tard au risque de le rater. Il fait signe.

 La voilà, elle est là, elle arrive !

L’Oural 375 démarre. Le caporal Baumann né le 15 septembre 1963 à Eisleben est au volant.  A ses cotés, Paul Schmidt de la Stasi, c’est un nom d’emprunt, est déguisé en sergent chef de la NVA . Baumann est forcé d’obéir. Schmidt, exulte, .geradaus…. tout droit..

Dans la voiture de mission BL. voit le coup venir, c’est un observateur calme et d’expérience, le lourd camion fonce sur eux, et se place en accélérant en plein centre de la chaussée. Un court instant d’hésitation, prendre le trottoir de droite ? La voie étroite ne permet pas de croiser l’Oural. Dans le camion, Schmidt donne l’ordre au conducteur de virer à gauche toute…

Un brusque coup de volant et les 18 tonnes du véhicule et de sa remorque broient le coté gauche de la mercédès.. Sous le choc l’essieu de l’Oural recule.

 

Lopération est réussie, la voiture est bloquée, l’ordre de la STASI a été exécuté.

l’adjudant chef Philippe Mariotti est mort sur le coup écrasé par le volant, à ses cotés l’adjudant chef BL. est évanoui, derrière le capitaine ST. est grièvement blessé, il est inconscient, de multiples fractures à un bras et aux cotes et une blessure à la tête, plus des lésions graves internes qui se révèleront un peu  plus tard. La Stasi en profite pour prendre du matériel, ce qu’ils peuvent atteindre, une pellicule photo, deux cartes, un magnétophone et une boussole, et quelques bons d’essence.

Peu à peu L’adjudant-chef BL. reprend conscience ; il  est assis à coté d’un mort dans une voiture complètement disloquée, il retrouvent ses réflexes et voilent les pellicules restantes, autour, il entend des soldats de la NVA qui plaisantent.

 

Puis une ambulance militaire arrive avec un lieutenant médecin, il n’effectue aucun premier secours, les pompiers arrivent enfin. ST. est évacué immédiatement sur l’hôpital de Halle et l’un des secouristes, aide BL. à sortir de l’habitacle déformé.. Il refuse de partir à l’hôpital, malgré une blessure à l’omoplate et une profonde coupure à la tête. D’ autres pompiers essayent de sortir Mariotti de son cercueil d’acier, ils mettront une heure pour le sortir de la voiture et le coucher sous une couverture à proximité. BL. refuse qu’on emmène le corps, il craint que la Stasi en profite pour l’imprégner d’alcool afin de maquiller l’embuscade en accident de la circulation causé par un conducteur saoul… BL. est désormais seul à coté du véhicule avec un mort, gardien du matériel encore dans la voiture. Autour de lui,  sont rassemblés quelques civils probablement de la Stasi, une dizaine de Vopos et des officiers et sous-officiers est-allemand. Il est 12 h00, et aucun soviétique n’est encore sur les lieux.

 

Aux environs de 12 h 45, un voiture russe arrive, il en descend, une femme, interprète  russe parlant assez bien le français et un lieutenant-colonel soviétique. A sa demande BL. lui remet les propousks de l’équipage, conformément aux usages. Le lieutenant-colonel lui indique qu’il va prendre des nouvelles du capitaine français à l’hôpital, et que la mission française est prévenue.

 

Vers 13h 15 l’interprète russe revient et lui donne des nouvelles rassurantes de ST,  il s’en sortira, elle répète à plusieurs reprises, qu’elles ne comprend pas comment de telles choses peuvent se passer.

 

Autour de la voiture sont toujours présent, des gradés est-allemand qui plaisantent suffisamment fort pour que BL. les comprenne, ils font le tour des véhicules en riant et regardent ironiquement Jean Marie tout en regrettant que leur camion pourtant si solide ne puisse partir en manœuvre à cause de cet accident. les rires fusent, ils se conduisent en soudards satisfaits de leur victoire.

            Il est 15 h 00 le colonel Malyguine adjoint de la section des relations extérieurs de Potsdam arrive , il informe BL. que les secours français sont en route, puis accompagné d’un second officier soviétique qui l’accompagnait, il s’approche du corps de Philippe Mariotti et soulève la couverture, leur émotion paraît sincère et devant le cadavre du sous-officier français, ils gardent le silence un instant. C’est le premier signe d’humanité depuis l’attente de BL. qui dure maintenant depuis 4 h 00.

Les soviétiques se tournent vers les policiers est-allemands et les militaires avec lesquels ils ont un violent échange, puis ils repartent vers l’hôpital.

 

Plus tard, les secours français, deux voitures de mission et deux ambulances avec un médecin français arrivent escorté par les soviétiques…Il fait nuit.

