ATHENA-DEFENSE

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Iran-Etat-Unis: en exclusivité, une analyse israélienne

Alors que cette nuit, la riposte iranienne a visé deux bases américaines en Irak, Jacques Neriah a accepté, en totale exclusivité,  de me confier son analyse sur la mort de Qassem Soleimani, le commandant de la division el-Qods et ses conséquences. je l'en remercie amicalement. 

 

 

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Jacques Neriah

 

 

Jacques Neriah est un ancien officier du Renseignement militaire et du Mosssad. Il a été Attaché militaire en France, en Belgique et au Luxembourg, il a ensuite été le conseiller politique et diplomatique du Premier ministre Yitzhak RABIN. Le Dr. Neriah a publié de nombreux ouvrages sur le Moyen-Orient dans le cadre du Centre de Jérusalem pour les affaires publiques (entre autres, Le jour ou Sadate fut assassiné, Julia, L'ascension et la chute de Béchir Gemayel). Il est titulaire d'une Maîtrise en Études orientales et Docteur en Philosophie de l'Université de Tel-Aviv. 

 

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Qu'avons appris de nouveau avec la mort de Qassem Soleimani, le commandant de la division el-Qods ( Jerusalem en Arabe et en Farsi ) des Gardiens de la Révolution iraniens chargée d'exporter la révolution islamique chiite au Moyen orient et dans l'Asie du Sud-est?. Plusieurs choses :

 

1. alors que pendant ses dernières années l'Iran niait son implication directe dans les divers conflits moyen-orientaux, le secrétaire général du Hezbollah ( libanais de langue mais iranien de par son allégeance et fondation) vient dans son eulogie de révéler ce qui était connu par tous les services de renseignement mais que beaucoup de politiciens européens avaient choisi d'ignorer: Qassem Soleimani était le cerveau expansionniste de l'Iran, le stratège qui avait énoncé, formule et mis en place la politique de contournement et d'encerclement d'Israël au Nord , au Nord-est et au Sud dans la bande de Gaza par l'intermédiaire d'une armada de missiles qui le temps venu devaient s'abattre sur tous les centres vitaux de l'état hébreu. Hassan Nasrallah a souligné le rôle multiple de Soleimani en Syrie, en Iraq, au Yémen et en Afghanistan a qui l'Iran lui est redevable pour avoir faciliter son incursion dans un théâtre d'opérations qui lui était étranger jusqu'au début de la guerre civile en Syrie. Soleimani est l'architecte de la puissance militaire du Hezbollah libanais. Pendant ces cinq dernières années il s'est oppose aux efforts d'Israël qui visent a empêcher l'établissement de forces pro-iraniennes prés de ses frontières et en conséquence a conduit plus de 500 raids aériens sur ses convois qui acheminaient des missiles de courte, moyenne et longue portée au Hezbollah au Liban. A l'insu d'Israël, il réussit même a faire passer entre les maillons du filet israélien quelques missiles de haute précision capables de toucher les points les plus sensibles et névralgiques en Israël. Ayant consolide le déploiement des unités de la légion étrangère chiite a ses ordres en Syrie et face au Golan Israélien, Soleimani n'hésite plus même a initier des opérations militaires qui visent l'intérieur du territoire Israélien ce a quoi Israël riposte avec vigueur et envergure au prix de toucher des éléments des gardes de la révolution iraniens sur les sites cibles. C'est donc en pleine confrontation avec Israël que Soleimani est éliminé par les Etats Unis a Baghdad, juste après avoir tenu une  entrevue avec Hassan Nasrallah à Beyrouth.

 

2. Soleimani représentait la façade de l'Iran. Il était le vrai ministre des affaires étrangères sur qui comptait le "Guide Suprême" Khamenai qui le considérait selon les rumeurs comme son fils adoptif  alors que Zarif , l'éduqué gradué des universités américaine et dont la bonhomie joviale était la marionnette exposée face a L'Europe, la Chine et le Japon et servait pour exprimer l'injustice subie par les Etats Unis sous l'administration Trump, un Iran modéré toujours prêt a négocier et soumis sans aucune raison véritable a un régime de sanctions immérité.

