ATHENA-DEFENSE

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La Corse et les juifs.

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Lettre de Vichy reçu par les préfets de Corse

 

 

 

Traditionnellement terre d’accueil, l’île de Beauté a servi de refuge, durant la Seconde Guerre mondiale, à de nombreux Juifs, qui, protégés par les Corses, ont ainsi pu échapper à la déportation. Un pan méconnu de l’histoire que Fabrice d’Almeida propose de découvrir dans La Case du siècle. 

La Corse, une île de Justes ? Certains le croient, puisqu’une association juive locale est allée jusqu’à demander au Mémorial de Yad Vashem (Israël) que l’île dans son ensemble soit reconnue en tant que telle. Le titre ne lui a finalement pas été décerné, mais des personnalités aussi engagées que l’avocat Serge Klarsfeld déclarent être ­« d’accord avec l’intitulé, parce que, à une exception près et de manière quasi accidentelle, aucun Juif corse n’a été déporté et que ceux qui s’étaient réfugiés en Corse n’ont pas été atteints par les mesures prises par Vichy en août 42 ». Plus nuancée dans ses propos, Noëlle Vincensini, résistante et cofondatrice de l’association antiraciste Ava Basta, se souvient que même « s’il y avait des collabos, ce qui dominait dans la population, c’était la solidarité avec les Juifs ». 

 

 

L’hospitalité façon corse

 

Une attitude humanitaire que Louis Luciani, professeur d’histoire, a retrouvé au plus haut échelon de l’administration d’alors, en effectuant des recherches dans les archives. Les documents d’époque sont on ne peut plus explicites. Datant de 1941, le recensement, réalisé sous les ordres du préfet Paul Louis Balley, ne comporte que des noms de Juifs français et turcs, c’est-à-dire de personnes ne pouvant pas être déportées… Cette même liste va permettre à Balley de ne pas avoir à procéder aux arrestations des Juifs étrangers imposées par le gouvernement de Vichy en 1942. 
Pourtant, selon Louis Luciani, ils sont nombreux : « Il y avait une famille juive pratiquement dans chaque commune de Corse. Après la défaite de la France en juin 1940, des milliers de Juifs débarquent sur l’île ». Parmi eux, des Allemands et des Autrichiens, mais aussi des apatrides qui s’installent notamment à Bastia. Pour éviter le pire à ces sans-papiers, le préfet Balley et le sous-préfet de la région, Pierre-Henry Rix, vont leur fournir, avec le concours du consul général de Turquie, de vrais-faux passeports turcs. Mais, pour Louis Luciani, l’action de l’administration n’aurait pas été possible sans le soutien des « policiers, des gendarmes, mais également de la population. Il faut bien comprendre qu’un préfet, surtout en temps de guerre, ne peut pas aller à l’encontre de son opinion publique, ce qui amène à penser que cette dernière, à l’époque, n’est pas du tout antisémite ». Les récits des uns et des autres tendent à le prouver. Au fil des témoignages se dessine le portrait d’une terre et d’un peuple qui accueille sans conditions tous ceux qui se trouvent en difficulté. Et si l’aide apportée aux Juifs pendant la guerre a longtemps « été occultée », c’est peut-être, comme le dit Pierre Franceschetti, « parce que chez [nous] c’était pas un fait historique, parce que pour [nous] c’était normal ». 

 

Beatriz Loiseau

relayée par Roland Pietrini

 

Un documentaires passé inaperçu le rappelait sur  France 5 en 2013. 



20/03/2014
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