ATHENA-DEFENSE

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Criminel de guerre. Oradour et le maquis de Manises

 

Près de 70 ans après les faits, un Allemand de 88 ans a été inculpé pour avoir participé au massacre d'Oradour-sur-Glane, le pire commis en France par l'armée nazie pendant la Seconde Guerre mondiale, a annoncé mercredi la justice allemande. L'organisation d'un procès reste toutefois suspendue à la décision du tribunal de Cologne (ouest), qui a laissé jusqu'à fin mars à l'accusé pour s'y opposer. Cette procédure va prendre "plusieurs semaines", a expliqué Andreas Brendel, procureur général de l'Office central chargé d'enquêter sur les crimes nazis, qui dépend du parquet de Dortmund (ouest) où la décision d'inculpation a été prise.

Le retraité, âgé de 19 ans au moment des faits, est accusé du "meurtre collectif de 25 personnes" et de "complicité dans le meurtre de plusieurs centaines d'autres", a annoncé le tribunal de Cologne dans un communiqué. Face aux enquêteurs, l'homme a reconnu avoir été membre du régiment Der Führer de la division blindée SS Das Reich qui a exécuté méthodiquement 642 civils à Oradour-sur-Glane, un village du centre de la France, le 10 juin 1944. "Il a également reconnu s'être trouvé sur les lieux au moment des faits, mais il a nié avoir participé au massacre", a précisé Andreas Brendel.

//www.lepoint.fr/societe/oradour-sur-glane-un-homme-inculpe-70-ans-apres-les-faits-08-01-2014-1778187_23.php

 

Et pourtant, d'autres criminels de guerre ont pu poursuivre de belles carrières. A lire, un article paru le 22 mars 2013.

 

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En février 2012, de nombreux invités et journalistes ainsi que des  représentants d’élus visitent le siège d’Euromil à l’occasion d’un séminaire.  Cette  organisation  a pour vocation  de promouvoir et de défendre, au niveau européen, les intérêts socio-professionnels des militaires de tous grades. Ce séminaire, comme de nombreux autres est organisé par Emmanuel Jacob  le président d’Euromil avec la  fondation  Karl-Theodor-Molinari (KTMS)  Cette fondation puissante et reconnue, est affiliée à l'armée allemande (Bundeswehr). Elle effectue des  recherches sur les forces militaires internationales et les questions de sécurité. tout en ayant une vocation éducative et civique au profit des jeunes allemands notamment.

 

 

 

 

 

 

 

 

La fondation Molinari (KTMS) qui représente à elle seule,  une force non négligeable de réflexion et d’action pour la formation des jeunes, des  citoyens et des soldats allemands, organise ou co-organise avec Euromil des séminaires portant sur les problèmes de citoyenneté et de défense. Nos  grandes écoles militaires peuvent d’ailleurs s’inspirer parfois des études menées par cet organisme.    

 

Les sujets abordés cette année sont d’ailleurs édifiants.  A titre non exhaustif : -  La Bundeswehr en Afghanistan - Tâches et scénarios futurs pour la restructuration des forces armées -  Quel rôle aura dans le futur la région Asie-pacifique ? –  Quel avenir pour les forces européennes futures ? – Action de l’éducation civique pour la politique de sécurité – Quelle serait la meilleure politique de retour à la vie civile pour les militaires à la retraite ?  etc..

 

Rien qui ne puisse générer une quelconque critique, à un bémol prêt, celui d’une grande réserve quant au nom que celle-ci porte.

 

La  fondation  Karl Theodor Molinari Stiftung (KTM)   porte, en effet le nom d’un personnage plus que controversé, et pour cela il convient de revenir sur des faits dont l’origine  remonte à l’année 1944.

 

Nous sommes à la mi-juin 1944, dans les Ardennes françaises,  quelques jours après le débarquement allié. 

