ATHENA-DEFENSE

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Pour se conduire avec sagesse, l’intelligence seule ne suffit pas. (actualisé)

Pour se conduire avec sagesse, l’intelligence seule ne suffit pas.

 

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 L'impasse

 

J’ai tant de raisons de m’indigner que ces derniers temps le silence me paraissait l’ultime manière de réagir.

Hurler avec les loups, éructer, condamner, diffamer, déguiser la vérité, proposer des solutions parfaitement inapplicables, accuser les uns d’incapables et les autres d’extrémistes, se draper dans les oripeaux d’une République à l’agonie, pour soi-disant la défendre alors qu’ils l’enterrent, seraient-ils devenus tous fous ?   Ces attitudes irresponsables des freluquets qui se prennent pour des sages et qui touchent l’ensemble de la sphère médiatique et politique me consternent.

 

 

Je le confirme, écouter sans modération les chaines d’information en continu relève d’un comportement d’addiction dangereux, qui mène à la décérébration comportementale ainsi qu’à la lobotomisation assurée du cortex, bref à un acte d’automutilation.

 

 

Ces derniers temps, j’ai senti le danger et je me suis éloigné un peu en regardant avec mes petits enfants Masha et Michka, non pas parce que ce dessin animé est russe, on pourrait m’accuser de collusion poutiniste, mais simplement parce que cet acte thérapeutique a plongé mon cerveau dans un univers de paix, de douceur, de sérénité.

Je vous l’avoue, je reviens de loin.

 

Les motifs de colère sont si nombreux que je m’y perds. Qu’on en juge ! :

Les conditions dans lesquelles se sont déroulées les élections présidentielles de 2017 avec l’élimination objective d’un candidat condamné avant d’être jugé, et sur lequel tous les médias se sont lâchés sans nuance.  L’appui de ces mêmes médias à un candidat jamais élu, partie prenante d’un pouvoir en échec depuis 5 ans puisqu’il était l’un des principaux ministres en responsabilité, aidé, appuyé et financé par la haute finance. Cette haute finance, qui a reçu de sa part et dès son élection (il y avait donc urgence), la récompense promise de son effort et de son silence : la suppression de l’ISF sans contrepartie et la flat tax. (1)

 

En échange de cet acte de ruissellement à l’envers, soi-disant bénéfique, la réponse ne s’est pas faite attendre, il fallait bien compenser le cadeau,par le serrage de ceinture sur les retraites avec l’augmentation de la CSG et la désindexation des pensions sur l’inflation. En supplément de la peine, les promesses de campagne ne laissaient pas entendre que le calcul se ferait sur l’imposition de l’ensemble des revenus, les retraités se sont donc sentis doublement floués.

C’est donc un parjure de la part de ce président qui avait dit lors de sa campagne qu’il ne toucherait pas aux retraites. Pire encore, leur stigmatisation maladroite, en les désignant comme nantis de la société les a profondément touchés, eux,  qui aident parfois leurs vieux parents, leurs enfants, voire leurs petits-enfants, qui participent à la vie sociale par le bénévolat, se sont sentis trahis.  D’ailleurs, ce n’est pas en modérant les retraites que l’on augmentera les salaires.  Il n’y a aucune relation de cause à effet entre niveau des salaires et montant de retraites, si ce n’est par les cotisations, les systèmes obéissant par leur financement à des règles radicalement différentes.

 

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Tout autant, l’affaire Benalla a révélé une dérive barbouzarde, puisqu’un personnage rejoint par un autre a pu en toute impunité par le fait du seul prince, jouir de privilèges et d’un pouvoir en remerciement de services rendus au couple Macron. Personnage clé à l’Elysée s’il en est puisque le président lui-même avait décidé qu’il était intouchable en raison peut-être de la connaissance intime du couple dans la sphère privée. Le souverain en était donc le seul et unique protecteur dans la plus grande tradition monarchique, jusqu’à déclarer que pour le toucher (le Benalla) il faudrait le chercher - « S’ils cherchent un responsable, le seul responsable, c’est moi et moi seul. C’est moi qui ai fait confiance à Alexandre Benalla. C’est moi qui ai confirmé la sanction». Sanction pourtant non effectuée et sans conséquence sur son traitement, en dépit de la dénégation sous serment de deux préfets et d’un général, qui nieront l’évidence. La justice sur demande du Sénat, décidera s’ils doivent être poursuivi. Mais il ne fait aucun doute que  Sieur Benalla était effectivement chargé de la protection rapprochée lors des déplacements privés du couple Macron. Cela lui donnait tous les droits, les privilèges et le statut d’un hobereau sans terre.

