ATHENA-DEFENSE

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Qui ruse gagne

 

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"Qui ruse gagne" un nouveau et bel ouvrage du général Manificat que je recommande vivement aux lecteurs d'Athéna défense.

 

Le général Manificat,  qui a écrit ici, en exclusivité, on s'en souvient, une série d'article passionnant sur le renseignement sort un livre sur la tromperie guerrière. La question est passionnante et n'usons pas de la  Maskirovka pour parler de ce livre.

 

Alors, bonne lecture.  

Dans toutes les bonnes librairies et en ligne. 

 

Roland Pietrini

 

 

 

Une anthologie de la tromperie guerrière

Textes rassemblés, illustrés et commentés par le général (2S) Patrick Manificat

 

 

« On nous apprend à considérer comme un déshonneur de réussir par le mensonge… et nous continuerons à répéter inlassablement que l’honnêteté est la meilleure des politiques, que la vérité finit toujours par gagner. Ces jolis petits sentiments sont parfaits pour des enfants, mais un homme qui en fait sa ligne de conduite ferait mieux de remettre son épée au fourreau pour toujours. »

Sir Garnet Wolseley, commandant-en-chef de l’armée britannique, « Le Manuel du soldat » 1869

 

Au-delà de son survol historique et souvent anecdotique du leurre, cette anthologie de la tromperie guerrière plaide pour un renouveau de sa reconnaissance et de son usage. Il est très probable que les conflits asymétriques vont aller en augmentant et que les guerres classiques vont se faire plus rares. Stratégie et stratagèmes devraient aller de pair, les stratagèmes politiques, diplomatiques et militaires deviendraient ainsi des outils très utiles pour ceux qui sont préparés à leur utilisation. Le faible continuera à employer la ruse contre le fort. Les terroristes de tout bord, plus perfides que rusés, en fournissent aujourd’hui presque quotidiennement de bien cruels exemples. Dans le brouillard de la guerre, il est en tout cas prudent pour un chef militaire de savoir détecter la duperie à défaut de l’utiliser. Il prendra dans les deux cas l’ascendant sur son adversaire.

On raconte que durant la 2e Guerre mondiale, de faux avions allemands - des simulacres de bois -  stationnés sur un aérodrome français et identifiés comme factices par des avions de reconnaissance britanniques ont été bombardés par de vrais avions anglais avec…de fausses bombes en bois ! Humour britannique ou bien perfide Albion ?  So british en tout cas et quelle fabuleuse histoire de leurre Mais si l’humour et la tromperie militaire ont fait pour une fois bon ménage, cette anecdote nous prouve aussi que la duperie n’est qu’un procédé de combat parmi d’autres avec ses succès mais aussi ses échecs.

En quoi consiste la tromperie militaire ? Est-elle indispensable pour l’emporter comme le prétend Sun Tzu ou accessoire comme le laisse entendre Clausewitz ? Quel usage en a-t-on fait à travers les siècles ? Qu’en est-il aujourd’hui ? Avec quels résultats ? A-t-on le droit de leurrer son adversaire en toutes circonstances et par tous les moyens ? Existent-ils des règles, une doctrine ? La duperie fait-elle partie de la culture militaire française ? Qu’apporte en définitive la « déception », cet anglicisme signifiant « tromperie » dans la bouche du soldat au lieu d’« insatisfaction », de « déconvenue » ou de « désappointement » sous une plume civile?

Autant de questions auxquelles ce livre va faire semblant de répondre… semblant seulement car en réalité, le brouillard de la guerre existera toujours. Chaque guerre est le royaume du mensonge et, qu’on l’appelle désinformation, intoxication ou guerre psychologique, leurre, tromperie ou duperie, simulation ou dissimulation, chacun accepte généralement comme juste de mentir pour son pays.

Comme on le voit, l’action de tromper est décrite par une très grande variété de mots différents sans parler des néologismes d’origine anglo-saxonne. La confusion terminologique est inévitable car la plupart de ces termes sont synonymes et interagissent les uns avec les autres. Il y aura donc toujours une ambiguïté dans le choix du substantif qualifiant la tromperie et toute tentative de clarification par des définitions trop précises est vouée à l’échec. Mais l’équivoque qui caractérise l’univers lexical de la ruse ne saurait être un sujet de polémique. Les visions sont forcément différentes : le trompeur fera l’éloge de sa conduite intelligente tandis que le trompé la considérera comme une perfidie honteuse. Le stratagème sera considéré par les uns comme une action honorable alors que la ruse sera jugée par d’autres comme immorale.

On oppose la plupart du temps la force légitime des armées régulières à la ruse illégitime voire immorale des terroristes. La tromperie serait-elle réservée à nos ennemis sans uniforme ? Machiavel nous rassure : « Quoique ce soit une action détestable d’employer la ruse dans la conduite de la vie, néanmoins, dans la conduite de la guerre, elle devient une chose louable et glorieuse, et celui qui triomphe par elle de ses ennemis ne mérite guère moins de louanges que celui qui en triomphe par les armes. »

Assumant le risque de la déception (l’autre, c’est-à-dire la déconvenue), il nous a bien fallu faire un choix en répartissant les récits de tromperie militaire dans le répertoire des leurres selon nos propres critères en fonction de chaque situation. Et si nous nous sommes trompés, ce n’est certainement pas par fourberie mais parce que le sujet est trompeur et que nous ne faisons pas la guerre des mots.

           

En réalité, peu importe qu’il y ait confusion entre une diversion et une déception, entre une ruse et un stratagème, entre l’intoxication et la désinformation, la seule chose qui est commune à tous les substantifs de la tromperie, c’est que l’objectif est le même : l’effet de surprise, c’est-à-dire induire l’ennemi en erreur ou prendre l’adversaire au dépourvu. Et pour obtenir cet effet, il suffit de combiner la dissimulation et la tromperie, les deux composantes essentielles de la ruse de guerre. La dissimulation vise à cacher le vrai, la tromperie (autrement dit la simulation) vise à montrer le faux : « Dissimuler ce qui est, exhiber ce qui n’est pas. »

 

« Qui ruse gagne » par Patrick Manificat chez Histoire et Collections

 

 

 



03/07/2020
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