ATHENA-DEFENSE

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Une LPM à Hauteur d'homme, mais à l'horizon 2030 (si tout va bien)

 

Une LPM à hauteur d’homme, mais à l’horizon 2030. armée française.jpg

 Si tout va bien

 

 

 

 

A y regarder de plus près, après avoir lu les 49 pages du projet de loi  et les 65 pages du rapport annexé (1), la future loi de programmation 2019-2025 apparaît comme une projection sur  l’avenir des Armées à l’horizon 2030. D’ici là,  de l’eau aura coulé sous les ponts et j’aurai atteint un âge respectable, n’y voyez aucunement une cause à l’effet ou l’inverse, je suis bien trop modeste pour penser cela.

 

En effet, un modèle d’armée à hauteur d’homme,  ce qui veut dire à hauteur de nos ambitions,  au moins pour la période 2019 -2025, mais surtout pour la période 2019 – 2021.  Au-delà, une révision est déjà programmée.  

 

Il ne vous aura pas échappé qu’une élection présidentielle s’annonce pour 2022 et que les promesses n’engageant que ceux qui les écoutent. Le président Macron  reporte pour  lui-même ou pour son successeur, les engagements qui en découlent. Car cela est inscrit en toute lettre, je cite : «  la LPM 2019-2025 programme des besoins à hauteur de 295 milliards d’euros, couverts de manière ferme jusqu’en 2023. Cela portera alors l’effort de défense à 1,91 % du PIB contre 1,78 % en 2017. Les ressources pour les années 2024 et 2025 seront précisées lors d’une actualisation prévue en 2021, prenant en compte la situation macroéconomique à cette date, dans l’objectif de porter l’effort national de défense à 2 % du PIB en 2025. »

  

Les 2% sont donc,  sans surprise,  un objectif à atteindre, objectif qui pourrait être remis en cause, en raison de la situation macroéconomique à cette date. Etant d’un caractère curieux, j’ai ouvert mon dictionnaire, afin de vérifier si j’avais bien compris de quoi il s’agissait. Il s’agit bien de ce que je subodorais, la situation macroéconomique se rapporte à la macroéconomie... C’est-à-dire aux relations entre les différents indicateurs macroéconomiques tels que le Revenu national brut, la balance des paiements, la croissance, l'investissement, la consommation, le taux de chômage, l'inflation, etc.

 

Autrement dit, rien n’est inscrit dans le marbre et comme le dit si justement le Général de Villiers, il faut rester vigilant. Ce qui, grosso modo,  veut dire que les choses étant ce qu’elles sont,  il y a tout de même,  sans être trop pessimiste, on dit d’ailleurs que le pessimiste est un optimiste qui a de l’expérience ou qui est bien informé, il y a du souci à se faire.  

 

Je suis donc assez étonné qu’un certain nombre de commentateurs chevronnés (pas tous) mais tous compétents, se réjouissent de ces promesses.  J’aimerais simplement leur rappeler que pour regarder à hauteur d’homme,  à l’horizon 2030, il vaut mieux monter en haut du mât. Les marins nous le disent,  à hauteur d’homme,  en mer, on ne voit que du bleu.

 

Ceci étant dit, je note cependant la prudence avec laquelle les Etats-Majors ont abordé le sujet. Dans ce projet de loi, il s’agit bien d’une consolidation de nos armées existantes et non d’une énième évolution « chamboulatoire », censée expliquer qu’avec moins on fera mieux.  Non, il s’agit simplement de perspectives de faire mieux avec un chouia de plus. Et du coup, on parle de sincérité dans les budgets.  Il y a de quoi se méfier, car vu par les hauts fonctionnaires de Bercy,  qui sont,  comme chacun le sait, les spécialistes  de la franchise  et qui n’ont aucune once de fourberie.  (Edgar Morin disait, « Les grands fourbes sont ceux qui savent admirablement jouer de leur sincérité ») la sincérité des budgets ne fut de mémoire jamais respectée.

