ATHENA-DEFENSE

ATHENA-DEFENSE

Une fondation allemande porte-t-elle le nom d’un criminel de guerre ?

 

 

                                             

En février 2012, de nombreux invités et journalistes ainsi que des  représentants d’élus visitent le siège d’Euromil à l’occasion d’un séminaire.  Cette  organisation  a pour vocation  de promouvoir et de défendre, au niveau européen, les intérêts socio-professionnels des militaires de tous grades. Ce séminaire, comme de nombreux autres est organisé par Emmanuel Jacob  le président d’Euromil avec la  fondation  Karl-Theodor-Molinari (KTMS)  Cette fondation puissante et reconnue, est affiliée à l'armée allemande (Bundeswehr). Elle effectue des  recherches sur les forces militaires internationales et les questions de sécurité. tout en ayant une vocation éducative et civique au profit des jeunes allemands notamment.

 

 

 

 

 

 

 

 

La fondation Molinari (KTMS) qui représente à elle seule,  une force non négligeable de réflexion et d’action pour la formation des jeunes, des  citoyens et des soldats allemands, organise ou co-organise avec Euromil des séminaires portant sur les problèmes de citoyenneté et de défense. Nos  grandes écoles militaires peuvent d’ailleurs s’inspirer parfois des études menées par cet organisme.    

 

Les sujets abordés cette année sont d’ailleurs édifiants.  A titre non exhaustif : -  La Bundeswehr en Afghanistan - Tâches et scénarios futurs pour la restructuration des forces armées -  Quel rôle aura dans le futur la région Asie-pacifique ? –  Quel avenir pour les forces européennes futures ? – Action de l’éducation civique pour la politique de sécurité – Quelle serait la meilleure politique de retour à la vie civile pour les militaires à la retraite ?  etc..

 

Rien qui ne puisse générer une quelconque critique, à un bémol prêt, celui d’une grande réserve quant au nom que celle-ci porte.

 

La  fondation  Karl Theodor Molinari Stiftung (KTM)   porte, en effet le nom d’un personnage plus que controversé, et pour cela il convient de revenir sur des faits dont l’origine  remonte à l’année 1944.

 

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Nous sommes à la mi-juin 1944, dans les Ardennes françaises,  quelques jours après le débarquement allié. 

 

Un maquis, dénommé des Manises fort d’environ 250 hommes occupe les bois au- dessus de la petite ville de Revin. En forêt, sur le plateau des Malgré-Tout, qui domine le petit bourg, au lieu dit le Père des Chênes, le camp est en fait un groupement de  tentes en toile de parachutes, 25 tentes environ, qui abritent les commandant Prisme son nom clandestinité, le capitaine Chavanne, les lieutenants Pierre et Pultière, les sous-officiers et les hommes.

Des radios, des armes, fusils, fusils mitrailleurs, revolvers, munitions, des médicaments, des vivres et des vêtements chauds. Tout a été parachuté dans des containers cylindriques provenant de Grande Bretagne, pour équiper le maquis.  Chaque groupe de 10 hommes assure sa popote.  Ils font des coups de main, des sabotages.

Ces résistants  actifs,  sont commandés depuis la seconde quinzaine d’avril 44 par le commandant Prisme qui est en fait Jacques Pâris de la Bollardière. ( héros de Narwik et de Bir-hakeim, mais qui sera aussi celui qui s’opposera aux méthodes Massu en Algérie).

 

 

 

 

Le  « commandant Prisme » a été parachuté clandestinement le 12 avril 44 à Saint Souplet près Mourmelon. Il est accompagné du lieutenant américain Layton, dit Victor, chargé des questions d’armement, et de l’aspirant Gérard Brault, dit Pierre. Ce dernier, condamné à mort par les Allemands, était parvenu à s’évader et à gagner Londres, où il s’est porté volontaire pour faire partie de la mission Citronnelle. Il était spécialiste radio et avait été auparavant un des radios de Jean Moulin.