 

Sur le constat d’accident de la Volskpolizei_Kreisamt Halle (police du peuple de l’arrondissement de halle) daté du mercredi 22 mars  1984,  11h 00, il est noté temps clair, chaussée en bon état, il est aussi noté que le camion n’a pu éviter la voiture de mission .

Le policier ne pouvait inscrire que c’était le camion qui zigzaguait pour bloquer la voiture de l’équipage français, afin de lui barrer la route, mais le dossier de l’accident ne peut cacher que la remorque est dans l’axe de la route, alors que le camion est à son perpendiculaire sur la gauche dans l’axe de marche, ce qui signifie bien que le chauffeur avait donné un coup de volant violent en voyant que la voiture allait probablement lui échapper….

 

                                                                                                                       

Ce même matin, un autre équipage français est aussi dans la zone, il est parti la veille, c’est à dire le 21 » le major Pierre Bach écrit :

 

Le 20 mars, la zone Sud-Ouest était attribuée à la MMFL, après avoir été prospectée durant 10 jours par BRIXMIS dont les équipages avaient sérieusement « chauffé » le secteur de Halle.

 

Décision fut donc prise par le Chef Ops Terre d’y envoyer un équipage dès le 21 pour y observer en particulier l’E.M. de la 11ème DFM/NVA dont un important détachement Transmission était déployé sur le terrain attenant à l’objectif (Halle Dölau).

 

Je faisais partie de l’équipage en qualité d’observateur avec l’adjudant chef Bruzzo (conducteur) et le capitaine Bouchaud (chef d’équipage).

 

Partis vers 9 h 00 de Potsdam, nous étions à hauteur de Halle vers 10 h 30, où nous avons constaté une activité inhabituelle de la Stasi à la radio (récepteur d’alerte). Autre anomalie, les quelques véhicules Vopos ou patrouilles à pied qui habituellement nous prenaient immédiatement en filature ou donnaient l’alerte par radio ne semblaient visiblement pas s’intéresser à nous et même, bizarrement, se détournaient à notre approche … Ces deux faits prouvaient à l’évidence qu’il se passait quelque chose dans le secteur. Les Anglais s’étant fait « dégager » de Halle la veille, je proposais au chef d’équipage de poursuivre la mission en direction du Sud et de revenir traiter Halle durant la nuit ou au petit matin suivant.

 

La prospection dans la zone d’Erfurt-Arnstadt-Ohrdruf s’était normalement déroulée, nous avions passé la nuit sur une voie ferrée.

 

Le lendemain nous étions remontés en direction de Halle par Naumburg-Querfurt et Eisleben pour aborder discrètement Halle par le Nord-Ouest et le petit terrain d’exercice de Brachwitz, où nous sommes arrivés vers 12h 30, d’où nous avions des vues sur l’objectif de la 11ème DFM et partiellement sur le terrain attenant ainsi que sur la route passant devant l’objectif.

 

J’ai pu observer à la jumelle à l’arrêt sur cette portion de toute un Oural 375 bâché, attelé d’une remorque carrossée à 2 essieux, à l’arrêt et en travers de la route.

 

Plusieurs véhicules de Volks polizei et civiles étaient également à proximité et 2 motards « Vopo » semblaient encadrer le dispositif, prêts à intervenir. Ce n’était donc pas le moment d’y aller …

 

Je me souviens encore de la réflexion que nous avons eue « c’était très certainement un équipage Air de BRIXMIS qui s’était fait faire aux pattes.

 

Ce que nous ignorions à ce moment là, c’est qu’il avait été décidé la veille au soir d’envoyer un 2ème équipage Terre de la MMFL sur place – équipage ST. – BL. – Mariotti.

 

Nous avons donc prudemment quitté le secteur et sommes rentrés à Potsdam vers 13 h 30 où nous avons appris qu’une tentative de blocage de la VGL n° 32 par la NVA avait mal tourné et s’était soldée par la mort de Mariotti, les deux autres membres de l’équipage étant grièvement blessés.

 

C’est là seulement que nous avons compris la signification du dispositif que nous avions observé.

 

Entre temps une colonne de secours avait été mise sur pied au Quartier Napoléon, comprenant deux ambulances avec un médecin Capitaine du 11ème Chasseurs et 2 infirmiers, 1 Mercedes G avec la remorque de dépannage prépositionnée à Potsdam et notre VGL (mercédès),.

 

La constitution de ces secours avait demandé plusieurs heures, notamment l’établissement des Pink-pass (laissez-passer exceptionnels accordés par les soviétiques pour pénétrer en RDA) pour les personnels médicaux et les membres de la mission.