 

 

Car il est dit, je cite «  qu’une meilleure adéquation entre les ressources consenties et les dépenses programmées, préservant ainsi la capacité d’investissement des armées, sans risque majeur de remise en cause des commandes et des livraisons de matériels. En effet, couverte intégralement par des ressources budgétaires, les dépenses programmées excluent toute hypothèse de recettes exceptionnelles. De même, la provision au titre des opérations extérieures et des missions intérieures sera progressivement portée à un niveau plus conforme aux dépenses constatées récemment, passant d’un montant de 450 millions d’euros, fixé jusqu’alors, à 1,1 milliard d’euros dès 2020. Le financement de l’Ambition 2030 est ainsi sécurisé » ce qui veut dire, entre autres, que le budget des armées augmente, mais que celles-ci assumeront seules à hauteur de 1,1 milliards les interventions extérieures,  jusque-là partagées entre tous les ministères. Donc, non seulement,  les Armées font les guerres, qu’elles ne décident pas elles-mêmes, mais les financent, ce qui avouons-le,  est un progrès décisif dans la conception même du principe républicain de la séparation des ordonnateurs et des comptables.

 

 

Nonobstant,  ces quelques remarques,  venons-en au modèle d’Armées qui se dessinent.  

 

 

La loi insiste sur le renouvellement des capacités opérationnelles, cela veut dire, que les matériels les plus anciens seront remplacés de manière plus rapide.

 

Cela se traduit  pour  l’Armée  de terre par l’accélération du programme SCORPION,   l’arrivée de 32 canons CAESAR avant la fin de la LPM permettra d’homogénéiser le parc d’artillerie de l’armée de Terre.

 

La Marine Nationale,  quant à elle,   bénéficiera de sous-marins nucléaires d’attaque et de frégates plus modernes, avec la livraison de 4 BARRACUDA, des 8 FREMM et de 2 FTI en 2025 la cible du nombre de « patrouilleurs » de la Marine nationale est portée de 17 à 19, dont 11 patrouilleurs de nouvelle génération auront été livrés en 2025, contre 4 initialement prévus. De même, le remplacement des bâtiments de ravitaillement à la mer à « simple coque » sera accéléré de deux ans.  (les pétroliers)

 

L’armée de l’Air bénéficiera de l’arrivée d’avions ravitailleurs, de drones et d’avions de chasse nouveaux (28 Rafale) ou rénovés (55 M2000 D). Il est indiqué que dans le même temps, cette accélération des livraisons permettra de réduire les manques capacitaires qui s’avéraient critiques dans certains segments d’équipement. En particulier, le nombre d’avions ravitailleurs et de transport stratégique qui est porté de 12 à 15 appareils d’ici 2025 et une livraison des douze premiers exemplaires sera achevée dès 2023.

 

Enfin, cette LPM verra également le lancement du renouvellement des deux composantes de la dissuasion nucléaire, conformément à la décision prise par le Président de la République.

  

Les armées seront donc à l’horizon  2030 articulées de la manière suivante :

 

 

Pour l’Armée de Terre, une  force opérationnelle terrestre de 77 000 hommes, déployable à l’extérieur comme sur le territoire national. Des commandements spécialisés du renseignement, des systèmes d’information et de communication, de la logistique et de la maintenance des forces.   

 

 

Quatre commandements qui valoriseront en outre l’expertise de l’armée de Terre dans les domaines de l’engagement sur le territoire national, des forces spéciales, du partenariat militaire opérationnel et de l’aérocombat.

 

 

En matière d’équipements, ces forces disposeront à l’horizon 2030 de  200 chars de combat Leclerc valorisés, de 300 blindés médians de type Jaguar, de 3 479 véhicules blindés modulaires et de combat, de 147 hélicoptères de reconnaissance et d’attaque dont 67 Tigre, 115 hélicoptères de manœuvre, 109 canons de 155 mm, 13 systèmes de lance-roquettes unitaire, 7 020 véhicules de mobilité tactique et logistique, et une trentaine de drones tactiques. En 2025, la moitié du segment médian SCORPION aura été livré.