 

Citronnelle a pour objectif d’organiser et de fédérer les différents maquis dans les Ardennes.    C’est l'État-major Interallié et le BCRA (Bureau central de renseignement et d'action) qui dirige cette action d’importance depuis le deuxième trimestre 1943. L’objectif est de créer un maquis de 400 hommes environ capable de désorganiser par des actions ponctuelles et des sabotages sur les arrières des troupes allemandes.  

 

A l’origine,  c’est un groupe de patriotes, quelques habitants de la région qui  s’organisent pour créer des points de passage clandestin entre la France et la Belgique. En 1943 ce groupe de résistants, selon toute vraisemblance,   se regroupe autour de Leverd,   un capitaine des douanes pour « gérer » un terrain d’atterrissage pour des agents infiltrés.  Les premiers parachutages, agents, armes et matériels commencent dès le 23 septembre 1943.

 

En avril 1944, c’est donc une trentaine d’hommes soigneusement sélectionnés dont de nombreux douaniers. Début juin, de nouveaux cadres, officiers et sous-officiers, rejoignent le maquis qui compte

maintenant plus de cent volontaires vivant en forêt avec les problèmes de vie matérielle, sécurité, nourriture. Le maquis s’est installé au lieudit Les Hauts Buttés, près du ruisseau des Manises, entre la Petite Commune et la route de Ravin.

 

« Prisme » est relié à Londres par des liaisons radio autonomes et fiables. Il jouit d’une certaine autonomie et surtout d’un appui direct par parachutage.  La dénomination Citronnelle disparaît, et très vite le maquis portera le nom de maquis Prisme qui dispose de deux land drop. Le premier, appelé Bohémien, est situé près des Hauts Buttés. Il avait déjà été utilisé dès septembre 1943, pour une première opération au bénéfice de la résistance ardennaise. Le second est Astrologie, établi sur un plateau non loin de la Croix Scaille, près des vieux Moulins de Thilay.

 

En juin 1944 les évènements avec le débarquement de Normandie s’accélèrent, ce maquis est certes, composé de résistants aguerris et armés, mais de nombreux jeunes réfractaires au STO encouragés par la nouvelle du débarquement allié se sentent prêts à « résister » à leurs obligations et rejoignent le maquis.  Ils n’ont reçu aucune formation militaire ne sont pas armés pour la plupart et plutôt indisciplinés, ils  ne respectent pas les plus élémentaires consignes de sécurité. Depuis un certain temps, sur les hauteurs, les quelques 250 « résistants »  qui ont une vue imprenable sur Revin,  font du feu et s’abritent de la pluie sous des toiles de parachutes. Ils  se croient inaccessibles. dans une ambiance d’inconscience et d’euphorie, ils paradent même dans les rues de Revin, se retrouvent en famille, au vue et au nez de tous, probablement de la  gestapo, des délateurs et autres collabos. Un avion allemand a pourtant survolé les bois des hautes-buttes, sans être ignoré, il a repéré sans aucun doutes des voiles blanches, quant aux colonnes de fumée, elles se voient depuis la ville….

 

A la Kommandantur de Charleville, les services de renseignement n’ont pas grand mal à situer le maquis et probablement les principaux chefs. Depuis février 1943 la Kommandantur est commandé par le colonel Botho Grabowski, un Prussien qui a combattu en France en 14-18. Les Allemands combattent en Normandie, mais dans les Ardennes, région quasiment annexée, ils se sentent encore  en force. Il est facile de supposer que   pour les Allemands,  tolérer une  telle provocation est intolérable, et en en juin 44, ils ont encore des moyens largement suffisants pour rayer de la carte ces trublions. D’autant plus que tactiquement cela se conçoit, comment laisser s’installer une telle  capacité de harcèlement au cœur  de leur dispositif

 

Le 12 juin,  après probablement une préparation tactique préalable, le colonel Grabowski  ordonne l’intervention. Un groupement est constitué avec des blindés du 36° panzer regiment arrivé depuis peu  du front russe, et probablement  des waffen SS et autres combattants dont des Russes ou des Ukrainiens pro-nazis de l’armée Vlassov. 

