ATHENA-DEFENSE

ATHENA-DEFENSE

A propos d'un certain malaise

« Je croise de temps en temps un autre personnage, le général Delaunay, une figure, une personnalité forte, qui veut transformer l'école en une école de formation des blindés. Issu de la génération des jeunes officiers dont l'adolescence fut marquée par la défaite de 1940, il promenait sa haute stature dans les couloirs de l'école, tendant sa main gauche pour répondre au salut. La droite est toujours recouverte d'un gant de cuir. Elle est en bois.

 

Cette génération d'officiers, a commandé au combat des hommes et ils savent que les hommes peuvent être généreux lorsqu'ils sont respectés. Je suppose qu'ils ont compris que les héros n'existent pas, et que seules les circonstances exceptionnelles révèlent les êtres d'exception…

 

Dans les couloirs certains craignent de le croiser. Il faut dire qu'il n'hésite pas à poser des questions déstabilisantes, sur l'actualité internationale ou concernant la vie militaire.

Je pense qu'il veut imposer un nouveau style de commandement, plus direct, et ouvrir également l'esprit des cadres au monde qui les entoure.

Il considère que lire la presse fait partie du devoir d'information, mêlant ainsi les officiers et les sous-officiers dans une même mission, ce qui n'est pas sans bousculer un certain nombre d'habitude.

Ce style, de respecter les individus et de jauger les hommes avant de les juger, est nouveau pour moi. C'est presque révolutionnaire…..

Cette armée ( nous sommes en 1977, je suis adjudant à l'époque, et j'ai déjà 11 ans d'armée) est une armée qui a subi en quelques années le poids des renoncements et de la décolonisation. Elle porte en elle seule, le fardeau des contradictions de la société et le ressenti de ses défaites.

Les officiers feraient-ils semblant de croire que le monde est immuable ? …Ou sont-ils le fruit de cette formation qui leur donne un semblant de sagesse et d'obéissance.. Le devoir de réserve est bien commode lorsque l'on veut se taire.   

Les sous-officiers portent, eux, le poids des tâches subalternes. Sans missions exaltantes, ils sont les grands muets de la grande muette… Fin de l'extrait.

En lisant le Post de JDM et les réactions qui en sont la conséquence je me disais que j'avais écris quelque  chose sur le sujet  et en relisant ces quelques lignes de mon ouvrage,  dont je cite de courts extraits: Vostok - missions de renseignement au cœur de la guerre froide- Pardon de me citer, on me le pardonnera,  ne représentant que moi-même je n'ai pas eu accès aux médias, sinon le vôtre mon cher JDM,  je me disais que finalement tout avait changé, et rien n'avait changé.. Si pourtant, quelque chose a changé, je constate qu'aujourd'hui, de manière encore plus flagrante, alors qu'en 1977 le Conseil supérieur de la fonction militaire est dans son balbutiement, il est plus difficile pour les acteurs en activité des armées de s'exprimer.  Tout semble être imposé par le haut et rarement le dialogue a été si peu constructif. On est bien loin de la participation d'une certaine époque. Le général Delaunay devenu CEMAT a démissionné de son poste en 1983 parce qu'il était en désaccord avec la politique de défense.. http://www.francevaleurs.org/histo.html .. Aujourd'hui cela serait vain. Mais est-ce suffisant pour  ne rien entendre ? Les interventions extérieures cachent le profond malaise qui s'installe, profond parce que une fois de plus on n'a pas demandé l'avis des ceux qui ont les mains dans le cambouis, ils ont les mains sales, mais ils savent tenir une clef à mollette ce qui n'est pas le cas de tous nos énarques (terme générique qui désigne tous ceux qui ont appris la réalité dans les livres et au cours de stages prestigieux, bien avant qu'ils n'aient acquis la maturité suffisante pour  savoir de quoi ils parlent, mais suffisamment d'assurance pour imposer leurs certitudes) .. Nous sommes à la x° réforme de l'institution, elle tient encore debout, c'est un miracle. Aucune institution n'aurait résisté à un tel bouleversement, je dirais presque, à un tel acharnement, il est vrai que réformer la défense est plus facile que de réformer l'éducation nationale ;  Si le jeu consiste à mesurer le seuil de rupture, continuez Messieurs qu'on nomme grands, vous êtes sur la bonne voie. A moins que ? On ne sait jamais ? Pour le moins un réunion de chantier en cours de travaux s'impose.. Roland PIETRINI 

 

 



07/12/2009

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