ATHENA-DEFENSE

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A propos de la réponse du mindef concernant la tribune des lieutenants.

 A propos de la réponse du mindef  concernant la tribune des lieutenants.  Lutte des classes?  

 

 

 

Le général Martin Klotz, porte-parole du ministère de la défense répond sur francetv info à la tribune des jeunes officiers. Cette tribune, qui a fait le buzz dans le petit monde médiatique des inconscients qui osent s’intéresser à la défense de la France, méritait donc une réponse. Loin de moi l’idée de vouloir polémiquer avec un interlocuteur d’un tel niveau.. Je retiendrais seulement une ou deux idées développées par le général.

 

Première idée développée par celui-ci : Les jeunes lieutenants tous préoccupés par le commandement de leurs hommes ne peuvent avoir le temps de s’inquiéter de leur propre sujet de « préoccupation », la défense. En conséquence il s’agit d’un processus de déstabilisation qui s’apparente à la lutte des classes..  Il y aurait donc des classes dans les armées ?  Si je me réfère à une définition communément admise par les marxistes et staliniens et les autres, la lutte des classes exprimerait les tensions dans une société divisée en classes sociales, chacune luttant pour sa situation sociale et économique…. En 25 ans de carrière je n’ai jamais, ni entre les sous-officiers, ni entre les officiers et les sous-officiers, constaté une tension sociale,  au pire, un soupçon de jalousie partagée, mais serait-ce et cela est nouveau, reconnaître une différence de classe entre les uns et les autres ? Dans ce cas, si cela était vrai, cela serait dommageable pour la cohésion de ce qui fait la force des armées..  Il n’y a pas de lutte de classe dans les armées. . Simplement la volonté pour certains de se mêler de ce qui les regarde, c’est à dire leur métier. Indépendamment des grades, même si cela bouscule un peu les idées reçues.

 

Seconde idée : Il n’y a pas un nombre excessif d’officiers comparativement aux autres catégories comparables des autres ministères. Cela est vrai, mais dans ce cas il est nécessaire de ne pas mentir aux jeunes, tout le monde ne pourra pas faire « carrière » comme on pourrait le faire au ministère des finances, des transports, de l’éducation nationale ou de l’agriculture, à égale potentialité il y aura peu d’élus..   Réfléchir à une carrière courte avec possibilité de se reconvertir ailleurs dans la fonction publique ou dans le privé avec un bonus mérité est-il si incongru d’y réfléchir? Tout le monde a-t-il vocation a devenir grand chef ?

 

 Il serait temps se poser les vrais problèmes sans fuir les réalités, et sans parler de lutte des classes, ce serait mieux ! Force est de constater que pour penser les problèmes, il vaut mieux savoir de quoi on parle ( en toute modestie cela vaut aussi pour moi),  et cela ne peut être le fait d’individus mais de structures dans lesquelles cette réflexion devrait être menée,  et ces structures n’existent pas hors le conseil supérieur de la fonction militaire qui a atteint les limites que l’on sait. Qu’on le veuille ou non,  le cadre étroit du ministère de la défense ne suffira pas à régler ces problèmes transverses qui impliquent l’ensemble du fragile équilibre de la fonction publique, véritable carcan  figé où chaque catégorie défend bec et ongle ses acquis.  Cela profite éventuellement à ceux qui ont les moyens de représentation suffisants ou malheureusement de nuisances suffisants.   Quelle que soit la volonté de certains chefs, ils n’ont aucune utilité efficiente, à porter les préoccupations du monde militaire tant que  la grande muette continuera à mériter ce qualificatif mérité !

 

 

Alors,  quel est le ratio raisonnable qu’il conviendrait de définir entre ceux qui commandent et ceux qui sont censés exécuter..  La question n’est pas si iconoclaste que cela, en ces temps d’économie.  Combien est-il nécessaire de former d’officiers pour commander une troupe de plus en plus réduite ?  Faut-il multiplier les Etats-majors, les bureaux, les écoles, les détachements ?  Ne conviendrait-il pas de penser à une carrière transverse entre ministères.. Bref faut-il  former des combattants ou des généralistes.. Tous les officiers ont-ils vocation à finir colonel ? Ou général ? Que veux-dire carrière ?  Cela a-t-il encore un sens ?

 

Troisième idée :  Nous apprenons que le budget de la défense est « un compromis défini en fonction des objectifs fixés par le président de la République et des contraintes financières »  « Il est vrai que nous avons réduit nos forces depuis plusieurs décennies. Mais la France ne désarme pas. »  Dont acte, le propos est réaliste et raisonnable, mais à force de faire la même chose avec moins, on risque de ne plus faire grand-chose. Au nom de quoi les militaires seraient-ils moins compétents que d’autres à réfléchir à ces problèmes ? N’ont-ils pas de plus en plus une vision géopolitique du monde ?

 

Sans la volonté d’un de Gaulle aurions-nous eu la force de frappe ? Sans l’imagination iconoclaste pour l’époque d’un Gallois,  aurions-nous posé la stratégie nucléaire de la France ?  Nous sommes loin, d’une époque ou était encouragée l’expression de la libre opinion dans des revues  comme  "armées d’aujourd’hui" et par des chefs tels que Delaunay ou Lacaze et d’autres. 

 

Non, ce qui est dangereux, ce n’est pas la prise de parole, ce qui est dangereux c’est la frilosité et la peur de ceux qui pensent que c’est en cassant le thermomètre que la fièvre est guérie.. Le véritable risque ce n’est pas la lutte des classes c’est le décrochage des élites avec la base, ceux qui sont aussi, comme les chefs, au charbon.. En restant sur ses positions là, réductrices et frileuses, on se coupe d’une partie des forces vives de la nation.

 

Enfin, « L'armée n'a pas à se fier à ce qui sort partout dans les médias, sur des blogs ou à ce qui est écrit par n'importe quel groupe. Des personnes qualifiées sont chargées de réfléchir à ces problématiques. Les autorités politiques feront les choix. » Vous avez raison, mon général, des personnes qualifiés avaient pensé à la ligne Maginot en 1928, refusé les mitrailleuses en 1914.. Cantonné les chars dans une fonction d’appui d’artillerie, oublié par mesure d’économie le dégivrage des avions, plus récemment lors de la guerre du golfe, sous-estimé l’importance du renseignement.. En Afghanistan oublié l’importance des drones, alourdi le fantassins……Mais on s’en est toujours sorti.. Continuons à faire confiance aux spécialistes, surtout lorsqu’ils sont choisis en fonction de leur allégeance à l’idée qu’ils se font de leur propre importance. 



12/03/2013
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