 

Un maquis, dénommé des Manises fort d’environ 250 hommes occupe les bois au- dessus de la petite ville de Revin. En forêt, sur le plateau des Malgré-Tout, qui domine le petit bourg, au lieu dit le Père des Chênes, le camp est en fait un groupement de  tentes en toile de parachutes, 25 tentes environ, qui abritent les commandant Prisme son nom clandestinité, le capitaine Chavanne, les lieutenants Pierre et Pultière, les sous-officiers et les hommes.

Des radios, des armes, fusils, fusils mitrailleurs, revolvers, munitions, des médicaments, des vivres et des vêtements chauds. Tout a été parachuté dans des containers cylindriques provenant de Grande Bretagne, pour équiper le maquis.  Chaque groupe de 10 hommes assure sa popote.  Ils font des coups de main, des sabotages.

Ces résistants  actifs,  sont commandés depuis la seconde quinzaine d’avril 44 par le commandant Prisme qui est en fait Jacques Pâris de la Bollardière. ( héros de Narwik et de Bir-hakeim, mais qui sera aussi celui qui s’opposera aux méthodes Massu en Algérie).

 

 

 

 

Le  « commandant Prisme » a été parachuté clandestinement le 12 avril 44 à Saint Souplet près Mourmelon. Il est accompagné du lieutenant américain Layton, dit Victor, chargé des questions d’armement, et de l’aspirant Gérard Brault, dit Pierre. Ce dernier, condamné à mort par les Allemands, était parvenu à s’évader et à gagner Londres, où il s’est porté volontaire pour faire partie de la mission Citronnelle. Il était spécialiste radio et avait été auparavant un des radios de Jean Moulin.

 

Citronnelle a pour objectif d’organiser et de fédérer les différents maquis dans les Ardennes.    C’est l'État-major Interallié et le BCRA (Bureau central de renseignement et d'action) qui dirige cette action d’importance depuis le deuxième trimestre 1943. L’objectif est de créer un maquis de 400 hommes environ capable de désorganiser par des actions ponctuelles et des sabotages sur les arrières des troupes allemandes.  

 

A l’origine,  c’est un groupe de patriotes, quelques habitants de la région qui  s’organisent pour créer des points de passage clandestin entre la France et la Belgique. En 1943 ce groupe de résistants, selon toute vraisemblance,   se regroupe autour de Leverd,   un capitaine des douanes pour « gérer » un terrain d’atterrissage pour des agents infiltrés.  Les premiers parachutages, agents, armes et matériels commencent dès le 23 septembre 1943.

 

En avril 1944, c’est donc une trentaine d’hommes soigneusement sélectionnés dont de nombreux douaniers. Début juin, de nouveaux cadres, officiers et sous-officiers, rejoignent le maquis qui compte

maintenant plus de cent volontaires vivant en forêt avec les problèmes de vie matérielle, sécurité, nourriture. Le maquis s’est installé au lieudit Les Hauts Buttés, près du ruisseau des Manises, entre la Petite Commune et la route de Ravin.

 

« Prisme » est relié à Londres par des liaisons radio autonomes et fiables. Il jouit d’une certaine autonomie et surtout d’un appui direct par parachutage.  La dénomination Citronnelle disparaît, et très vite le maquis portera le nom de maquis Prisme qui dispose de deux land drop. Le premier, appelé Bohémien, est situé près des Hauts Buttés. Il avait déjà été utilisé dès septembre 1943, pour une première opération au bénéfice de la résistance ardennaise. Le second est Astrologie, établi sur un plateau non loin de la Croix Scaille, près des vieux Moulins de Thilay.