 

La 1° compagnie de blindés est commandée par le major Karl Théodor Molinari,  c’est un jeune officier de 29 ans  dont la grande taille impressionne, il mesure plus de 1.95m,  il porte avec élégance son uniforme noir de tankiste.

 

Au maquis, un homme de liaison donne l’alerte, Revin depuis le matin est isolé, coupé de l’extérieur, les Allemands sont partout et lourdement armés. Des habitants sont arrêtés et interrogés avec des méthodes musclées. Les Allemands cherchent des renseignements.

 

Au camp on comprend assez rapidement qu’il va se passer quelque chose…. 

 

Le 12 juin en fin de journée, le combat commence, il est inégal et brutal, les allemands sont bien renseignés et  sont guidés par des « bonnes âmes » et cela tourne sans surprise et  très vite à l’avantage des allemands. 

 

A 23 h,  avec les plus aguerris, le commandant Prisme essaye de décrocher et de passer au travers de la nasse, il réussit et par petits groupes, ils  arrivent à s’exfiltrer et marchent vers Willerzie en Belgique. Le lieutenant Pultière arrêté à Pulhan est fusillé immédiatement.   Pour les moins expérimentés, les jeunes restés sur place dans la forêt, dans l’obscurité, perdus, probablement paniqués, sans réel encadrement, encerclés, c’est la reddition.

 

Dans la nuit du 12 au 13 et le 13, avant leur exécution,  les prisonniers, ceux qui n’ont pas été abattus sur-le-champ, sont interrogés dans des conditions épouvantables… 

 

 

Du côté allemand, et très vite,  Molinari avait annoncé à Grabowski la capture de la plupart des terroristes et la saisie de 5 tonnes de matériels, armes et munitions. Une compagnie est mise à sa disposition, celle du capitaine Arendt…

 

 

Devant l’église, 30 d’entre eux sont attachés avec des élingues de câbles et des cordes à parachutes, d’autres sont massacrés dans la forêt.  Mais selon certains témoins, des prisonniers sont rassemblés dans un jardin privé appartenant à M et Mme Deschamps, selon ces témoins,  un officier de grande  taille de tenue noire serait arrivé chez  eux, les prisonniers avaient les mains liés avec des fils de fer, il les a fait coucher sur le sol à plat ventre, en même temps il ordonnait fermement à ses soldats de les frapper avec les crosses des fusils. Il s’est mis à sauter à pieds joints sur les hommes entravés, et les soldats firent de même. Le grand officier en tenue noire est revenu trois fois, et sur ses ordres, les soldats continuèrent les sévices jusqu’à que ce soit de pauvres loques humaines.  Plus tard ils furent emmenés dans des camions pour rejoindre d’autres prisonniers.. Et pour en finir. Cinq par cinq ils sont abattus mitraillés dans le dos… Puis, ils sont sommairement enterrés au lieu-dit le bois des chênes, en pleine forêt. Le 21 juin, ils sont déterrés à la hâte et transportés dans un autre charnier à Linchamps.

 

 

Le 13 avril 1951, un procès a lieu à Metz, le major Molinari et le colonel  Grabowski sont condamnés à mort par contumace par le tribunal militaire français de Metz - après un court procès – Cette condamnation est en fait  pour l’époque, le seul moyen pour faire rechercher les intéressés par  la justice  française.  Quant au capitaine Arendt,   qui a commandé le peloton d’exécution,  il  a trouvé le mort  en 1945 lors de son retour sur le front de l’Est.

 

 Mais l’histoire ne se termine pas ainsi… 

 

A suivre...

 

 



22/03/2013
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