ATHENA-DEFENSE

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A propos de Cao Bang et de la mémoire sélective.

 

A propos de Cao Bang  et de la mémoire sélective.

 

 


 

C’est en regardant ce documentaire remarquable, réalisé par de deux femmes, Fabienne Servan-Schreiber et Lucie Pastor, sur la guerre d’Indochine et le drame absolu de  Cao Bang et  de la RC4, que je me suis souvenu, à quel point, les défaites de la France, oubliées ou pas,  furent constitutives de notre histoire.

 

Car, défaites ou victoires, de Gergovie à Diên Biên Phu, « la France qui s’est  construite à coup d’épée », (1) reste la France, une France qui s’ignore et que l’on veut déconstruire à coup d’idées aussi généreuses que foireuses, une France multiculturelle qui l’a toujours été, mais qui était capable de se préserver et  de faire adopter l’essentiel de sa culture, à une époque où on ne parlait pas d’intégration, car cela allait de soi, mais de naturalisation.  Elle fut référence, elle n’est plus que simple copie d’elle-même, simple ersatz, oublieuse de sa propre histoire.

 

Cette mémoire sélective, que l’on met en avant, au détriment de l’objectivité et de la relativité des faits est destructrice de nos propres valeurs. Oui, en Algérie, la torture fut tolérée. La dénoncer est un devoir, mais encore faudrait-il en même temps, ne pas occulter celle des autres. Ce ne serait pas excuser cette réalité, ce serait simplement la replacer dans son contexte et éviter de donner à penser que nous étions les seuls.  Ce qui est inexcusable pour les uns devrait l’être pour les autres, car l’exemplarité de notre attitude n’entrainera pas l’exemplarité automatique des autres.

 

Cette mémoire que l’on construit à coup de repentance, comme si nous devions transmettre aux générations futures que le souvenir de nos erreurs,  de nos responsabilités,  de nos exactions, mais jamais celui de nos propres souffrances, de notre générosité et de nos sacrifices, donnera à nos adversaires des arguments à leur victimisation, excuses de leur propre incapacité à progresser et améliorer le sort de leurs populations. Les pays du Maghreb en sont un exemple, l’Afrique Noire aussi ; les uns comme les autres devraient suivre l’exemple des peuples de l’ex-Indochine colonisée qui,  au lieu de se lamenter sans cesse sur leur propre histoire et les stigmates de la colonisation, ont choisi la voie du progrès et tendent la main. Car ils savent, eux aussi,  ce qu’ils ont fait.  

 

Au-delà des hypocrisies diplomatiques, des faiblesses de nos gouvernants, des incompétences des grands chefs militaires, singulièrement en Indochine, il reste une dimension sans cesse ignorée, celle du sacrifice des hommes et de leur souffrance.  

 

Cette souffrance fut d’ailleurs largement partagée, des tabors marocains aux supplétifs vietnamiens, des tirailleurs sénégalais, aux légionnaires allemands ou italiens, l’armée française de l’époque était multiculturelle, disparate, traine-misère, sous-armée, souvent mal commandée par des états-majors hors sol, aveugles et d’un optimisme naïf et coupable, sous-estimant leur ennemi, au point qu’ils furent constamment surpris, rarement en mesure de prendre l’initiative. Le drame  sanglant de Cao-bang (voir le documentaire)  en fut un exemple et préfigurait celui de Dien Bien Phu en raison de l’incapacité à tirer les enseignements  des revers et des défaites.  L’abandon et la panique à Lang Son,  alors que cette ville n’était pas menacée, est un exemple de cette incapacité d’analyse.

 

- Déficit en renseignement et sous-exploitation des informations.

 

- Optimisme irraisonnée du commandement sous-estimant les capacités de l’adversaire tant en équipement qu’en volume.  

 

- Manque de discernement et mauvaise analyse entre la réalité du terrain et les choix tactiques.

 

- Sous-équipement et logistique déficiente.

 

- Déficience de la chaîne de commandement incapable de comprendre et d’exploiter les informations venant du bas vers le haut, dont les conséquences furent un aveuglement collectif.

 

Les gradés de contacts, des chefs de bataillon aux chefs de sections, commandants d’unité, chefs groupe, premières classe, hommes du rang,  ceux du bout de la chaîne ne furent que des exécutants sacrifiés. Sur  les 7000 hommes ayant participé aux deux colonnes de secours et à l’abandon mal préparé et suicidaire de Cao Bang,   5000 furent tués, blessés ou prisonniers. Une partie  de l’élite de l’armée d’Indochine fut sacrifiée, pour rien...  Il y en  aura par la suite bien d’autres. Pire,  à leur retour sur le continent,  ils furent insultés, certains cercueils lapidés par les communistes français, de l’armement destiné à leur combat fut saboté.

 

Ces soldats abandonnés furent les  grands oubliés de l’histoire. Il n’est pas certain que leur sacrifice soit évoqué par ceux qui aujourd’hui sont les idiots utiles de nos ennemis de l’intérieur et de nos adversaires de l’extérieur.  La France qui n’est plus tout à fait la France, puisqu’on oublie ceux qui ont combattu en son nom,  vogue vers des rivages incertains.

 

A suivre....

 

 

 

Roland Pietrini

 

 Les commentaires sont autorisés.

 

  1. Citation de C.de Gaulle

 



22/09/2018

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