ATHENA-DEFENSE

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A propos de devoir et indignation : réponse au général Salvan

Diplomatie et défense sont indissociables, l’une ne  peut agir   sans l’autre, ce postulat semble être confirmé par des personnalités de la défense et pas des moindres, Patricia Adam, présidente de la commission de la défense nationale et des forces armées a réaffirmé que la diplomatie française  ne pouvait être  entendue sans une défense efficace et forte, dont acte ! Mais que faisons-nous concrètement pour l’affirmer, alors que des menaces majeures se dessinent partout dans le monde, alors que l’affaiblissement de notre défense surtout dans le domaine classique  est patent.

 

Plus récemment le général Salvan (2s)  homme indiscutable, gueule cassée et cœur franc s’est exprimé sur l’opportunité des interventions récentes en Libye, en Afghanistan, au Mali. Ses références sont judicieuses, ses remarques traduisent notre prudence, sa culture guerrière et de diplomate ne peuvent être mises en doute,  mais j’estime qu’il ne va pas assez loin.  Il n’est pas assez cassant, il ne désigne pas suffisamment les responsables, il ne pointe pas du doigt les incompétences, il est prudent comme le sont tant de généraux qui pensent servir par le silence. Le droit à s’indigner est aussi le leur, qu’ils parlent et agissent sans se tromper de cible, sans se tromper de combat.

 

Cela m’amène à penser que la légitimité de l’expression des anciens militaires est un devoir plus qu’un droit, s’ils en ont les capacités, le désir et le talent. Ils se doivent de respecter les institutions tout en s’engageant y compris dans le domaine politique, puisque c’est le politique qui définit la juste défense. Le déficit de communication vers le citoyen est tel, la formation des journalistes dans le domaine géopolitique et de défense est si insuffisant que nos concitoyens baignent dans l’ignorance et  ne sont pas en mesure de comprendre les dangers, qui du confins des sables au confins de la toundra menacent une paix qui ne fut depuis le début de l’histoire des hommes jamais que provisoire.   

 

Il  arrive parfois que les militaires aient de la mémoire, marqués au fer  rouge de leur engagement. Seraient-ils moins compétents que les diplomates ou les journalistes pour expliquer l’histoire ? Leur expérience est rarement celle du va-t’en guerre mais plus certainement celle de la compréhension des crises.  « on n’a jamais le choix entre le bien et le mal, mais entre de mauvaises solutions  » comme le dit si justement le général Salvan. Je  dirais plus simplement

« Où sont les justes, où sont les salauds ? En posant la question on a déjà donné une partie de la réponse. »

 

Alors allons plus loin : Oui,  il n’était pas opportun d’intervenir au Kosovo de la manière dont nous l’avons fait contre les Serbes.

 

A la suite de la résolution 1199 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, la fédération de Russie annonce son intention de mettre son veto à une nouvelle résolution validant une intervention contre la partie Serbe.   Ce sera donc  l'OTAN qui prendra l'initiative par une décision du conseil de l’OTAN, contournant ainsi par un coup de force, l’obstacle représenté par le conseil de sécurité de l’ONU dans lequel siège de plein droit la Russie. La France s’engage avec l’OTAN, beaucoup de militaires pensent que faire la guerre contre les Serbes, accusés de tous les maux, est une erreur et que la situation est beaucoup plus complexe. Le pseudo plan d'épuration ethnique à grande échelle mené au Kosovo (plan Fer-à-cheval) qui remplissait les pages  des médias occidentaux se révélèrent par la suite infondées, bien qu'étant à l'origine de l'intervention militaire de l'OTAN. Nous sommes en 1999 les néoconservateurs américains ont gagné. En 2002 Bush engage le processus contre l’axe du mal (Iran, Irak, Corée du nord) dont l’Irak fera les frais, cette guerre de coalition, basé sur des mensonges se fera contre l’avis de la Russie, de la France et de l’Allemagne, nous voyons où nous en sommes aujourd’hui.

 

La Russie ces 10 dernières années a été à plusieurs reprises humiliée, était-ce nécessaire ? Poutine qui a de la mémoire s’en souvient.

 

On pourrait aussi se remémorer la guerre en Géorgie, dans laquelle la France a joué un rôle (La Géorgie a des frontières avec la Fédération de Russie au nord, l'Azerbaïdjan à l'est, l'Arménie au sud et la Turquie au sud-ouest). Cette Géorgie qui tente de devenir un membre de l'OTAN, et qui pensait que les occidentaux la protégeraient. Mauvais calcul ! Le vent avait tourné, la révolution des roses avait des épines, Les hostilités se sont ouvertes le 17 avril 1999, avec l’ouverture de l’oléoduc reliant Bakou (Azerbaïdjan) au port de Soupsa (Géorgie) sur la mer Noire. Ce projet, financé par Washington, doit mettre fin à l’hégémonie russe sur l’exportation des hydrocarbures de la Caspienne,  la Géorgie qui s’aligne sur l’Ukraine et l’Azerbaïdjan et s’éloigne de la Russie dénonce alors le traité de défense collective des frontières de la Communauté des États indépendants (CEI) et le traité de sécurité collective de Tachkent. Eltsine  est contraint de signer en novembre 1999, lors du sommet de l’OSCE à Istanbul, un accord de démantèlement de deux des quatre bases russes en Géorgie, démantèlement qui sera effectivement entamé en 2000 en dépit des réticences de l’état-major russe. Tout cela révèle, des luttes d’influence dont les objectifs sont plus géopolitiques que réellement économiques. Selon Jean Radvanyi et Philippe Rekacewicz, deux spécialistes géographes incontestables, « les pressions exercées par Washington et Ankara sur les compagnies afin que celles-ci cofinancent le passage de l’oléoduc via la Géorgie et la Turquie et non via l’Iran ou la Russie, trahissent la priorité donnée aux objectifs politiques sur les intérêts économiques.

