ATHENA-DEFENSE

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Le Paneuropéanisme, l’OTAN, le nucléaire et le vélocipédiste.

 

la France et l'OTAN.JPG
 

 

 

Alors que le secrétaire général de l’OTAN, lors de  la conférence de sécurité de Munich, qui s’est tenue début mars, soulignait que les 27 membres de l’UE « ne fournissent que 20% des dépenses de défense de l’Alliance », M. Stoltenberg a insisté pour que leurs efforts en matière militaire viennent compléter ceux de l’Otan car « toute tentative d’affaiblir le lien, de diviser l’Europe et l’Amérique du Nord, ne fera qu’affaiblir l’Otan et divisera l’Europe. » Il affirmait que « L'UE ne peut pas protéger l'Europe ni remplacer l'OTAN ».

 

 

Cette déclaration est précisément à l’opposé de celle tenue par Emmanuel Macron qui indiquait le 3 octobre 2020 que l’Otan était « en état de mort cérébrale » et que l’Europe devait « commencer à se penser stratégiquement en tant que puissance géopolitique » mais le 3 décembre, il déclare sa volonté de ressusciter l’OTAN !  

 

Si son objectif est de « provoquer un débat au sommet afin de sortir du sempiternel ronron de ces réunions », résume un diplomate, alors la démarche est louable.

Le problème est cependant une forme de cohérence, l’appartenance de la France à l’OTAN et la réflexion qui a été menée de 2007 à 2009 pour justifier son retour, est sujette de nouveau à question.  

 

La volonté de Nicolas Sarkozy, dont le penchant très pro-américain ne peut être contesté, ressemble plus à un gage donné à une Amérique qui n’avait pas digéré notre défection lors de la seconde guerre du golfe, en 2003.  

Chirac avait dit non en 2002, en opposant son veto à toute résolution de l’ONU justement pour que Bush et ses alliés, Tony Blair en tête, fussent contraints de la mener en toute illégalité internationale, faute du feu vert onusien. 

Sarkozy à l’époque était plutôt pour notre participation, il l’avait confirmé lors d'une rencontre à Paris avec le ministre de la Justice de George W. Bush Alberto Gonzales, en 2006 un an avant son élection à la présidence française.

 

Cette capacité à dire non, et singulièrement de faire front commun avec la Russie et l’Allemagne, risque désormais faire partie de l'histoire, Sarkozy ayant d’une certaine manière (même si l’ONU et l’OTAN ne peuvent être confondues) marqué, par ce geste fort, son allégeance aux Etats-Unis mettant fin ainsi à ce qui faisait de la France une Nation différente des autres et à la ligne gaullienne que tous les présidents de la République avaient suivie jusqu’alors. L’autonomie de la dissuasion française est difficilement compatible avec notre appartenance aux instances dirigeantes de l’OTAN.

 

Il faut d’ailleurs souligner que les USA, en 2003, ont puni la France, considérant qu’elle avait trahi l’amitié franco-américaine, réprimandés l’Allemagne, et considérés que la Russie ne méritait pas un tel sort, en la traitant par une sorte de mépris.

 

La « troïka du refus » qui aurait pu préfigurer un nouvel axe après la fin de la guerre froide et une chance d’autonomie pour l’Europe, a duré trois mois. L’Amérique de Bush a vite remis de l’ordre, après avoir menacé l’Allemagne de sanctions économiques et Sarkozy a fait le reste.

 

Les deux raisons principales pour le retour au sein des instances dirigeantes de l’Otan qui a eu effectivement lieu en 2009 et évoquées à l’époque, étaient, que depuis 1995, les militaires français avaient participé à toutes les opérations de l’Otan, sans prendre part à leur élaboration, et cela faute d'avoir des généraux au sein des comités suprêmes et la seconde plutôt d’ordre stratégique, qu’au lieu de subir l'Otan on allait la codiriger.

 

Aujourd’hui le problème de notre indépendance dans l’interdépendance qui concerne notre force de dissuasion revient peu à peu, alors que le parapluie Nucléaire Otanien par le biais des USA a été réaffirmé, afin de protéger l’Europe. Ce hiatus n’est pas une vue de l’esprit.

 

 

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La France est la seule en Europe à disposer d’un réel arsenal nucléaire indépendant à deux composantes, l’une sous-marine et l’autre aéroportée avec des moyens satellitaires et de communication importants.  Le Royaume-Uni ne possède qu’une composante sous-marine équipée de missiles américains réduits à 40 têtes (à comparer avec les 300 françaises). Les autres pays européens (de l’OTAN), Allemagne, Italie, Benelux et Turquie accueillent des armes nucléaires américaines sous contrôle américain.

