ATHENA-DEFENSE

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Interview de Vladimir Poutine par Athéna Défense - 3° partie

 

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La première partie est , la seconde ici.

 

Troisième et dernière partie.

 

VP- Vous posez deux questions sensiblement différentes dans la même et je note que l’on parle de propagande et d’intoxication lorsqu’il s’agit, pour la Russie, de rétablir un certain équilibre dans la relation de faits alors que vous parlez d’information lorsque votre presse relaie des mensonges.

J’avais lors de mon discours du  24 octobre 2014 au club Valdaï à Sotchi, discours très peu relayé en occident, souligné le fait que les changements dans l’ordre mondial étaient en général accompagnés par des chaines de conflits locaux intenses et que deuxièmement, la politique mondiale est avant tout une question de leadership économique, de guerre et de paix avec une dimension incluant les droits de l’homme.

Je n’ai pas changé d’avis.

J’indiquais aussi qu’un grand nombre des mécanismes actuels visant à assurer l’ordre mondial ont été créés il y a très longtemps, y compris et surtout dans la période suivant immédiatement la Seconde Guerre mondiale. Permettez-moi de souligner que la solidité du système créé à l’époque reposait non seulement sur l’équilibre des forces et les droits des pays vainqueurs, mais aussi sur le fait que les « pères fondateurs » de ce système se respectaient mutuellement, n’essayaient pas de mettre la pression sur les autres, mais tentaient de parvenir à des accords. 

Les États-Unis, s’étant eux-mêmes déclarés vainqueurs de la Guerre Froide, n’en voyaient pas le besoin. Au lieu d’établir un nouvel équilibre des forces, essentiel pour maintenir l’ordre et la stabilité, ils ont pris des mesures qui ont jeté le système dans un déséquilibre marqué et profond. L’OTAN qui ne se justifiait plus après la chute de l’URSS est devenue essentiellement une arme antirusse et si la Guerre Froide a pris fin, elle n’a pas pris fin avec la signature d’un traité de paix comprenant des accords clairs et transparents sur le respect des règles existantes ou la création d’un nouvel ensemble de règles et de normes.

 

(Il sembla réfléchir un instant, comme pour bien peser ses propos…)

 

Cela a créé l’impression que les soi-disant « vainqueurs » de la Guerre Froide avaient décidé de forcer les événements et de remodeler le monde afin de satisfaire leurs propres besoins et intérêts. Lorsque le système actuel des relations internationales, le droit international et les freins et contrepoids en place faisaient obstacle à ces objectifs, ce système était déclaré sans valeur, obsolète et nécessitant une démolition immédiate.

Pardonnez l’analogie, mais c’est la façon dont les nouveaux riches se comportent quand ils se retrouvent tout à coup avec une grande fortune, dans ce cas sous la forme d’un leadership et d’une domination mondiale, au lieu de gérer leur patrimoine intelligemment, pour leur propre bénéfice. Aussi bien sûr, je pense qu’ils ont commis beaucoup de folies.

 

(Je me souvenais du discours de Sotchi, c’était presque mot pour mot ce qu’il avait déclaré à l’époque. Il poursuivit.)

 

Les mesures prises contre ceux qui refusent de se soumettre sont bien connues et ont été essayées et testées de nombreuses fois. Elles comprennent l’usage de la force, la pression économique et la propagande, l’ingérence dans les affaires intérieures et les appels à une sorte de légitimité supra-légales lorsqu’ils ont besoin de justifier une intervention illégale dans tel ou tel conflit ou de renverser des régimes qui dérangent. Vous accusez la Russie d’utiliser ces armes, alors que vous êtes les premiers à les utiliser, comme si elles étaient légitimes de votre part et illégitimes de notre part.  La position exceptionnelle des États-Unis et la façon dont ils mènent leur leadership est vraiment une bénédiction pour nous tous et que leur ingérence dans les événements du monde entier apporte la paix, la prospérité, le progrès, la croissance et la démocratie, et nous devrions peut-être seulement nous détendre et profiter de tout cela ? Permettez-moi de dire que ce n’est pas le cas, absolument pas le cas.

 

RP- Vous voulez dire que les erreurs viendraient uniquement de l’occident ?

 

VP- Je veux dire qu’un diktat unilatéral et le fait d’imposer ses propres modèles aux autres produisent le résultat inverse. Au lieu de régler les conflits, cela conduit à leur escalade ; à la place d’États souverains et stables, nous voyons la propagation croissante du chaos ; et à la place de la démocratie, il y a un soutien pour des mouvements qui vont des néo-fascistes avoués aux islamistes radicaux.

 

RP- En disant cela, pensez-vous à l’Ukraine pour les premiers et à l’Afghanistan pour les seconds ?

 

VP- Vous pensez juste et d’ailleurs, ils ont jadis parrainé des mouvements islamistes extrémistes pour combattre l’Union soviétique. Ces groupes se sont formés au combat et aguerris en Afghanistan et ont plus tard donné naissance aux Talibans et à Al-Qaïda. L’Occident les a sinon soutenus, du moins a fermé les yeux sur cela, et je dirais a fourni des informations et un soutien politique et financier à l’invasion de la Russie et des pays de la région d’Asie centrale par les terroristes internationaux, nous ne l’avons pas oublié. C’est seulement après que des attaques terroristes horribles aient été commises sur le sol américain lui-même que les États-Unis ont pris conscience de la menace collective du terrorisme. Permettez-moi de vous rappeler que nous avons été le premier pays à soutenir le peuple américain à l’époque, le premier à réagir comme des amis et partenaires après la terrible tragédie du 11 Septembre. Vous avez subi en France des attentats aussi ignobles et vous êtes aujourd’hui, en tout cas en Europe, leur cible privilégiée.  

