ATHENA-DEFENSE

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LA FRONTIÈRE ENTRE LA BIÉLORUSSIE ET LA POLOGNE, UNE ZONE DE CONFLIT EN DEVENIR ?

La frontière entre la Biélorussie et la Pologne, une zone de conflit en devenir ?

 
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Ces derniers jours, les relations entre la Pologne et la Biélorussie se sont tendues, en réponse à la présence de plusieurs centaines de mercenaires du groupe Wagner, contraints à un exil plus ou moins forcé (en Biélorussie), après leur tentative de rébellion contre le commandement militaire russe et le pouvoir poutinien.
 
Cérémonie pour la réception de HIMARS par l'armée polonaiseWOJCIECH OLKUSNIK/EAST NE/SIPA

Les hommes d'Evguéni Prigojine, selon Minsk, travailleraient désormais comme « instructeurs » pour les forces de défense territoriale biélorusses. Cela n’est pas pour rassurer la Pologne, qui dénonce en ce début du mois d’août une incursion d’hélicoptères biélorusses, en violation de la frontière polono-biélorusse dans la région de Białowieża.

Cette région, particulièrement difficile d’accès, que j’ai parcourue entre les années 1986 et 1989, alors que j’étais en poste à l’ambassade de France en Pologne, abrite l'une des dernières forêts primaires d'Europe sur les territoires polonais et biélorusse. Elle fut le lieu à la fois de massacres et de refuge des derniers juifs polonais, lors de la Seconde Guerre mondiale, après la dénonciation du pacte germano-soviétique.

 

Des massacres

Du 25 juillet au 1er août 1941, le Ordnungspolizei bataillon 322 brûle 34 villages et déporte 7.000 personnes, tuant ceux qui refusent de se déplacer, ainsi que tous les juifs. La région de Białowieża est ainsi l’un des premiers territoires occupés par le Reich à être déclaré Judenfrei (libéré des juifs).

Il n’est pas non plus inutile de rappeler l'assassinat de masse de Katyń par le NKVD au printemps 1940*, de plusieurs milliers de prisonniers polonais, essentiellement des officiers d'active et de réserve (dont des étudiants, des médecins, des ingénieurs, des enseignants, etc.), et de divers autres membres des élites polonaises, considérées comme hostiles à l’idéologie communiste.

 

La Pologne déchirée entre deux mondes

Ces épisodes ne sont que deux exemples de cette longue histoire compliquée et sanglante de la Pologne, y compris l’antisémitisme d’une partie des Polonais qui est un sujet à lui tout seul. La Pologne fut longtemps partagée entre les empires russe, autrichien et allemand de 1795 jusqu’en 1918, année où la Pologne recouvre son indépendance après les accords de Versailles. C’est pourquoi il est impossible de comprendre les réflexes sécuritaires de la Pologne et son hostilité envers la Russie, mais aussi envers l’Allemagne et au travers de celle-ci envers l’Europe, si on ne tient pas compte de cette histoire particulière.

La Pologne est déchirée entre deux mondes ; le monde slave orthodoxe et le monde germanique. Elle l’est encore aujourd’hui. Et son appétence pour les États-Unis obéit à la fois à une nécessité et à une relation très ancienne, qui trouve son origine dès la guerre d’indépendance des États-Unis. Des Polonais ont participé à cette guerre, dont le comte Kazimierz Pułaski, héros de la lutte pour la liberté de deux nations, polonaise et américaine. Pułaski est mort le 11 octobre 1779 à Savannah (États-Unis), lors du siège de cette ville. Il est considéré comme le « père de la cavalerie américaine ».

 

Nigdy więcej ! Plus jamais ça !

Les Polonais considèrent aussi que la France, tout comme la Grande-Bretagne, ont une responsabilité dans la débâcle de 1939 en étant restées l’arme au pied lors de l’invasion nazie de la Pologne, en 1939. Cette blessure est restée profonde. Elle fait partie de ces pays de l’Est qui ont une histoire particulière marquée par le joug soviétique jusqu’en 1989 et dont le besoin de sécurité ne se résume pas à des fantasmes, mais à des nécessités d’une autre nature. Ils continuent à ne pas vivre dans le même monde que nous et perpétuent des préoccupations différentes des nôtres. C’est tout autant vrai pour les pays Baltes, la Roumanie, la Hongrie et l’ex-Yougoslavie.

Les Polonais ont été les artisans de leur propre liberté dans les années 80, avec Solidarnosc, ils ont largement participé à la chute du monde soviétique. Ils considèrent avoir conquis leur indépendance dans la souffrance et les privations. J’en ai été le témoin entre 1986 et 1989**. La Pologne est désormais décidée à se défendre, sans confier à d’autres le soin de l’assumer à sa place, la seule alliance à laquelle elle croit est celle du grand frère d’au-delà l’Atlantique et de son bras armé en Europe, l’Otan.

Comprendre ce qu’ils ont vécu permet de mieux appréhender leur attitude envers l’Europe de l’Ouest, dont la France. C’est un pays qui ne se laissera pas envahir, quitte à aller au conflit.

Cela vas sans dire, mais encore mieux en le disant.

 

 

Roland Pietrini

POST SCRIPTUM DÉFENSE

 

 

*L’URSS a nié sa responsabilité dans le massacre dès qu’il a été révélé par les militaires allemands en 1943 ainsi que durant toute la guerre froide, en accusant l’Allemagne Nazie d’en être responsable. C’est seulement en 1990, que l'URSS a reconnu que ce massacre avait bien été ordonné par les responsables soviétiques et la police politique le NKVD.

 

**Je fus attaché près l’ambassade de France à Varsovie de 1986 à 1989.



04/08/2023
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