 

L’invitation d’Emmanuel Macron à l’intention des chefs d’état européen, en février 2020, à créer une « culture stratégique commune » et à avoir une meilleure appréhension du rôle de la dissuasion nucléaire française, se heurte donc à un problème de taille : l’Europe ne peut avoir d’indépendance stratégique tant que des armes nucléaires américaines sont sur le sol européen, sous commandement stratégique des E.U.

 

À cette velléité française, les pays européens ont marqué leur refus et l’OTAN tout naturellement a très vite rappelé à Monsieur Macron qu’elle est déjà une alliance nucléaire et qu’en conséquence la France ne pouvait se prévaloir d’assurer à elle seule la protection de l’Europe.

  

Cette réponse était inévitable, l’Europe est et restera otanienne que cela plaise ou non, et la France, avec un certain mépris, a été renvoyée à ses chères études.

De Gaulle, avait résolu ce problème en sortant de l’OTAN, Sarkozy l’a ressuscité en y entrant de nouveau et Macron est condamné à faire du en  « même temps ».

 

De Gaulle avait fait en sorte d’en sortir très progressivement, « "L'OTAN ne correspond plus aux nécessités de notre défense", écrivait-il dès le 17 septembre 1958 dans un mémorandum adressé aux Américains et aux Britanniques. En 1966, il rend cela effectif «  "La France, écrit-il le 7 mars à son homologue américain Lyndon B. Johnson, se propose de recouvrer sur son territoire l'entier exercice de sa souveraineté, actuellement entravé par la présence permanente d'éléments militaires alliés ou par l'utilisation qui est faite de son ciel, de cesser sa participation aux commandements intégrés et de ne plus mettre de forces à la disposition de l'OTAN." tout en maintenant des liens et en précisant qu’il reste prêt à "combattre aux côtés de ses alliés au cas où l'un d'entre eux serait l'objet d'une agression qui n'aurait pas été provoquée"

 

Cette décision est motivée par le général de Gaulle en raison « de la possibilité que l’Alliance atlantique risque d’entraîner la France dans toutes les aventures où pourront s’engager les USA, car, grisés par leur puissance militaire et suivant un chemin habituel, les Etats-Unis entendent faire régner partout leurs conceptions. » On ne peut mieux dire.

 

Ce que n’a pas fait Mitterrand comme président, (il était au début contre le retrait, mais il était dans l’opposition), Pompidou, Giscard, Chirac ne l’ont pas fait non plus.

 

Sarkozy restera donc dans l’histoire le grand ratificateur avec celui du traité de Lisbonne (1) que les Français avaient rejeté par référendum en mai 2005, mais que le parlement a ratifié par voie parlementaire en modifiant la constitution trois ans plus tard (2).  Il est bon de le rappeler car les électeurs ont parfois la mémoire courte. Depuis, nous avons signé tous les accords, qui peu à peu ont donné à l’Europe des pouvoirs régaliens, jusque-là réservés aux Nations et mis à mal notre souveraineté.

 

Cette abandon de notre souveraineté se traduit chaque jour dans les faits, par des conséquences gravissimes : désindustrialisation, déclassement, affaiblissement de l’Etat, phénomènes migratoires non maitrisés…  À moins que ce ne soit un simple effet de la pensée complexe, les réalités sont tenaces.  

 

Si la volonté du président Macron est de diluer nos dernières souverainetés, y compris notre indépendance stratégique, dans un gloubi- boulga indigeste au nom d’une vision mondialiste et   paneuropéaniste (3) justifiant tout et n’importe quoi, alors il convient d’en prendre acte. Mais les dangers de brader encore un peu plus celle-ci sont réels.

 

Avec notre dissuasion nucléaire indépendante, il nous reste encore le droit de veto à l’ONU (4) au conseil de sécurité que nous partageons avec les USA, le Royaume-Uni, La Russie, la Chine. Tous les cinq sont des puissances nucléaires et classés dans le camp des vainqueurs de la seconde guerre mondiale. Ce qui attise des jalousies bien compréhensibles.  Or, l'OTAN et l’ONU coopèrent depuis le début des années 1990 à l'appui d'opérations de soutien de la paix et de gestion de crise. On peut difficilement évoquer l’un sans parler de l’autre.