 

RP- Nous nous éloignons sensiblement de ma question, pouvons-nous y revenir ?  Je vais donc la reformuler, ce constat ne vous amène-il pas à vous immiscer de plus en plus dans les politiques menées en occident afin de les faire coïncider avec vos intérêts ? Et la France est en Europe la seule nation qui plaide pour un rééquilibrage des relations est-ouest, que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?

 

VP- Je n’ai pas terminé… La prochaine menace évidente est l’escalade plus avant de conflits ethniques, religieux et sociaux. De tels conflits sont dangereux non seulement en tant que tels, mais aussi parce qu’ils créent des zones d’anarchie, d’absence totale de lois et de chaos autour d’eux, des lieux qui sont commodes pour les terroristes et les criminels et où la piraterie, le trafic d’êtres humains et le trafic de drogues sont florissants. Par ailleurs au sein même de votre système, vous avez un problème, la Turquie est pour vous un problème, dans ce contexte …

 

 

RPMonsieur le Président, pardonnez-moi de vous interrompre, mais la Turquie est aussi un problème pour vous…

 

VP- Dans ce contexte… la Turquie est membre de l’OTAN elle fut considérée comme un rempart contre l’URSS, puis un rempart contre notre supposée menace sur les pourtours de la mer Noire, vous avez donc un problème interne au sein de l’OTAN, nous ne l’avons pas. Nous menons une politique indépendante ce que vous n’êtes plus en mesure de mener et les efforts du président Macron pour aider la Grèce qui se sent menacée par la Turquie ont leurs limites. Vous êtes en contradiction permanente, mais ce n’est pas entièrement votre faute. Je n’échapperais pas à votre question, en Libye nous considérons le général Haftar comme légitime, alors qu’Ankara épaule Fayez al-Sarraj. Vous avez pour votre part une position ambigüe, vous reconnaissez la légitimité du gouvernement de Tripoli , mais dans les faits, vous agissez pour que Khalifa Haftar ne soit pas hors-jeu… Mais nous ne pouvons traiter ce problème complexe uniquement dans le cadre de cet interview.

 

VP- Je vais répondre à vos deux dernières questions et nous en terminerons. Je réfute les accusations d’ingérence que l’on nous prête. Ces accusations montrent que notre voix compte sur le plan international, on ne peut plus ignorer notre point de vue et d’ailleurs de plus en plus on fait appel à nous pour régler certains conflits. En ce qui concerne la France et la Russie, nous avons une longue histoire commune et nous avons été plus souvent alliés qu’adversaires, il ne manque que vous et votre volonté pour se rapprocher d’une pays libre comme le nôtre qui a toujours considéré la France comme une nation essentielle, mais la France pour paraphraser le général de Gaulle « la France est forte quand elle se tient unie », je rajouterais que la France est forte lorsqu’elle est souveraine, aujourd’hui je ne sais pas lorsque la France par la voix de votre Président s’exprime, si il parle au nom de la France, de l’Otan ou de l’Europe. La Russie et la France méritent mieux que de simples paroles, il y faudrait des actes, je crains que cela ne soit trop tard, tout en souhaitant que les événements à venir ne vous poussent à accélérer la révision de certains de vos choix. Mais nous devons tous être raisonnablement optimistes. Je le suis tout en étant vigilant. Je ferais passer les intérêts de la Russie avant tous les autres, il s’agit là de ma politique, elle survivra après mon départ qui n’est pas encore d’actualité.  Je pense que nous avons largement débordé du temps prévu, je vous souhaite un bon retour en France. 

 

  

RP- Monsieur le président Poutine, je vous remercie infiniment de l’attention que vous avez bien voulu m’accorder, j’avais de nombreuses autres questions à vous poser, et puisque moi aussi je suis raisonnablement optimiste j’ose espérer un autre rendez-vous…

 

 

Il se leva et je fis de même, il s’approcha de moi et me fit un signe de tête très appuyé que je lui rendis, puis il se dirigea vers une porte dérobée que je n’avais pas repérée. Je restai seul dans la pièce un court instant, un de ses collaborateurs, je suppose,  en civil entra et s’adressa à moi dans un français impeccable pour me demander si  j’avais visité l’extérieur du Kremlin et que je pouvais profiter si le souhaitais d’assister à la relève de la garde à cheval d’une des fenêtres donnant sur la grande place d’arme. J’avais une vue sur la Tsar Kolokol (Царь–колокол), une vue magnifique sur cette cloche, ce maître-bourdon en bronze devant lequel les touristes aiment poser.  

Je dois dire que je ne n’arrivais pas à profiter du spectacle...

Il était midi, nous étions en juin, le printemps explosait ses parfums.

 

Je fus raccompagné hors du Kremlin par deux gardes toujours aussi muets et je regagnais à pied l’Hôtel Metropol au 2 Teatralny Proezd. J’ai déjeuné et en fin d’après-midi j’ai rejoint l’aéroport Alexandre Pouchkine de Moscou-Cheremetievo.

 

 

Je me suis promis de revenir.

 

Roland Pietrini

 

 

Pour ceux qui auraient des doutes sur la réalité de cet interview, il faut conserver en mémoire que la fiction est parfois plus réelle que ne l’est la manipulation forcenée des réalités.       

 

 



28/11/2020
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