 

En juin 1944 les évènements avec le débarquement de Normandie s’accélèrent, ce maquis est certes, composé de résistants aguerris et armés, mais de nombreux jeunes réfractaires au STO encouragés par la nouvelle du débarquement allié se sentent prêts à « résister » à leurs obligations et rejoignent le maquis.  Ils n’ont reçu aucune formation militaire ne sont pas armés pour la plupart et plutôt indisciplinés, ils  ne respectent pas les plus élémentaires consignes de sécurité. Depuis un certain temps, sur les hauteurs, les quelques 250 « résistants »  qui ont une vue imprenable sur Revin,  font du feu et s’abritent de la pluie sous des toiles de parachutes. Ils  se croient inaccessibles. dans une ambiance d’inconscience et d’euphorie, ils paradent même dans les rues de Revin, se retrouvent en famille, au vue et au nez de tous, probablement de la  gestapo, des délateurs et autres collabos. Un avion allemand a pourtant survolé les bois des hautes-buttes, sans être ignoré, il a repéré sans aucun doutes des voiles blanches, quant aux colonnes de fumée, elles se voient depuis la ville….

 

A la Kommandantur de Charleville, les services de renseignement n’ont pas grand mal à situer le maquis et probablement les principaux chefs. Depuis février 1943 la Kommandantur est commandé par le colonel Botho Grabowski, un Prussien qui a combattu en France en 14-18. Les Allemands combattent en Normandie, mais dans les Ardennes, région quasiment annexée, ils se sentent encore  en force. Il est facile de supposer que   pour les Allemands,  tolérer une  telle provocation est intolérable, et en en juin 44, ils ont encore des moyens largement suffisants pour rayer de la carte ces trublions. D’autant plus que tactiquement cela se conçoit, comment laisser s’installer une telle  capacité de harcèlement au cœur  de leur dispositif

 

Le 12 juin,  après probablement une préparation tactique préalable, le colonel Grabowski  ordonne l’intervention. Un groupement est constitué avec des blindés du 36° panzer regiment arrivé depuis peu  du front russe, et probablement  des waffen SS et autres combattants dont des Russes ou des Ukrainiens pro-nazis de l’armée Vlassov. 

 

La 1° compagnie de blindés est commandée par le major Karl Théodor Molinari,  c’est un jeune officier de 29 ans  dont la grande taille impressionne, il mesure plus de 1.95m,  il porte avec élégance son uniforme noir de tankiste.

 

Au maquis, un homme de liaison donne l’alerte, Revin depuis le matin est isolé, coupé de l’extérieur, les Allemands sont partout et lourdement armés. Des habitants sont arrêtés et interrogés avec des méthodes musclées. Les Allemands cherchent des renseignements.

 

Au camp on comprend assez rapidement qu’il va se passer quelque chose…. 

 

Le 12 juin en fin de journée, le combat commence, il est inégal et brutal, les allemands sont bien renseignés et  sont guidés par des « bonnes âmes » et cela tourne sans surprise et  très vite à l’avantage des allemands. 

 

A 23 h,  avec les plus aguerris, le commandant Prisme essaye de décrocher et de passer au travers de la nasse, il réussit et par petits groupes, ils  arrivent à s’exfiltrer et marchent vers Willerzie en Belgique. Le lieutenant Pultière arrêté à Pulhan est fusillé immédiatement.   Pour les moins expérimentés, les jeunes restés sur place dans la forêt, dans l’obscurité, perdus, probablement paniqués, sans réel encadrement, encerclés, c’est la reddition.

 

Dans la nuit du 12 au 13 et le 13, avant leur exécution,  les prisonniers, ceux qui n’ont pas été abattus sur-le-champ, sont interrogés dans des conditions épouvantables… 

 

 

Du côté allemand, et très vite,  Molinari avait annoncé à Grabowski la capture de la plupart des terroristes et la saisie de 5 tonnes de matériels, armes et munitions. Une compagnie est mise à sa disposition, celle du capitaine Arendt…

 

 