 

La France a donc une situation unique en Europe, elle est dans l’OTAN, a une force nucléaire indépendante et détient un droit de véto au conseil de sécurité de l’ONU. Cela devrait donner sur le plan international quelques moyens de parler haut et fort, sauf que nous avons perdu cette capacité, par une politique étrangère atone et brouillonne qui s’est rangée derrière celle des Etats-Unis au mépris de nos intérêts fondamentaux.    

 

Parfois, on entend des européistes, subrepticement, dans la coulisse, susurrer l’idée que la France pourrait partager ce fameux droit de veto avec l’Allemagne par exemple… Bien entendu tout cela ferait partie du fantasme, mais méfions-nous, on ne sait jamais, dans un élan de générosité, un président, je ne vise personne, pourrait décider de monnayer cet avantage acquis de haute lutte sous prétexte de solidarité européenne, pour donner exemple…

 

 

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On apprend ainsi que les cinq membres permanents du Conseil de sécurité ont été mis sur la sellette le lundi 16 novembre 2020 lors d'un débat organisé par l'Assemblée générale de l'ONU sur l'avenir de cet organe, paralysé par leurs "intérêts concurrents". L’ex-ministre turc (c’est un pur hasard) Volkan Bozkir –a déclaré "À de nombreuses reprises, le Conseil a failli à sa responsabilité de maintenir la paix et la sécurité internationales". Les intérêts concurrents de ses membres et le recours fréquent au droit de veto ont limité l'efficacité du Conseil de sécurité".  Et notre président français, Emmanuel Macron, a estimé dans un entretien donné au média Le Grand Continent,(5) qu'elle ne produisait "plus de solutions utiles". Il se pourrait donc que l’on reparle un jour de ce sujet...

 

  

Une Europe capable d’assurer sa propre défense dans laquelle la France serait un partenaire comme un autre, tout en continuant à se soumettre à la domination américaine dans une OTAN qui fixe les normes, et une ONU si souvent déclarée comme inefficace, que parfois l’OTAN se substitue à elle, tout en maintenant pour la France une dissuasion nucléaire crédible relève de la résolution de la quadrature du cercle.

 

La schizophrénie nous guette, notre position est intenable, elle serait beaucoup plus tenable si la vision mondialiste et sans-frontière de nos dirigeants actuels n’avait pas pris le pas sur tout le reste au dépend de la coopération entre Etat-Nation dans une Europe solidaire voulue par de Gaulle.

 

C’est pourquoi le discours européo-atlantiste d’Emmanuel Macron prononcé en février 2020, encourageant l’Europe à plus d’autonomie stratégique, en plaçant la défense au cœur de la souveraineté européenne apparait pour le moins difficile à faire accepter par les autres partenaires.

 « assumer davantage cette Europe de la défense, ce pilier européen au sein de l'OTAN. Et je l'assume pleinement, sans état d'âme ! (...) L'OTAN et l'Europe de la défense sont les deux piliers de la sécurité collective européenne. Assumons-le !"  

Certes, oui !  Mais comment, avec qui ? En quoi est-ce crédible ? Le président s’adresse à une Europe fantasmée, tout affirmant une France qui l’est tout autant.  

 

"pour que la France soit à la hauteur de son ambition européenne, elle doit rester souveraine ou décider elle- même, sans les subir, les transferts de souveraineté qu'elle consentirait, tout comme les coopérations contraignantes dans lesquelles elle s'engagerait". Le chef de l'Etat veut donc "une véritable souveraineté française" en transférant une partie de souveraineté…. Va comprendre Charles !  Lui qui en signant tous les accords de libre-échange, fait précisément l’inverse.

 

Le chef de l'Etat qui préconise la promotion du multilatéralisme et le développement de partenariats stratégiques et la recherche d'autonomie européenne et la souveraineté de la France tout cela « en même temps », même si on est habitué à ce verbiage savant, on s’y perd un peu. Est-il sincère ou se ment-il à lui-même ?

 

« Un jour j'irai vivre en Théorie, car en Théorie tout se passe bien. »  Cette phrase régulièrement attribuée à l'humoriste Pierre Desproges, mais qui serait de Marc Levy, je la trouve très adaptée aux circonstances.

 

En théorie l’idée de construire une Europe gage de paix et de progrès est une excellente idée, à trois conditions, ce n’est pas en détruisant les cultures historiques des Nations que l’on construira une supra culture nouvelle, ce n’est pas en ajoutant des faiblesses que l’on fait une force, et ce n’est pas au prétexte de sous-estimer la volonté des nations à défendre leurs propres intérêts qu’on préservera les nôtres.