 

 

 

Pour la Marine, les forces navales seront en mesure de s’intégrer rapidement dans les forces multinationales ou d’en assurer le commandement. La capacité de commandement de composante maritime à la mer (MCC) sera maintenue.  La composante océanique de la dissuasion nucléaire sera assurée par les deux composantes 4 SNLE armés du missile M51 et  des Rafale marine à capacité  nucléaire.  

 

 

Vers 2030, les forces navales comprendront 4 sous-marins nucléaires lanceurs d’engins,

 

6 sous-marins nucléaires d’attaque, 1 porte-avions nucléaire, 40 avions de chasse et 3 avions de guet aérien embarqués, 15 frégates de premier rang, 3 bâtiments de projection et de commandement, 18 avions de patrouille maritime rénovés, 4 pétroliers ravitailleurs, 27 hélicoptères à vocation anti-sous-marine, 49 hélicoptères légers pour l’éclairage, le combat naval et la sauvegarde maritime, ainsi qu’une quinzaine de drones à décollage vertical, des bâtiments du segment médian, 19 patrouilleurs, des avions de surveillance et d’intervention maritimes, ainsi que des capacités de lutte contre les mines maritimes.

 

Concernant les forces spéciales, la marine mettra en œuvre une composante répartie au sein de 5 commandos de combat et 2 commandos d’appui spécial.

  

L’Armée de l’Air mettra en œuvre, quant à elle,   un système de commandement et de contrôle des opérations aériennes (SCCOA) rénové, 185 avions de chasse polyvalents, 53 avions de transport tactique dont des A400M, 4 avions de détection et de contrôle aérien,15 avions ravitailleurs multirôles (MRTT), 40 hélicoptères légers, 36 hélicoptères de manœuvre, 8 systèmes de drones de surveillance moyenne altitude et longue endurance (MALE), 8 avions légers de surveillance et de reconnaissance (ALSR), 3 avions de renseignement et de guerre électronique ainsi que 8 systèmes sol-air de moyenne portée.

 

Ces modèles d’Armées vers 2030 apparaissent, en effet, comme modèles de raison, sans oublier les Hommes qui les composent, souvent oubliés, variable d’ajustement dans l’ajustement variable des Armées,  au gré des priorités diverses et pas toujours justifiées ou nécessaires.  Garantir aux hommes et aux femmes de la Défense les moyens de remplir leurs missions et d’améliorer ainsi les conditions d’exercice du métier des armes à travers leur formation, leur préparation opérationnelle, leurs petits équipements et leur paquetage, en entraînement comme en opération est bien la moindre des choses. Encore faudrait-il les payer en temps et en heure.   

 

 

L’expression de leur désarroi se traduit parfois par leur départ anticipé ou le non renouvellement de leur contrat. Or les Armées  ne valent que par les hommes qui les composent.  Elles sont devenues des armées professionnalisées composées de spécialistes souvent pointus et parfois rares. C’est une richesse incommensurable en comparaison avec certaines Armées qui ne possèdent pas cette ressouce humaine,  socle de leur efficacité.  

 

 

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Une ambition à hauteur d’homme, très bien, il reste à souhaiter que le Chef des Armées  et le Premier Ministre ainsi que la Ministre des Armées soient à la bonne hauteur de ceux  qui servent la Nation.

 

Servir est un devoir, c’est aussi « dire la vérité sur les menaces auxquelles nous devons faire face et sur les défis de nos Armées » Vous avez raison,  Général de Villiers, nous serons vigilants !

 

 

 

Roland Pietrini

 

https://www.defense.gouv.fr/portail/enjeux2/la-lpm-2019-2025/le-projet-de-loi/loi-de-programmation-militaire-2019-2025-textes-officiels

 

http://www.athena-vostok.com/scorpion-un-choix-sans-retour-qui-engage-larmee-de-terre-pour-des-decennies

 

http://www.athena-vostok.com/monsieur-le-president-avoir-ou-ne-pas-avoir-peur-est-ce-la-question

 



11/02/2018
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