Devant l’église, 30 d’entre eux sont attachés avec des élingues de câbles et des cordes à parachutes, d’autres sont massacrés dans la forêt.  Mais selon certains témoins, des prisonniers sont rassemblés dans un jardin privé appartenant à M et Mme Deschamps, selon ces témoins,  un officier de grande  taille de tenue noire serait arrivé chez  eux, les prisonniers avaient les mains liés avec des fils de fer, il les a fait coucher sur le sol à plat ventre, en même temps il ordonnait fermement à ses soldats de les frapper avec les crosses des fusils. Il s’est mis à sauter à pieds joints sur les hommes entravés, et les soldats firent de même. Le grand officier en tenue noire est revenu trois fois, et sur ses ordres, les soldats continuèrent les sévices jusqu’à que ce soit de pauvres loques humaines.  Plus tard ils furent emmenés dans des camions pour rejoindre d’autres prisonniers.. Et pour en finir. Cinq par cinq ils sont abattus mitraillés dans le dos… Puis, ils sont sommairement enterrés au lieu-dit le bois des chênes, en pleine forêt. Le 21 juin, ils sont déterrés à la hâte et transportés dans un autre charnier à Linchamps.

 

 

Le 13 avril 1951, un procès a lieu à Metz, le major Molinari et le colonel  Grabowski sont condamnés à mort par contumace par le tribunal militaire français de Metz - après un court procès – Cette condamnation est en fait  pour l’époque, le seul moyen pour faire rechercher les intéressés par  la justice  française.  Quant au capitaine Arendt,   qui a commandé le peloton d’exécution,  il  a trouvé le mort  en 1945 lors de son retour sur le front de l’Est.

 

 Mais l’histoire ne se termine pas ainsi… 

 

 

 

En 1952 un certain Karl Theodor Molinari  exploite en toute impunité, une scierie dans l’Eiffel, une région allemande, puis il se fait élire sur une liste des chrétiens démocrates, un parti politique allemand. En 1952  il est nommé chef du parti CDU de la région et  « sous-préfet »  du canton de Shleiden. En janvier 1956 la Bundeswher en cours de création a besoin d’officiers,  il reprend du service, ( il est né en 1915, il a donc 41 ans )

 

L’enquête de  sécurité de la Bundeswher, concluera en 1957, que Karl- Theodor Molinari ne figure sur aucune liste de criminels de guerre.  Il peut donc continuer une carrière.. Et cette carrière est brillante.  Ainsi, le lieutenant-colonel Molinari, Officier de la Werhmacht en 1945 deviendra en 1969 général de la Bundeswher. De 1956 à 1960, il d’ailleurs venu en France à plusieurs reprises, à la tête de délégations militaires allemandes, il va en pèlerinage à Lourdes, il participe à la réalisation du char allemand Léopard. A aucun moment on ne lui pose des questions sur son passé.

 

En 1960, alors qu’il est colonel, il commande la 14° brigade blindée de Coblence, cet officier qui mesure 1.96 m reçoit Willy Brandt. Puis il est promu général et côtoie les généraux français lors  des manœuvres. Puis il est nommé à Mayence gouverneur militaire de la IV° région… En juin 1963 il est président de l’association de la Bundeswher, général de division, commandant de la 7° division de panzers..  Elle deviendra la fondation K-T-M-S.   ( Karl Theodor Molinari Stiftung)

 

Mais en 1969, par un curieux hasard, Marcel Noiret ancien partisan, secrétaire de la mairie de Vivier-au-Court, communiste, se rend à en RDA pour sceller un jumelage avec une commune de RDA, la commune de  Tambach-Dietach en Thuringe. La France, à l’époque,  ne reconnaît pas encore la RDA, mais les sympathisants communistes sont encore nombreux et sont actifs. Noiret a  crée en 1964 la section ardennaise des échanges Franco-allemands, en fait dans l’esprit de certains communistes, la RDA reste un modèle, sinon de démocratie au moins de socialisme.. 

 

Pourtant, un an après l’intervention du pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie, des questions commencent à se poser pour les militants, les avis sont partagés, mais les convaincus restent convaincus.. La foi du charbonnier ?   Peu importe, les hôtes Est-allemands essaient d’appuyer leurs arguments en tapant sur la RFA et le danger qu’elle représente pour la paix. Parmi les noms cités des « activistes revanchards » Ouest allemand figure en bonne place le général Karl Theodor Molinari…

 

Ce Molinari, la Stasi le connaît, il figure dans le livre brun édité en 1965 qui répertorie les criminels de guerre nazis ancien cadre du troisième Reich ayant repris du service en RFA.. La propagande est évidemment sous jacente.  MAIS !  Le nom correspond et aussi le numéro du régiment dans lequel le major a servi en 44, quant à son affectation de 1969 dans la Bundeswher, elle est connue, il est à Unna près de Dortmund. ..