 

Car sans valeur réellement partagée à défendre, il n’y a pas de défense possible. La destruction systématique de notre histoire, la repentance à outrance, les phénomènes migratoires non maitrisés, l’échec de l’assimilation sont des armes offertes à nos ennemis plus efficaces que des bombes. La déliquescence de notre société s’accélère de jour en jour, c’est un fait bien éloigné des pensées complexes de notre président

Mais comment défendre ces valeurs en abandonnant peu à peu tous nos pouvoirs régaliens, à des entités démocratiques qui n’en sont pas, parfaitement déconnectées de la vie réelle et qui nous impose un mode de vie imposé par des institutions mondialistes et la dictature numérique des GAFA (6) ?  "1984" de George Orwell est dépassé, la guerre nucléaire n’a pas (encore) eu lieu mais les effets sont pires encore de ceux décrit par son auteur.

 

Ce « en même temps », pour une Europe de défense dans une OTAN régénérée, tout comme le rééquilibrage avorté de notre diplomatie vers un dialogue plus marqué avec la Russie a fait pschitt !  Ni l’Allemagne, ni même l’Italie et l’Espagne, pas plus que les pays de l’est de l’Europe, Pologne en tête ne souhaitent une quelconque autonomie stratégique et considèrent que seules les USA sont en mesure de les protéger. Ils ne se posent même pas la question de savoir contre qui, car cela est d’évidence la Russie, ennemi bien commode qu’il convient d’ostraciser et d’isoler.

 

Certes, comme le dit si justement Arnaud Dortézac dans une tribune de Bilan « la Russie dispose du plus important stock d’armes nucléaires de la planète, ne cesse d’innover (cyberguerre, vecteurs hypersoniques, etc.) et de moderniser ses capacités conventionnelles. Mais tout de même, avec son budget militaire qui se maintient autour des 50 milliards de dollars, que pèse-t-elle face à un Pentagone qui vient de se faire allouer 716 milliards pour 2019 ? Un pays qui a supporté 5600 milliards de dépenses de guerre depuis les attentats du 11 septembre ! Et si on y ajoute les budgets des pays membres de l’Otan, qui cumulent près de 220 milliards supplémentaires et dont Trump exigeait qu’ils mettent encore la main à la poche ? D’où vient cette nécessité absolue de se mobiliser militairement contre une Russie qui n’a ni les moyens ni l’intention de nous envahir ? »

 

Question, en effet, plus qu’embarrassante, que ferait-elle d’une Europe de l’est de nouveau conquise, dont elle s’est débarrassée sans réel regret en 1991 ?  Devrons-nous à terme se précipiter dans une guerre contre la Russie (et la Chine) pour exporter des valeurs que nous sommes incapables de défendre au sein même de nos nations ?  L’Europe sera-t-elle l’Irak de demain ? Devrons-nous, un jour participer à un conflit contre l’Iran ?

 

On peut, en effet, légitimement se poser ces questions, à quoi sert l’Otan aujourd’hui et pourquoi y sommes-nous, avons-nous intérêt à y rester ? Depuis notre retour en 2009 un bilan peut en être tiré.

Les arguments pour, qui étaient développés il y a plus de 12 ans sont-ils toujours aussi prégnants qu’à l’époque ? Je fais référence à un listage publié le 11 mars 2009 par Julie Connan du Figaro.

 

« - en réintégrant pleinement l'Alliance, la France ne sera plus considérée avec suspicion par les Etats-Unis. Elle améliorera son dialogue avec la superpuissance mondiale et aura plus de possibilités d'influencer les décisions prises à Washington. »

 

Est-ce le cas aujourd’hui ? Chacun jugera.

 

« -la souveraineté de la France n'est pas menacée, dans la mesure où les décisions sont prises à l'unanimité au sein de l'Otan et l'envoi de troupes se fait sur la base du volontariat. »

 

Qu’avons-nous fait de mieux en étant dans l’OTAN pour renforcer notre souveraineté ?

 

« -la France est déjà à 90% dans l'Alliance (dans 36 comités sur 38) et elle est l'un des principaux contributeurs en hommes et en financement à ses opérations (Bosnie, Kosovo et Afghanistan). De plus, sa coopération militaire quotidienne est déjà très développée avec l'Alliance depuis une dizaine d'années. »

 

Nous avons, en effet, obtenu le poste de chef du commandement suprême allié Transformation, basé à Norfolk (États-Unis). Cela a-t-il influencé réellement la politique de l’OTAN en Europe ? Notre participation renforcée joue-t-elle sur la politique de l’Alliance à long terme ?