 

Arrivés sur les lieux de « l’accident » nous avons constaté que la VGL dont l’avant était totalement écrasé était à plusieurs mètres en contrebas de la route, les traces de freinage du poids lourd prouvant clairement que celui-ci avait percuté la voiture sur la partie gauche de la chaussée, puis l’avait poussée en contrebas du talus à plusieurs mètres de là. Nous avons immédiatement sorti BL., au bord de l’évanouissement de la VGL accidentée où il s’était réfugié en raison du froid. Le médecin a alors constaté le décès de Philippe qui était allongé sous une couverture de long de l’épave : il était 18 h 15 je crois.

Sur les lieux étaient présents un Lieutenant-Colonel et un Commandant SOV de la Kommandantura ainsi que quelques Vopos qui se tenaient à distance.

 

Les Sov nous ont appris que ST. avait été rapidement évacué sur la clinique de Dölau sur décision du médecin des pompiers qui suspectait des blessures internes. Entre temps le médecin Capitaine avait examiné BL. et l’avait déclaré transportable. Les Sov nous ont donc proposé de nous accompagner à la clinique de Dölau où nous nous sommes rendus avec une ambulance, le médecin et un infirmier. Nous avons été très bien reçus par le Médecin Chef de la clinique à qui nous avons présenté notre médecin, le Docteur Kowalski. Il n’a émis aucune objection à ce que ce dernier examine le Capitaine ST..

 

Le chef de la clinique nous a pris à l’écart des Sov, le Capitaine Bouchaud et moi et nous a proposé de garder ST. en observation pendant 48 heures suspectant lui aussi des blessures internes sérieuses, en nous assurant qu’il ne lui serait administré aucune « drogue » et que l’un d’entre nous pouvait même rester auprès de lui durant son séjour à la clinique. En cas d’intervention urgente, il lui autoriserait même l’accès au bloc opératoire ; il a même précisé qu’il avait refusé aux Sov l’accès à la chambre du blessé.

 

Au bout d’une demi-heure, le Médecin Capitaine a pris la décision d’évacuer immédiatement le blessé, je pense qu’il avait la consigne de l’évacuer sauf urgence extrême. Le chef de clinique lui a signifié qu’il prenait un gros risque, mais que la décision lui revenait

 

Après avoir remercié le chef de clinique, qui nous a précisé qu’il transmettrait la « facture a qui de droit » et certainement pas à la MMFL, nous avons chargé ST. dans la 2ème ambulance et avons rejoint le lieu de l’accident où nous attendait l’ambulance ayant à son bord BL., la dépouille de Philippe et un infirmier

 

Les 2 ambulances précédées d’une VL Vopo ont immédiatement pris la route pour rejoindre Berlin.

 

Ensuite nous nous sommes efforcés de charger l’épave de la VGL sur la remorque. Comme le train avant était totalement disloqué, il a fallu la hisser en marche arrière en se servant du treuil de la remorque et de notre VGL.

 

Après avoir pris congé des Sov, les Vopo nous ont proposé de nous raccompagner jusqu’à l’autoroute. Entre temps, l’Oural accidenté avait été évacué et les personnels NVA avaient disparu.

 

Nous avons rejoint le Quartier Napoléon vers 1 h 00 du matin.

 

Le lendemain, le Général Philipponat, CCFFA, nous réunissait à la Mission pour discuter de l’accident. Etant président des sous-officiers de la MMFL à cette date, il m’a donné la parole en premier. A ma question : Quelle attitude adopter, et qu’elle conduite à tenir ?, il m’a répondu : garder profil bas et l’ordre vient de très haut, fin de commentaire.

 

Nous avons donc appliqué la consigne, mais il y a vraisemblablement eu une fuite, puisque 3 jours après le drame, Radio Monte Carlo en faisait état, très brièvement, sur les ondes. Nous avons cessé toute activité pendant une semaine.

 

Ce sont les Américains qui devant notre silence ont menacé de faire un « scandale ». 

 

 

Une volonté politique ?

 

Nous sommes en 1984, nous sommes en temps de paix, la guerre froide vient de coûter la vie à un sous-officier français. Pace e salute  Philippe…

 

            La protestation au niveau militaire fut ferme et immédiate, au niveau du chef de mission le colonel Huet comme au niveau supérieur celui du général commandant les forces française en Allemagne. Dès le lendemain, c’est à dire le 23 mars le général  Philiponnat (CCFFA- commandant en chef des forces françaises en Allemagne) protesta ferment auprès de son homologue, le général Zaïtsev commandant en chef du GFSA. Cette lettre en plusieurs points, exigeait :

Qu’une enquête et une information complète fussent menées sur les circonstances de ce drame, que des mesures soient prises contre les responsables, pour le cas où il y aurait eu préméditation.