 

Marcel Noiret rentré dans les Ardennes se saisit de cette information pour que justice soit faite. Il crée un comité d’anciens résistants,  remue la presse locale, les élus, diverses instances… La prudence est de mise dans la mesure où les sources d’informations proviennent de RDA …

 

Qu’à cela ne tiennent, les faits sont troublants, des lettres sont envoyées au plus niveau y compris à Georges Pompidou qui est devenu Président de la république.

 

Le 1° octobre 1969, le général Molinari devient chef de la région de militaire de Mayence soit un quart de la RFA. ..  Pour la cérémonie une délégation militaire française est présente et rend les honneurs.

 

Simultanément l’affaire commence à être connu en Allemagne, Les VVN ( victimes du Nazisme ) et le DKP ( parti communiste Ouest allemand) demande l’ouverture d’une enquête officielle.

 

Des journaux et pas des moindres s’emparent du sujet  (der Spiegel) Des journalistes se déplacent font leur enquête.. Et certains éléments commencent à apparaître..

 

Le major Molinari est bien passé par  les Ardennes en juin 1944,  il  repart sur le front de l’EST en juillet 44, et se fait remarquer par son aptitude au combat.  Il reçoit la croix de fer le 15 novembre 1944. Est-ce le même homme qui atteint le sommet d’une telle carrière brillante ? le général Karl Theodor Molinari qui mesure 1.96m est-il le major Karl Theodor Molinari qui sautait à pieds joints sur le ventre  des suppliciés âgés de 18 ans dans un jardin de maison le 12 juin 1944 ?

 

L’enquête doucement, lentement commence, le parquet de Ham, demande à la France communication du dossier du procès de Metz et les témoignages (plus de cinquante) concernant l’affaire du maquis des Manises … A Ludwisburg, parmi les 500000 fiches répertoriant les crimes nazis, il en figure une au nom de Molinari.  Cela était connu mais le procureur Rückerl expliquera que le signalement n’avait pas été fait lors de l’enquête de sécurité… Il s’excuse,  « L’exécution de partisans étant considérée comme un usage normal de la guerre » …

 

 

 

 

 

 

Molinari décide alors  de s’expliquer, il reconnaît sa participation à la capture des jeunes ardennais, affirme que c’est Grabowski – chef de la Kommandatur,  qui  lui a demandé des hommes pour les surveiller ( la compagnie Arendt) et pour les … transporter dans un camp. IL n’aurait selon ses dires appris l’exécution que 27h plus tard.. Ses lieutenants qui l’avaient chargé, ( ils faisaient partis des témoins) expliquent une erreur de traduction. Molinari était ailleurs… Pourtant sa haute taille a été remarquée par des témoins fiables, pourtant l’ordre N° 46 d’Hitler ordonnant l’exécution des « terroristes » était un ordre qui ne pouvait se discuter..  Qui l’a donc fait exécuté ? Et Molinari  par son aveu démontre que le grand homme en noir ne peut être un autre…  Ainsi le commandant de compagnie blindée aurait été absent du combat ordonné par son supérieur ? Qui peut le croire ?

