ATHENA-DEFENSE

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A propos de la Methode de raisonnement tactique.. Et de la formation

J’aimerais revenir, sur la méthode de raisonnement tactique, parce qu’en effet, la question est importante, et qu’elle ouvre la voie vers d’autres réflexions. Il s’agit d’une méthode, c’est à dire qu’elle intellectualise, au bon sens du terme, la réflexion pour intégrer l’ensemble des paramètres essentiels à la préparation de la manœuvre, afin que celle-ci soit en cohérence avec la hauteur de la menace et l’objectif à atteindre. Il s’agit d’un outil. La difficulté est de bien comprendre que cet outil ne doit ni freiner l’imagination, ni l’initiative, on reconnaît bien justement la valeur du chef à sa capacité à conserver sa part de liberté et d’imagination dans ses choix. Sa conduite de l’action, sa faculté d’analyse dans le combat et sa clarté dans sa communication vers le bas et vers le haut, sont tout autant essentielles.

Je suis plus réservé quant au commentaire, sur le recrutement et notamment celui qui consiste à croire que la culture générale est : je cite « la garantie d’une faculté d’adaptation à des situations qui sont toujours nouvelles. L’un de nos grands Anciens, qui s’y connaissait particulièrement, a écrit « la véritable école du commandement, c’est la culture générale » fin de citation.

Nous serions, en effet, proche de l’idéal de formation, si cela était une condition nécessaire et suffisante. J’ai tendance à croire que cette condition est nécessaire, mais n’est pas suffisante. J’ai même tendance à croire que cette tendance bien française à considérer que la formation crée l’élite et que cette élite qui ne peut être remise en cause que par elle-même ne soit à jamais intouchable, voire contestable. Je crains que cette élite, mais cela est vrai aussi pour certaines grandes écoles dont l’ENA, toute intellectuelle qu’elle soit, ne montre pas forcément dans certaines occasions un certain courage intellectuel de se remettre en cause, alors qu’elle aurait (l’élite) plutôt tendance d’imposer des réformes qui ne touchent pas trop justement à leur statut. Je crains que les passerelles, ouvertes aux plus méritants ou aux plus potentiellement capables, ne soient désormais de moins en moins possibles à emprunter, je crains que l’ascenseur social de la seconde chance ne soit à jamais oublié.

Je me plais à relire parfois des choses simples. Comme certains épisodes ou Leclerc (instructeur à saint-Cyr et reçu premier à l’Ecole de guerre) assis sur une chaise sur le pont de la rue aux Sieurs, une tasse de lait à la main regarde passer l’avant garde Noiret (qui signera par la suite les accords Noiret-Malinine, accord qui a donné statut aux missions de Potsdam ) qui déboule vers les faubourgs ouest d’Alençon. Nous sommes le 12 août 1944. Il pense probablement plus à ses hommes qui vont combattre le 156° panzergrenadieregiment et la 116° panzer et à ceux à qui il a donné l’ordre de déborder les limites de la division pour éviter le coupe gorge de la forêt d’Ecouves, au grand dam des américains furieux qui s’apercevront un peu tard que les Français sont plus rapides qu’eux.. Et moins discipliné, il est vrai.

Ces hommes, jeunes chefs issus de tous les milieux, de toutes nationalités, de toutes religions, de bric et de broc, dont aucun ne pouvait être considéré comme étant un professionnel, ou un intellectuel ? feront comme on dit aujourd’hui : Le job..Voulez-vous des noms ? Puisque j’ai évoqué la 2°DB : Gribius, Quilichini, Dio, Roumiantzoff, Massu, Ivanoff, de langlade . Ils se sont révélés, saint Cyrien ou non, au combat, issus ou non des FFL, ayant suivis ou non une école de cadre. Bref ne remplissant pas forcément les critères de « compétences » qui semblent prévaloir aujourd’hui.. Dans toutes les guerres, toutes, y compris les plus modernes, je ne crois pas que cela soit une hérésie de laisser la porte ouverte aux cadres dont les critères de sélection sont différents ? C’est ce qui fait la force et la richesse d’une armée de celle de Napoléon à celle de la libération. De quelle compétence d’ailleurs parle-t-on ? De celle qui consiste à rédiger des ordres ? De celle qui consiste à connaître son adversaire et à maitriser son outil guerrier, de celle de commander, de celle de pouvoir se reconvertir ?..

Je cite encore « Dans les périodes où l’encadrement était désigné selon des critères autres que ceux de la compétence, la faculté d’adaptation pouvait faire défaut » la forme adoucit l’affirmation, mais l’intention est là. Ainsi la compétence, mais encore une fois que cache ce mot, donnerait brevet d’adaptation..

Pour André Gide, l’intelligence est une faculté d’adaptation, je serais tenté de croire à cet aphorisme, et d’ailleurs je pense que l’on peut être intelligent sans forcément être instruit, et compétent sans forcément avoir suivi un cursus universitaire. Encore faudrait-il s’entendre sur les compétences nécessaires au chef de guerre.. Je ne parle pas des compétences nécessaires au chef militaire du temps de paix. Celui-là on le forme assez bien.. Mais des qualités que devrait posséder tout chef de guerre à qui on confie une part de la sécurité de la nation, et la vie de ses hommes.

La première est justement sa capacité d’adaptation et son ouverture d’esprit, donc sa culture. Mais celle-ci ne saurait être utile s’il n’a pas en lui la force morale nécessaire, celle qui ne s’apprend pas, celle qui ne porte pas de nom. Celle qui finalement restera toujours nécessaire lorsque à un moment donné, il faut dire : En avant ! En risquant sa propre vie et celle de ses soldats..

 

 
 
 
 
 
 
 
 


04/11/2011

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