ATHENA-DEFENSE

ATHENA-DEFENSE

Une fondation allemande porte-t-elle le nom d’un criminel de guerre ? 2° partie

 

.... Suite de la première partie

 

 

En 1952 un certain Karl Theodor Molinari  exploite en toute impunité, une scierie dans l’Eiffel, une région allemande, puis il se fait élire sur une liste des chrétiens démocrates, un parti politique allemand. En 1952  il est nommé chef du parti CDU de la région et  « sous-préfet »  du canton de Shleiden. En janvier 1956 la Bundeswher en cours de création a besoin d’officiers,  il reprend du service, ( il est né en 1915, il a donc 41 ans )

 

L’enquête de  sécurité de la Bundeswher, concluera en 1957, que Karl- Theodor Molinari ne figure sur aucune liste de criminels de guerre.  Il peut donc continuer une carrière.. Et cette carrière est brillante.  Ainsi, le lieutenant-colonel Molinari, Officier de la Werhmacht en 1945 deviendra en 1969 général de la Bundeswher. De 1956 à 1960, il d’ailleurs venu en France à plusieurs reprises, à la tête de délégations militaires allemandes, il va en pèlerinage à Lourdes, il participe à la réalisation du char allemand Léopard. A aucun moment on ne lui pose des questions sur son passé.

 

En 1960, alors qu’il est colonel, il commande la 14° brigade blindée de Coblence, cet officier qui mesure 1.96 m reçoit Willy Brandt. Puis il est promu général et côtoie les généraux français lors  des manœuvres. Puis il est nommé à Mayence gouverneur militaire de la IV° région… En juin 1963 il est président de l’association de la Bundeswher, général de division, commandant de la 7° division de panzers..  Elle deviendra la fondation K-T-M-S.   ( Karl Theodor Molinari Stiftung)

 

Mais en 1969, par un curieux hasard, Marcel Noiret ancien partisan, secrétaire de la mairie de Vivier-au-Court, communiste, se rend à en RDA pour sceller un jumelage avec une commune de RDA, la commune de  Tambach-Dietach en Thuringe. La France, à l’époque,  ne reconnaît pas encore la RDA, mais les sympathisants communistes sont encore nombreux et sont actifs. Noiret a  crée en 1964 la section ardennaise des échanges Franco-allemands, en fait dans l’esprit de certains communistes, la RDA reste un modèle, sinon de démocratie au moins de socialisme.. 

 

Pourtant, un an après l’intervention du pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie, des questions commencent à se poser pour les militants, les avis sont partagés, mais les convaincus restent convaincus.. La foi du charbonnier ?   Peu importe, les hôtes Est-allemands essaient d’appuyer leurs arguments en tapant sur la RFA et le danger qu’elle représente pour la paix. Parmi les noms cités des « activistes revanchards » Ouest allemand figure en bonne place le général Karl Theodor Molinari…

 

Ce Molinari, la Stasi le connaît, il figure dans le livre brun édité en 1965 qui répertorie les criminels de guerre nazis ancien cadre du troisième Reich ayant repris du service en RFA.. La propagande est évidemment sous jacente.  MAIS !  Le nom correspond et aussi le numéro du régiment dans lequel le major a servi en 44, quant à son affectation de 1969 dans la Bundeswher, elle est connue, il est à Unna près de Dortmund. ..

 

Marcel Noiret rentré dans les Ardennes se saisit de cette information pour que justice soit faite. Il crée un comité d’anciens résistants,  remue la presse locale, les élus, diverses instances… La prudence est de mise dans la mesure où les sources d’informations proviennent de RDA …

 

Qu’à cela ne tiennent, les faits sont troublants, des lettres sont envoyées au plus niveau y compris à Georges Pompidou qui est devenu Président de la république.

 

Le 1° octobre 1969, le général Molinari devient chef de la région de militaire de Mayence soit un quart de la RFA. ..  Pour la cérémonie une délégation militaire française est présente et rend les honneurs.

 

Simultanément l’affaire commence à être connu en Allemagne, Les VVN ( victimes du Nazisme ) et le DKP ( parti communiste Ouest allemand) demande l’ouverture d’une enquête officielle.

 

Des journaux et pas des moindres s’emparent du sujet  (der Spiegel) Des journalistes se déplacent font leur enquête.. Et certains éléments commencent à apparaître..

 

Le major Molinari est bien passé par  les Ardennes en juin 1944,  il  repart sur le front de l’EST en juillet 44, et se fait remarquer par son aptitude au combat.  Il reçoit la croix de fer le 15 novembre 1944. Est-ce le même homme qui atteint le sommet d’une telle carrière brillante ? le général Karl Theodor Molinari qui mesure 1.96m est-il le major Karl Theodor Molinari qui sautait à pieds joints sur le ventre  des suppliciés âgés de 18 ans dans un jardin de maison le 12 juin 1944 ?