 

En France, on commence dans les milieux officiels à bouger un peu.. Le secrétaire d’Etat Lipowski aux affaires étrangère avoue avoir été informé par lettre ( perdue puis retrouvée et reçue depuis 3 mois) que le général Molinari est bien celui qui a été condamné par contumace en 51 par le tribunal militaire de Metz… 

 

Mais l’affaire prend une tournure intra-allemande sur fond de propagande orchestrée par la RDA et… de guerre froide. D’un côté les associations ouest-allemandes des victimes de la barbarie nazie, de l’autre un Etat, la RFA,  qui ne sait trop comment gérer un tel problème..  Une presse se déchaîne contre « l’action subversive de la RDA visant à diviser les alliés de l’OTAN contre les complices communistes en France et en RFA »…

 

C’est dans cette ambiance que Molinari participe début 1970 au congrès de la CDU en présence de Helmut Kohl. En juillet 1970, l’enquête sur le passé de Molinari  est arrêtée..  Une disposition du traité de Londres de 1954, interdit à la justice allemande de relancer une enquête sur une affaire déjà jugée en France.. Cette disposition  est censée éviter des  révisions de procès en Allemagne, la Justice allemande a pour réputation d’être plus clémente envers ses criminels de guerre…  La Justice tue parfois la justice..

 

Le procureur allemand Heimeshoff  en annonçant sa décision d’arrêt de l’enquête,  charge Gabowski, c’est commode, il est mort et   considère qu’aucune charge est à  retenir contre Molinari.. 

Des mauvaises langues disent qu’à Dormund, Heimeshoff avait servi la justice du III Reich et qu’il aurait des liens étroits avec l’association de la Bundeswher dirigée par Molinari.

 

Cette décision choque de nombreux allemands y compris des soldats qui refusent de servir sous les ordres de Molinari. (CDU) .  Cependant le Général Molinari demande sa mise à la retraite anticipée. La démission est acceptée. Un Helmut a remplacé entre temps un autre Helmut,  Schmidt  (SPD) a remplacé Kohl (CDU).  Les adieux officiels se font le 29 septembre 1970 devant un parterre prestigieux, dont Helmut Kohl (du CDU)  qui dénonce « la campagne ciblée » lancée contre lui.  De là a penser que l’un protège l’autre ?

 

En France deux députés, un communiste et un UDR, interviennent à nouveau sur le sujet. En RDA un film de 20 minutes sort sur le cas Molinari.. L’association portant son nom, est quant à elle, bien vivante et active, la K-T-M-S.   

 

Molinari Karl Helmut, né le 7 février 1915 est décédé le 11 décembre  1993. Son  nom restera toujours entaché d’un doute, celui de son implication directe dans l’exécution de 105 jeunes gamins du maquis des Manises et de sa participation aux tortures inutiles qui ont précédé l’exécution.

 

Sur le plan de l’éthique et du  simple devoir de respect des victimes, alors  que Le traité de l'Elysée, était signé il y a cinquante ans, le 22 janvier 1963, entre le Général de Gaulle   et le chancelier Adenauer,   est-il réellement nécessaire qu’une fondation porte encore  un nom entaché de fortes suspicion quant à sa participation à un crime de guerre ? Même si ce nom est celui de son fondateur.  C’est bien là tout le paradoxe de cette histoire...  Le pardon n’empêche ni le souvenir ni la souffrance de ceux qui,  une nuit et un matin de juin 1944 furent bestialement exécutés sous une pluie de printemps..  L’amitié franco-allemande dicte une conduite, celle de respecter le devoir de mémoire.  

 

 

 

 

Epilogue :

 

Madame DESCHAMPS l’un des principaux témoins des sévices subies par les prisonniers déclarait

«  Le grand officier en noir s’acharnait particulièrement sur les maquisards »

 

Mais cette affaire, qui est un épisode dramatique parmi d’autres, pose cependant de nombreuses questions.. Ces questions concernent à la fois les principaux acteurs mais aussi les relations franco-allemandes. Je laisse à d’autres le soin de réfléchir sur la dimension politique de cette affaire.

 

 

Comme on ne prête qu’aux riches, Molinarin selon certains aurait fait partie de l’Abwher ( services secrets de Reich) et aurait été « protégé » par les Britanniques.

Il n’en reste pas moins que  le général Molinari a pu échapper à la justice ? Les deux justices, française et allemande

Comment expliquer la mollesse des autorités françaises ?