 

Comment s’étonner qu’ainsi protégé et quasiment incontrôlable, celui-ci faisait ses petites affaires en catimini alors qu’il était en place à l’Elysée ?  Comment ne pas s’étonner, cerise sur le gâteau, que mis en examen et remercié, il continuait de se prévaloir d’une situation qui n’était pas la sienne avec la complicité passive de l’ensemble du pouvoir ? Comment ne pas s’étonner que ne faisant plus partie de l’Elysée il utilisait des passeports diplomatiques et de services et qu’il rencontrât  des chefs d’état étrangers ? Mais si, étonnons-nous !  C’est une honte pour un Etat dit démocratique, 6° puissance mondiale, mais bien une réalité digne des pires républiques bananières.

 

 

Fort heureusement,  le Sénat a rempli son rôle de contrôle de l’exécutif, même si, ne soyons pas dupe, les motivations politiques ne sont pas absentes, la démocratie a fonctionné. On l’aura échappé de peu ! Car sans la presse, en l’occurrence le Monde et Médiapart,  tout ceci aurait été bel et bien enterré. Nous verrons si   la justice,  par l’intermédiaire du Parquet,  qui reste soumis à l’exécutif,  ira au bout de cet invraisemblable dysfonctionnement d’Etat. En comparaison de cela, les épisodes ridiculo-comiques d’Hollande sont une aimable plaisanterie.

 

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Pire encore, le manque d’anticipation de la crise sociale,  que chacun sentait venir, et sa gestion ont été si mal gérés que plus de trois mois après elle perdure et a atteint samedi une dimension nouvelle.  

De mots en maux, de surenchère en escalade, d’immobilisme en flottements, de mesure en mesurette, de grand débat en grand bla-bla,  la confusion est totale, l’incendie est entretenu avec un tel talent qu’il faudra plus qu’un extincteur pour l’éteindre.   

La casse est immense, le pays est fracturé, le pouvoir a été incapable de répondre politiquement à cette crise. Le déni de réalité frise le grand art et pourtant,  la réponse au roi du Duc de La Rochefoucauld-Liancourt en 1789 : C'est une révolte ? - Non, Sire, c'est une révolution » est redevenue d’une parfaite actualité. Car, après cet épisode aucun problème ne pourra plus être solutionné sans tenir compte de l’avis du citoyen. Car quelles que soient ses outrances, ses contradictions, ses violences, ce mouvement gilet jaune fut, au moins au début, un mouvement citoyen qui voulait redonner un sens à l’existence concrète des gens.

 

Alors, messieurs qu’on nomme grands, est-il si utopique de demander que la politique soit au service du citoyen et non l’inverse ?   Est-ce si révolutionnaire et si dangereux cette demande simple de pouvoir vivre du fruit de son travail ?   

Les non-réponses du pouvoir, ses tentatives désespérées pour jouer la montre, tout cela a démontré le manque de professionnalisme et de responsabilité d’un pouvoir jupitérien, sans réelle expérience et seulement capable d’improviser avec amateurisme et dans le plus grand désordre.  

Pour parfaire l’ensemble, une répression policière dangereuse a été délibérément organisée. Cette réponse uniquement sécuritaire aura fait plus de 3400 victimes à ce jour, dont 2000 chez les gilets jaunes avec des handicaps à vie, à cause d’une utilisation des LBD et des grenades de désencerclement de manière offensive, et aussi 1400 blessés parmi les forces de l’ordre. C’est sans précédent. Même en mai 68 il n’y a  pas eu de telles conséquences physiques sur les personnes.

 

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Le système judicaire a été lui aussi mis sous pression par une action directe de la garde des sceaux, et pendant qu’on s’occupait activement des gilets jaunes, les casseurs avaient tout le temps de s’organiser.

Une note du procureur de Paris,  Monsieur Heitz, datée du 30 janvier, précisait aux parquetiers de ne «lever les gardes à vue» des personnes interpellées que «le samedi soir ou le dimanche matin afin d’éviter que les intéressés grossissent à nouveau les rangs des fauteurs de trouble». Ou encore de privilégier l’inscription de ces gardés à vue au fichier TAJ («traitement d’antécédents judiciaires») commun à la police et à la gendarmerie, même «lorsque les faits ne sont pas constitués». (3) Le 10 janvier, 6 475 manifestants avaient été interpellés par la justice. Parmi eux, 5 339 personnes ont été mises en garde à vue. Plus de 8000 aujourd’hui. Ce traitement « de faveur » jamais n’avait été constaté à ce niveau en France. Les historiens retiendront que cela s’est passé durant l’ère Macron.