 

L’enquête doucement, lentement commence, le parquet de Ham, demande à la France communication du dossier du procès de Metz et les témoignages (plus de cinquante) concernant l’affaire du maquis des Manises … A Ludwisburg, parmi les 500000 fiches répertoriant les crimes nazis, il en figure une au nom de Molinari.  Cela était connu mais le procureur Rückerl expliquera que le signalement n’avait pas été fait lors de l’enquête de sécurité… Il s’excuse,  « L’exécution de partisans étant considérée comme un usage normal de la guerre » …

 

 

 

 

 

 

Molinari décide alors  de s’expliquer, il reconnaît sa participation à la capture des jeunes ardennais, affirme que c’est Grabowski – chef de la Kommandatur,  qui  lui a demandé des hommes pour les surveiller ( la compagnie Arendt) et pour les … transporter dans un camp. IL n’aurait selon ses dires appris l’exécution que 27h plus tard.. Ses lieutenants qui l’avaient chargé, ( ils faisaient partis des témoins) expliquent une erreur de traduction. Molinari était ailleurs… Pourtant sa haute taille a été remarquée par des témoins fiables, pourtant l’ordre N° 46 d’Hitler ordonnant l’exécution des « terroristes » était un ordre qui ne pouvait se discuter..  Qui l’a donc fait exécuté ? Et Molinari  par son aveu démontre que le grand homme en noir ne peut être un autre…  Ainsi le commandant de compagnie blindée aurait été absent du combat ordonné par son supérieur ? Qui peut le croire ?

 

En France, on commence dans les milieux officiels à bouger un peu.. Le secrétaire d’Etat Lipowski aux affaires étrangère avoue avoir été informé par lettre ( perdue puis retrouvée et reçue depuis 3 mois) que le général Molinari est bien celui qui a été condamné par contumace en 51 par le tribunal militaire de Metz… 

 

Mais l’affaire prend une tournure intra-allemande sur fond de propagande orchestrée par la RDA et… de guerre froide. D’un côté les associations ouest-allemandes des victimes de la barbarie nazie, de l’autre un Etat, la RFA,  qui ne sait trop comment gérer un tel problème..  Une presse se déchaîne contre « l’action subversive de la RDA visant à diviser les alliés de l’OTAN contre les complices communistes en France et en RFA »…

 

C’est dans cette ambiance que Molinari participe début 1970 au congrès de la CDU en présence de Helmut Kohl. En juillet 1970, l’enquête sur le passé de Molinari  est arrêtée..  Une disposition du traité de Londres de 1954, interdit à la justice allemande de relancer une enquête sur une affaire déjà jugée en France.. Cette disposition  est censée éviter des  révisions de procès en Allemagne, la Justice allemande a pour réputation d’être plus clémente envers ses criminels de guerre…  La Justice tue parfois la justice..

 

Le procureur allemand Heimeshoff  en annonçant sa décision d’arrêt de l’enquête,  charge Gabowski, c’est commode, il est mort et   considère qu’aucune charge est à  retenir contre Molinari.. 

Des mauvaises langues disent qu’à Dormund, Heimeshoff avait servi la justice du III Reich et qu’il aurait des liens étroits avec l’association de la Bundeswher dirigée par Molinari.

 

Cette décision choque de nombreux allemands y compris des soldats qui refusent de servir sous les ordres de Molinari. (CDU) .  Cependant le Général Molinari demande sa mise à la retraite anticipée. La démission est acceptée. Un Helmut a remplacé entre temps un autre Helmut,  Schmidt  (SPD) a remplacé Kohl (CDU).  Les adieux officiels se font le 29 septembre 1970 devant un parterre prestigieux, dont Helmut Kohl (du CDU)  qui dénonce « la campagne ciblée » lancée contre lui.  De là a penser que l’un protège l’autre ?

 

En France deux députés, un communiste et un UDR, interviennent à nouveau sur le sujet. En RDA un film de 20 minutes sort sur le cas Molinari.. L’association portant son nom, est quant à elle, bien vivante et active, la K-T-M-S.   

 

Molinari Karl Helmut, né le 7 février 1915 est décédé le 11 décembre  1993. Son  nom restera toujours entaché d’un doute, celui de son implication directe dans l’exécution de 105 jeunes gamins du maquis des Manises et de sa participation aux tortures inutiles qui ont précédé l’exécution.

 

Sur le plan de l’éthique et du  simple devoir de respect des victimes, alors  que Le traité de l'Elysée, était signé il y a cinquante ans, le 22 janvier 1963, entre le Général de Gaulle   et le chancelier Adenauer,   est-il réellement nécessaire qu’une fondation porte encore  un nom entaché de fortes suspicion quant à sa participation à un crime de guerre ? Même si ce nom est celui de son fondateur.  C’est bien là tout le paradoxe de cette histoire...  Le pardon n’empêche ni le souvenir ni la souffrance de ceux qui,  une nuit et un matin de juin 1944 furent bestialement exécutés sous une pluie de printemps..  L’amitié franco-allemande dicte une conduite, celle de respecter le devoir de mémoire.  