Quel rôle a joué réellement la RDA dans cette affaire sur fond de guerre froide ?

Pourquoi y-a-il eu une certaine connivence entre la CDU et Molinari ?

Molinari était-il un sujet de propagande anti-nazi ?

 

D’autres questions sont soulevées par le dossier et concerne plus particulièrement l’histoire si particulière de la résistance.

Le maquis des Manises était-il utile ?

Fallait-il accueillir les réfractaires du STO ?

Y-a-t-il eu trahison ?

 

- Le Général Jacques Pâris de  Bollardière s’est-il expliqué totalement sur cet épisode dramatique ?  Jacques Pâris de Bollardière est le seul officier supérieur à avoir ouvertement condamné la pratique de la torture pendant la guerre d’Algérie : En mars 1957, au nom de ses convictions, il refusa de participer à la nouvelle stratégie mise en place par le général Massu qui, au nom de l’“efficacité”, intégrait des méthodes de torture. Cela lui valut deux mois de forteresse. Il est aussi l'un des Français les plus décorés de la Seconde Guerre mondiale: grand officier de la Légion d'honneur, compagnon de la Libération, deux fois décoré du Distinguished Service Order (DSO ). Il deviendra un apôtre de la non-violence. Décédé  le 22 février 1986. Il se dira profondément marqué par le maquis des Manises il déclarera plus tard : « La guerre n’est qu’une dangereuse maladie d’une humanité infantile qui cherche douloureusement sa voie. La torture, ce dialogue dans l’horreur, n’est que l’envers affreux de la communication fraternelle. Elle dégrade celui qui l’inflige plus encore que celui qui la subit. Céder à la violence et à la torture, c’est, par impuissance à croire en l’homme, renoncer à construire un monde plus humain. »

 

Le général karl Theodor Molinari est entré au service des de la Bundeswehr en 1956.  

Le major Karl Theodor Molinari participe 13 Juin 1944,  à l’exécution de 106 résistants français.   105 plus le lieutenant Pultière exécuté lors de son arrestation au cours de sa tentative d’expliltration.

Lorsque la guerre prend fin le Molinari est lieutenant-colonel de la Wehrmacht. Il est décoré de la  Croix de fer II° et I° classe, de la croix de chavalier de la croix de fer. Il commande le premier bataillon du 36° Panzer en 1944..

 

Après la guerre, il dirige une scierie dans l'Eifel, et  entre au parti CDU – Il sera président du district et administrateur de district de Schleiden. 

Le 13 Avril 1951 il est condamné à mort par contumace par un tribunal militaire français à Metz 

Il est le président fondateur de l'Association des Forces armées, qu'il dirige jusqu'en 1963.

Et qui porte aujourd’hui son nom.

 

Le major Molinari est cité dans le « livre Brun »  qui répertorie les criminels de guerre nazis ayant des postes importants.

 

De 1961 à 1963, il commande la 34°brigade blindée . 

En  Juillet 1963, il est affecté au ministère de la défense à Bonn

De  1966 à 1969, il commande la 7°DB à UNNA.

Puis couronnement de sa carrière, il commande de la IV région militaire de Coblence

Il démissionne et prend sa retraite en Décembre 1970 en tant que major général de la Bundeswher.

Il décède le 11 décembre 1993.

 

 

  

 

Sources :

 

Der Spiegel 13/10/69 –

Manises 1944,  que sont devenus les bourreaux ? Terres Ardennaises N°42 mars 1993

Journal l’Union du 23 mars 1978 – 4 octobre 1971

Journal l’Ardennais du 9 octobre 1944 – 3 novembre 1944

Le Monde du 31 mai 2004 article Gérard Davet

Archives de l’Assemblée nationale JO du 20 décembre 1969 – réponses aux questions écrites

Source sur Citronelle de André Patureaux Alias Charlot au maquis- Matricule n° 21 BCRA (Bureau central de Recherche et d’Action) 5 515/Civil dirigé par le colonel Passy

 

 Roland Pietrini



08/01/2014
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