ATHENA-DEFENSE

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à l'ouest rien de nouveau! Guerre et pertes au combat.

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La signification du titre de ce roman de Erich Maria Remarque, de son vrai nom Erich Paul Remark, « À l’ouest rien de nouveau » dont l’action se passe lors de la première guerre mondiale n’est révélée qu’à la toute fin du roman.


Un communiqué militaire signale qu’il n’y a « rien de nouveau à l’ouest ». Or, au même moment le personnage principal, un soldat allemand, meurt. Cet évènement ne figure pas dans le communiqué militaire, cela ne change rien à la poursuite de la guerre, les lignes n’avaient pas bougé.  La mort du soldat Paul Bäumer, un jeune Allemand de dix-neuf ans n’avait aucune importance, et objectivement c’était le cas.

 

En est-Il de même aujourd’hui ? Depuis 1980, 650 soldats français ont été tués en opération, 352 depuis 1991, soit statistiquement, 32 par an. Nous sommes l’un des rares pays, singulièrement en Europe,  qui subit un tel niveau des pertes humaines au combat.  Est-ce que cela a changé ou changera le cours des choses? Probablement non, que ce soit à l’ouest ou à l’est il n’y a rien de nouveau, les opérations se succèdent aux opérations, sans grand résultat, car le problème à résoudre n'est pas uniquement d'ordre militaire.  Mais,  les nouvelles guerres si elles ont changé de nature, n’ont pas changé les conséquences.  A la guerre les pertes sont inéluctables.

 

 

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Certes, il n’y a plus de ligne, plus de fronts définis avec des armées nombreuses qui s’opposent les unes aux autres et les pertes de masse qui vont en conséquence.  Les pertes ne sont plus comptabilisées de la même manière, d’ailleurs, elles sont désormais en majorité civiles, puisque les guerres s’effectuent à distance, avec une prédominance de la 3D et par robots interposés, où l’intelligence artificielle est en train de prendre une part prépondérante.   

Cette  «  nouvelle » guerre est désormais perpétuelle, constante, multiforme, elle est censée répondre à la stigmatisation des « nouvelles menaces » et a transformé l’idée même des pertes au combat en accident évitable, avec la tentation d’une certaine judiciarisation.

  

Cette évolution a transformé la pensée des stratèges à un point tel qu’ils ont oublié que ces conflits de masse pour les avoir minorés n’en sont pas moins possibles, la dissuasion nucléaire ne dissuade encore que les pays qui en disposent, mais ne restreint en rien ceux qui n’en disposent pas. Les guerres au levant, en Asie, dans la corne de l’Afrique, le terrorisme ne sont que les épiphénomènes d’un nouveau désordre mondial avec le crime organisé, qui devient une thématique stratégique régulière issu des états voyous ou faillis.   Jean Dufourcq (1) dans un récent article intitulé "les signaux de la dissuasion stratégique" indiquait que « la dialectique des volontés met désormais aux prises les pays développés d’hier avec des puissances qui s’éveillent et des intérêts transversaux qui émergent. Entre eux, les canaux de rivalité se multiplient tout comme les objets d’un dialogue stratégique critique ».

 

L’Europe, au sens large, est totalement absente de cette réflexion, et paradoxalement, la France qui est désormais la seule à posséder avec le départ de la Grande-Bretagne une force de dissuasion indépendante est incapable d’en faire un outil de puissance au profit des intérêts de la nation, préférant se diluer dans l’idée fumeuse d’une défense européenne qui ne repose sur rien et sur l’idée d’un fédéralisme européen bradant ce qui reste de notre indépendance. En additionnant les faiblesses on ne fabrique pas une force.

 

De nombreux Etats dans le monde, hors l’Europe, ont compris que l’effet de masse classique continuait de représenter une forme de dissuasion essentielle et que l'une était consubstantiellement dépendante de l'autre. Les Etats-Unis, la Chine, la Corée du nord, la Russie, qui possèdent toutes des forces nucléaires,  entretiennent toujours un arsenal classique considérable, ce n’est pas sans arrière-pensée. D'ailleurs il conviendrait de se demander comment la Russie peut entretenir une armée terrestre classique 15 fois supérieure en terme de masse par rapport à la notre, tout en maintenant des forces nucléaires considérable avec un budget soi-disant inférieur à celui de la France. 

 

Demain, il n’est pas exclu que nous nous trouvions face à un dilemme, compte tenu de notre faiblesse en termes de puissance classique, employer en premier nos forces nucléaires ce que nous ne ferons pas, ou mourir.   En dans cette hypothèse, et avant que nous nous en rendions compte nous aurons des pertes comparables à celle de la seconde guerre mondiale.

 

Alors, me direz-vous pourquoi cette réflexion, somme toute sommaire, sur la guerre et les conflits me fait songer à la mort d’un personnage de roman ?

 

Tout simplement parce qu’au-delà des discours de louanges et de l’héroïsation des soldats morts au combat, il reste la dure réalité des faits. Ils meurent sans influer en quoi que ce soit le cours des choses.

 

Puisqu’au-delà de leur sacrifice, rien ne changera, tant que collectivement nous ne répondons pas à la question fondamentale qui est la nôtre.  Celle de la dilution de notre civilisation dans un melting-pot fantasmé par les bisounours qui nous gouvernent.

 

Il y aura encore beaucoup de morts qui ne changeront pas le cours de la guerre, car, à l’ouest il n’y a rien de nouveau.   

 

 

Roland Pietrini

 

 

 

 &- Jean Dufourcq, contre-amiral en 2e section est aujourd'hui chercheur en affaires stratégiques, associé à l'Institut de stratégie comparée de l'Ecole militaire à Paris (programme Méditerranée occidentale), membre honoraire de l'Académie de marine et ancien rédacteur en chef de la Revue Défense Nationale.

 



03/06/2019

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