 

 

 

 

Epilogue :

 

Madame DESCHAMPS l’un des principaux témoins des sévices subies par les prisonniers déclarait

«  Le grand officier en noir s’acharnait particulièrement sur les maquisards »

 

Mais cette affaire, qui est un épisode dramatique parmi d’autres, pose cependant de nombreuses questions.. Ces questions concernent à la fois les principaux acteurs mais aussi les relations franco-allemandes. Je laisse à d’autres le soin de réfléchir sur la dimension politique de cette affaire.

 

 

Comme on ne prête qu’aux riches, Molinarin selon certains aurait fait partie de l’Abwher ( services secrets de Reich) et aurait été « protégé » par les Britanniques.

Il n’en reste pas moins que  le général Molinari a pu échapper à la justice ? Les deux justices, française et allemande

Comment expliquer la mollesse des autorités françaises ?

Quel rôle a joué réellement la RDA dans cette affaire sur fond de guerre froide ?

Pourquoi y-a-il eu une certaine connivence entre la CDU et Molinari ?

Molinari était-il un sujet de propagande anti-nazi ?

 

D’autres questions sont soulevées par le dossier et concerne plus particulièrement l’histoire si particulière de la résistance.

Le maquis des Manises était-il utile ?

Fallait-il accueillir les réfractaires du STO ?

Y-a-t-il eu trahison ?

 

- Le Général Jacques Pâris de  Bollardière s’est-il expliqué totalement sur cet épisode dramatique ?  Jacques Pâris de Bollardière est le seul officier supérieur à avoir ouvertement condamné la pratique de la torture pendant la guerre d’Algérie : En mars 1957, au nom de ses convictions, il refusa de participer à la nouvelle stratégie mise en place par le général Massu qui, au nom de l’“efficacité”, intégrait des méthodes de torture. Cela lui valut deux mois de forteresse. Il est aussi l'un des Français les plus décorés de la Seconde Guerre mondiale: grand officier de la Légion d'honneur, compagnon de la Libération, deux fois décoré du Distinguished Service Order (DSO ). Il deviendra un apôtre de la non-violence. Décédé  le 22 février 1986. Il se dira profondément marqué par le maquis des Manises il déclarera plus tard : « La guerre n’est qu’une dangereuse maladie d’une humanité infantile qui cherche douloureusement sa voie. La torture, ce dialogue dans l’horreur, n’est que l’envers affreux de la communication fraternelle. Elle dégrade celui qui l’inflige plus encore que celui qui la subit. Céder à la violence et à la torture, c’est, par impuissance à croire en l’homme, renoncer à construire un monde plus humain. »

 

Le général karl Theodor Molinari est entré au service des de la Bundeswehr en 1956.  

Le major Karl Theodor Molinari participe 13 Juin 1944,  à l’exécution de 106 résistants français.   105 plus le lieutenant Pultière exécuté lors de son arrestation au cours de sa tentative d’expliltration.

Lorsque la guerre prend fin le Molinari est lieutenant-colonel de la Wehrmacht. Il est décoré de la  Croix de fer II° et I° classe, de la croix de chavalier de la croix de fer. Il commande le premier bataillon du 36° Panzer en 1944..

 

Après la guerre, il dirige une scierie dans l'Eifel, et  entre au parti CDU – Il sera président du district et administrateur de district de Schleiden. 

Le 13 Avril 1951 il est condamné à mort par contumace par un tribunal militaire français à Metz 

Il est le président fondateur de l'Association des Forces armées, qu'il dirige jusqu'en 1963.

Et qui porte aujourd’hui son nom.

 

Le major Molinari est cité dans le « livre Brun »  qui répertorie les criminels de guerre nazis ayant des postes importants.

 

De 1961 à 1963, il commande la 34°brigade blindée . 

En  Juillet 1963, il est affecté au ministère de la défense à Bonn

De  1966 à 1969, il commande la 7°DB à UNNA.

Puis couronnement de sa carrière, il commande de la IV région militaire de Coblence

Il démissionne et prend sa retraite en Décembre 1970 en tant que major général de la Bundeswher.

Il décède le 11 décembre 1993.

 

 

  

 

Sources :

 

Der Spiegel 13/10/69 –

Manises 1944,  que sont devenus les bourreaux ? Terres Ardennaises N°42 mars 1993

Journal l’Union du 23 mars 1978 – 4 octobre 1971

Journal l’Ardennais du 9 octobre 1944 – 3 novembre 1944

Le Monde du 31 mai 2004 article Gérard Davet

Archives de l’Assemblée nationale JO du 20 décembre 1969 – réponses aux questions écrites

Source sur Citronelle de André Patureaux Alias Charlot au maquis- Matricule n° 21 BCRA (Bureau central de Recherche et d’Action) 5 515/Civil dirigé par le colonel Passy

 



23/03/2013
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