 

Si cette gestion totalement inconséquente et intolérable pour tous qui perdure au bout de trois mois avait eu lieu dans d’autres pays, au hasard en Russie, que n’aurait-on pas dit ? Si ces agissements avaient eu lieu ailleurs que n’aurait-on pas fait ? Nous sommes la risée du monde entier au point que la communauté européenne, tout comme l’ONU, nous ridiculisent en nous rappelant quelques règles élémentaires des droits de l’homme.   

Tout cela est la cause d’une déficience politique du pouvoir cumulé avec une méconnaissance profonde de la réalité vécue par les citoyens de ce pays.

 

 

Ce gouvernement qui va à vau l’eau n’a pas compris qu’on ne gère pas un pays comme une start-up.  On ne gère pas non plus un pays comme la France en installant le match de la violence chaque samedi et de manière volontaire entre les manifestants et les policiers, au point que seuls les black bloc (3) en ont été les vainqueurs.

 

Ce n’est pas une gouvernance,  c’est marionnette à tous les étages, Castaner en ministre de l’intérieur,  c’est Gnafron chez Guignol.

 

 

La dernière trouvaille est donc de solliciter l’armée pour dégager soi-disant des forces pour le maintien de l’ordre. C’est d’une maladresse incroyable, même s’il ne s’agit que d’une communication foireuse de plus. L’ennemi ne serait donc plus le terrorisme islamiste mais le peuple ? Ce peuple songerait-il à s’emparer de l’Elysée ? Mais qu’en ferait-il de ce lupanar, (4) à moins que ce ne soit pour protéger les marches du palais qui ont vu passer de Gaulle, Kennedy, Trump ou encore Poutine,   et qui servirent de scène, telle une boite électro,  où s’agitaient des travelos avec le selfie qui restera célèbre du couple Macron.  (5) 

 

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Face aux casseurs qui,  je le rappelle samedi, cassaient et pillaient sous la vue directe des caméras à 20 mètres des FO qui les regardaient, que faisait Castaner et son Etat-major ?  Se remettait-il de ses frasques du samedi-soir ? Je me suis pincé à plusieurs reprise, en voyant ces scènes. Mais non, c’était vrai, ce n’était pas un cauchemar !

Les casseurs cassaient pendant que les CRS et gendarmes regardaient et attendaient des ordres. 

 

Alors rions ensemble : quitte à faire intervenir l’armée, autant envoyer deux compagnies en survêtement de sport du 1°RPIMa ou du 1° REI pour calmer tout le monde. Cela est-il si exagéré ? Tout en ayant conscience de l’imbécillité de ma proposition provocatrice,  mais en comparaison avec certaines propositions  tenues par des philosophes et autres lumières,  elle est probablement  d’un niveau similaire.

 

Nous sommes devenus la risée du monde entier et notre faiblesse sur le plan international est devenue patente.

 

Qu’avons-nous donc fait pour mériter de tels rigolos ? Alors, peut-être faudrait-il faire évoluer cette V° république à l’agonie et sortir de l’Europe (ou de la réformer en profondeur) qui est devenue aussi sourde qu’inefficace ?  

 

Il serait temps de redistribuer les cartes avant de défaillir, seule une solution politique pourrait redonner une chance à nos institutions, car, n’en doutons pas, la victoire restera à la force et à la loi, mais sur des monceaux de ruines.

En quelque sorte ce sera une victoire à la Pyrrhus (4) car, le quinquennat de Macron est désormais bien mort et il en aura été l’unique fossoyeur par son aveuglement coupable.

 

Pour se conduire avec sagesse, l’intelligence seule ne suffit pas.  Crime et Châtiment (1866), III, 3 de Fiodor Dostoïevski

 

Roland Pietrini

 

 

 

(1)    Flat tax ou prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30%. Ce taux se décompose en 12,8% d’impôt sur le revenu et 17,2% de prélèvements sociaux. Comme son nom l’indique, il est unique et s’applique de la même manière à tous les contribuables, sans prendre en compte leur niveau de revenu comme c’était le cas auparavant avec une imposition au barème progressif.

(2)   https://www.liberation.fr/france/2019/02/26/gardes-a-vue-de-gilets-jaunes-les-consignes-de-la-discorde_1711802

(3)   Un black bloc est un terme pouvant désigner dans le cadre d'une action : des structures éphémères utilisant des tactiques de manifestation ou des formes d'action directe collectives éventuellement violentes,

(4)   http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/2018/06/22/25001-20180622ARTFIG00066-un-concert-de-musique-electronique-a-l-elysee.php

(5)   i Pyrrhus Ier d'Épire, dont l'armée souffrit des pertes irremplaçables quand il défit les Romains pendant sa guerre en Italie à la bataille d'Héraclée (sur le territoire de la cité d'Héraclée de Lucanie) en 280 av. J.-C. et à celle d'Ausculum en 279 av. J.-C.

 

 

 



22/03/2019
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