 

3. Engagé dans les gardiens de la Révolution, il se distingue durant la guerre Iran-Iraq et juste après il est nommé au poste prestigieux de commandant de la Division El-Qods qui deviendra sous sa coupe le bras opérationnel de l'Iran a l'étranger. Doué de qualités exceptionnelles, il sait tracer une stratégie pour chaque théâtre opérationnel. C'est lui qui est le trait d'union entre les différentes entités géographiques au Liban, en Syrie, en Irak et au Yemen, toutes liées par le même réseau a l'Iran. Il est derrière les efforts du Hezbollah libanais dans sa stratégie de contrôler le régime sectaire au Liban qui a discrimine les chiites depuis son indépendance ( ou il réussit a paralyser le pays et ou tout se décide qu'après approbation de Nasrallah téléguidé par Téhéran ); Soleimani est le principal artisan de l'intervention russe en Syrie ou ses mercenaires libanais, afghans, pakistanais et irakiens parviennent a sauver le régime de Bashar Assad; il coordonne les unités irakiennes créés par l'Iran dans le cadre des unités de la mobilisation populaire qui comptent plus de 130000 combattants dans le combat de la coalition américaine contre Daesh et par la même occasion réussit le tour de force d'armer ses unités avec un armement américain sophistique et de les intégrer totalement au sein des forces armées irakiennes sans pour autant qu'elles perdent leur allégeance au Guide Suprême Iranien.

 

4. A cela s'ajoute une tâche de taille. Comment forcer les américains a revenir sur leurs décision d'imposer des sanctions mordantes contre l'Iran par l'administration Trump qui compte par ce moyen obliger l'Iran a renégocier l'accord nucléaire de 2015 ?

En effet, les Iraniens ne comprennent pas ni la politique zigzagante ni le comportement du président américain. Celui-ci déclare un jour vouloir retirer ses troupes du Moyen Orient et du jour au lendemain se retire des territoires kurdes aux frontières avec la Turquie, livrant les Kurdes autochtones à leur sort face a une Turquie hostile. Mais le lendemain il envoie des milliers de soldats en Arabie Saoudite.

 

Il parle de ripostes sévères mais de fait pendant ces six derniers mois, Trump ne répond pas aux provocations iraniennes dont Soleimani est l'initiateur et l'instigateur: L'Arabie Saoudite subit une attaque de missiles de croisières qui paralysent sa production de pétrole, un super drone américain est abattu par les iraniens, des tankers sont attaqués prés du détroit d'Hormuz et les américains ne bougent pas tout en fronçant les sourcils . C'est finalement la crise politique en Irak qui va opposer Trump a l'Iran. En effet, La guerre avec Daesh terminée (temporairement) Soleimani se tourne pour la conquête du pouvoir en Iraq , calquant le modèle libanais. Mais différemment du Liban il a en Iraq une majorité Chiite qui coopère avec lui. Seulement c'était compter sur l'inertie des sunnites en Iraq et au Liban ou la présence iranienne est dorénavant qualifiée d'occupation.

Soleimani croit comprendre que les américains sont derrière les manifestations anti iraniennes au Liban et en Iraq et c'est en fait le principal sujet qui l'occupe ces derniers jours et sur lequel il passe une grande partie de son temps. Soleimani n'hésitera pas à employer les grands moyens. Depuis quelques mois déjà l'ambassade américaine ainsi que d'autres cibles sont attaquées au mortier et par missile sans riposte des américains. Il faudra une dernière attaque perpétrée par une des milices pro-iraniennes (le Hezbollah Irak) et la mort d'un américain pour provoquer le déchaînement américain. 54 combattants sont tués par l'aviation américaine ouvrant le cycle de confrontation dans lequel les milices pro-iraniennes attaquent l'ambassade américaine à Baghdad et essaient de la mettre en feu. Le sceptre de la prise de l'ambassade de Téhéran en 1979 revient à tous les esprits. Trump doit réagir et il choisit le responsable derrière les dernières actions contre les cibles américaines en Irak :  Qassem Soleimani.

 

Il n'y a aucun doute que Soleimani fera partie des personnages légendaires chiites et sera révéré en tant que tel. La question qui se pose a présent est la suivante : est-ce que son successeur qui l'a accompagné depuis ces 20 dernières années sera a la hauteur du rôle attendu par le commandant de la Division el Qods et par conséquent le stratège que fut Soleimani?

 

Napoléon avait dit que les cimetières sont pleins de personnes qui se croyaient irremplaçables. En effet, Soleimani est le fruit de la révolution iranienne et sans aucun doute son successeur ne tergiversera pas. Il sera le fidèle apôtre de son chef et portera donc le même message.

 

Une chose est certaine : l'élimination de Qassem Soleimani est un défi de taille a la République Islamique. Sa conséquence pèsera lourd sur les événements à venir.

Le Moyen -Orient que nous connaissons risque une nouvelle fois de basculer dans l'incertitude et dans le déstabilisation des régimes. L'enjeu pour l'Iran qui revendique être une puissance régionale et pour les Etats-Unis, superpuissance mondiale, est de taille.

C'est pour cette raison que le bruit de bottes qui se fait entendre ressemble bien a un bruit de bottes et ne présage rien de bon pour tous les acteurs régionaux.

 

 

Jacques Meriah

 

 

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08/01/2020
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