Eltsine était affaibli, ce que n’est pas Poutine, qui lors du défilé de 9 mai 2014 a eu l’intelligence de réhabiliter le drapeau rouge des bolcheviques avec le drapeau blanc du tsar et l’hymne nouveau de la fédération de Russie  qui est en fait une adaptation de l'Hymne de l'Union soviétique datant de 1944,  lui-même inspiré de l’hymne des bolcheviques de 1934.

 

Poutine possède  cette volonté de redonner à la Russie toute sa place dans le concert des nations avec une vision géopolitique marquée par un regard salve sur le monde  si différent du regard des Etats-Unis que l’affrontement est inéluctable, reste à en choisir la forme, et le rythme, mais cet affrontement a déjà commencé. L’OTAN, au regard de la Russie reste un instrument impérialiste au service de la  seule puissance américaine. 

 

Voilà pourquoi, il faut le dire,  il ne se fera pas « avoir » pour l‘Ukraine. L’Ukraine, même fédérale,  n’entrera pas dans l’OTAN. L’instauration d’un  régime favorable à l’Ouest, à l’Otan et à l’Europe près des frontières russes, est pour Poutine un casus belli.  Mais dans cette nouvelle guerre qui n’est plus  froide, qui a dégainé le premier ?

 

La  France, si elle avait été indépendante dans l’acception gaullienne du terme  aurait eu un rôle majeur à jouer. Bien au contraire, son suivisme est désastreux pour notre économie et notre avenir.  Il est vrai que le président Sarkozy a été l’un des fossoyeurs de notre indépendance par son désir d’allégeance aux Etats-Unis, pire encore, le président Hollande devance parfois les Etats-Unis par son engagement inconsidéré au Proche orient et en Afrique et  apparaît plus radical que ne l’est Obama lui-même, notamment en Syrie en appliquant la politique du « retenez–moi ou je fais un malheur » qui a marqué les esprits.

Oui, on ne peut se féliciter de la manière dont on a géré la crise libyenne, notre intervention basée sur une réaction inappropriée, ouvrant ainsi la voie au chaos. Nous savons que derrière tout cela se cachent quelques secrets d’Etat bien gardés dans des coffres-forts sans clé, sinon celle de la mauvaise conscience de ceux qui savent.

Oui, la déstabilisation du Mali est la conséquence de notre inconséquence, lorsqu’on confie une partie de notre politique étrangère à un clown (le qualificatif est élogieux)  tel que BHL, agitateur bobo vaguement de gauche,  il ne faut pas s’étonner des conséquences chaotiques. Notre  insondable lâcheté qui  ne sert  pas plus à  reconnaître qu’à connaître la réalité des dangers de ce monde est inversement proportionnelle au sens que l’on veut donner à notre devoir d’ingérence parfaitement incompatible avec un autre danger celui de l’islamisme radical.

Il faut se l’avouer, partout ou les régimes totalitaires laïques ont disparu, les islamistes se sont emparés du pouvoir ou le menace, Tunisie y compris, et pire encore se font déborder par des fous de Dieu plus radicaux et sanguinaires, qui font apparaître les talibans d’Afghanistan comme de gentils agneaux de dieu cela s’entend.

 

Oui, ce monde est dangereux, mais il est le nôtre, Talleyrand le diable boiteux aimait dire : « La barbarie est toujours à deux pas, rôdant autour de la civilisation; dès qu'on lâche pied, elle revient. » il semble que la barbarie soit à notre porte »  L’ignorer  serait une faute, la favoriser comme nous l’avons fait jusqu’à ce jour un forfait

Talleyrand disait aussi «  Oui et non sont les mots les plus courts et les plus faciles à prononcer, et ceux qui demandent le plus d'examen » c’est la base même de la diplomatie et de la guerre, encore faut-il savoir à qui on doit dire non ? Il ne faut pas se tromper d’ennemi, dans le combat cette erreur est mortelle.       

 

Roland Pietrini

 

LIBRE OPINION : Si nous faisions un bilan ? Général Salvan

 

http://www.asafrance.fr/item/libre-opinion-si-nous-faisions-un-bilan.html

 



11/09/2014
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