Il menaça directement de prendre des mesures de représailles contre la mission soviétique de Baden.

Zaïtsev lui répondit le 31 mars, en lui présentant ses sincères condoléances pour la mort de l’un de ses collaborateurs…et repris la version officielle d’un prétendu accident, dont la cause revenait à l’équipage français dont les membres s’étaient comportés de manière illégale, en franchissant des zones pancartées.

Zaïtsev précisait que les résultats de l’enquête serait communiqué. Il n’y eu jamais de communication des résultats.

 

La procédure fût donc parfaitement respectée en conformité avec les accords Noiret Malinine. Les deux commandants en chef étaient dans leur rôle, chacun défendant leur position. Cette attitude de « bonne » guerre, de bonne guerre froide ne peut être reproché, ni à l’un ni à l’autre. Sur le plan politique et diplomatique, les autorités françaises de l’époque ont réagi avec prudence, mesure, et inconséquence, à la grande surprise des alliés qui auraient évidemment géré cette crise d’une toute autre façon.

Ce n’est que le 31 mars que le Ministère des affaires extérieure a confirmé à la presse la mort d’un sous-officier français en RDA, semblant découvrir avec un peu de retard que cette mission avait une existence. Le 1° avril quelques journaux nationaux ont écrits des articles sur l’événement.

La France par l’intermédiaire de l’ambassadeur français à Berlin a simplement rappelé aux soviétiques auprès de leur ambassade à Berlin-Est, qu’en vertu des accords de 1947, ils étaient responsable de la sécurité  de la mission française, et qu’elle demandait des éclaircissements » sur l’incident.

 Du coté français, comme du côté ouest- allemand ? (en quoi la RFA est-elle impliquée dans cette affaire ?) il y a désir de limiter la portée de l’incident, des consignes de non-communication sur le sujet, sont d’ailleurs parvenues à l’ambassade de France à Bonn et à l'Etat-Major de Baden afin qu’aucun commentaire et aucunes informations ne soient faites sur cette affaire.

Manifestement la France a décidé de faire profil bas, comme si cet incident, puisque c’est le terme employé, risquait de gêner les tentatives de rapprochement avec Berlin-Est.

La RDA a été reconnu par la France en 1971, l’échange d’ambassadeur se fera en 1974, d’ailleurs le premier ambassadeur est-allemand en France fût Ernst Schulz ancien résistant allemand contre les nazis ? le ministre français Norbet Segard se rend pour une première visite officielle en 1975. Michel Jobert ira visiter la foire de Leipzig n 1982. …et cela continuera par la suite, Edith Cresson en octobre 1984,  Michel Noir en 1986…

Cette attitude molle fera en sorte surtout de ne rien changer au comportement des soviétiques et des Est-allemands, un autre incident tout aussi grave va bientôt se produire….

 

Un journal dont je ne citerais pas le nom, ce serait lui faire trop d’honneur écrit « Mystère à Berlin » C’est un accident dit-on au quai d’Orsay…même volonté au ministère Est-allemand des affaires étrangères. .Pourquoi ce mutisme ? parce que la, situation en RDA devient explosive : les militaires est-allemands ne supportent plus chez eux la présence des patrouilles de Potsdam. Ces patrouilles ? une des multiples et dérisoires survivances de la seconde guerre mondiale…En fait ces patrouilles se livrent de part et d’autre à des opérations d’espionnage. Les militaires occidentaux circulent en RDA dans des mercédès Kaki, équipés de rideaux qui restent toujours fermées. Et ces véhicules qui sillonnent lentement (40 km/h) la pays sont équipés d’un matériel électronique hyper sophistiqué : système d’écoute radar ..téléobjectifs.

Ces voitures expliquent les soviétiques servent de refuge aux agents que nous traquons. D’ailleurs on ne peut jamais les fouiller/ Elles ne s’arrêtent pas. Au point qu’elles ont pourvues d’un tuyaux spécial pour que les chauffeurs puissent uriner tranquillement pendant les missions ….

 

J’espère que ce journaliste bien informé viendra me réclamer ses droits d’auteur, son article qui a paru dans les faits divers de son torchon, pour excessif qu’il soit , traduit le ton général employé par la presse nationale qui n’aura pas un seul mot pour parler des risques pris par des cadres de l’armée française pour participer simplement au renforcement de la sécurité de la France  et que les hommes qui en sont les acteurs, méritent le respect. D’ailleurs jamais aucun politique ni chef quelconque, à l’exclusion du général Philiponnat ne viendra se risquer à dire merci à aucun d’entre eux.  Roland PIETRINI -Vostok.. Missions de Renseignement au coeur de la guerre froide-

 



18/11/2009
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