 

« -la France gagnera en influence sur les décisions et sur la conduite des opérations. Avec plus de postes, ses militaires pourront mieux agir en amont dans la planification des missions. L'industrie d'armement française pourrait aussi en tirer profit. »

 

Si sur les deux premiers points, le doute est permis. Sur le troisième, « l’industrie française pourrait en tirer profit » les faits sont têtus, la réponse est NON.

À l’exclusion de la Belgique qui a signé l’accord CAMO pour s’équiper de matériels Scorpion mais qui s’est empressée d’acheter des F35, et plus récemment la Grèce qui a acheté des Rafale pour les raisons que l’on sait mais qui achètera très probablement des frégates américaines, aucun pays européen n’a acheté un seul système d’armement français et continue à s’équiper américain. L’exemple de la Pologne est symptomatique. Dès son entrée dans la communauté européenne, elle a acheté des chasseurs F16 et annulé un contrat de 50 hélicoptères Caracal français pour s’équiper en hélicoptères américains.   Lockheed Martin avec la vente (33 milliards d'euros) de 440 F-35 à onze pays, dont  le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Belgique, la Norvège, le Danemark, l'Italie et la Pologne, est actuellement en compétition avec Dassault et Eurofighter dans deux autres pays européens, la Finlande et la Suisse , alors que trois avions de combat européens sont sur le marché !  En dépit du fait que le prix du F35 n’est pas encore définitif avec un prix moyen de 85 millions de dollars pièce évoqué, que les compensations économiques et industrielles sont plus qu’aléatoires et qu’aucun des pays concernés ne pourra accéder aux codes sources de son système, les pays européens ont acheté majoritairement cet avion, non pas pour ses qualités mais pour des raisons politiques et de soumission à l’OTAN.    Une heure de vol avec un F-35 coûte 44.000 dollars, soit 352 millions pour un potentiel estimé à 8.000 heures. Il faut dépenser deux fois moins pour faire voler un F-16 ou un F/A-18 Super Hornet. À comparer avec le Rafale dont l’heure de vol est de 27000 euros selon le rapport de la commission de la défense et des affaires étrangères de l’Assemblée Nationale rédigé à l’occasion du débat portant sur le projet de Loi de finances initiale de 2013. 

Sauf que le Rafale est réellement multirôle, emporte deux fois plus de munitions, est « combat proven » ce que n’est pas le F35. Il semblerait que certains pays commencent à se demander si cette fois-ci la soumission n’est pas allée un peu loin et songe à diminuer les commandes, suivant en cela l’US Air force qui elle-même ne croit plus en son projet.

 

F 35 et Rafale.JPG

 

« -en étant totalement dans l'Alliance, Paris sera mieux placé pour faire avancer l'Europe de la Défense, plutôt que de donner le sentiment de jouer l'Europe contre l'Otan et les Américains. »

 

C’est un argument totalement fallacieux. Tous les projets d’Europe de la défense se heurtent à la volonté des Etats-Unis de faire de l’Europe, non pas un allié mais un supplétif qu’il convient de renforcer, à condition qu’elle applique sa politique d’hostilité envers la Russie. Une Europe de l’Atlantique à l’Oural serait bien trop puissante et menacerait le leadership des EU, qui est déjà ébranlée par la puissance chinoise. En aucun cas oncle Sam ne voudra d’une Europe forte et en paix avec la Russie et l’OTAN en Europe en est son instrument.  

Recréer une guerre froide en Europe (qui du point de vue de Poutine n’a jamais cessée) est l’assurance survie des EU. La France si elle veut contrebalancer cet aggiornamento devrait faire en sorte de reconquérir sa souveraineté.

 

« -les missions de l'Otan ont évolué depuis le contexte de guerre froide dans lequel le général de Gaulle avait ordonné le retrait de la structure militaire en 1966. »

 

Certes, le monde a changé, mais les constantes restent les mêmes.  Il faut créer un ennemi pour ancrer l’Europe au Etats-Unis. C’est pourquoi l’Europe de la défense n’a aucun chance de se réaliser autrement que par sa soumission au pacte atlantique.

 

À l’échelle européenne, les 27 pays membres de la communauté européenne ont consacré 219 milliards de dollars (1,4 % du produit intérieur brut (PIB) à leur défense en 2019. Alors qu’aux Etats-Unis, le montant de ces dépenses a atteint 731 milliards de dollars. Sur les 27 Etats membres de l'UE, 5 dépensent moins de 1% de leur PIB dans la défense en 2019, il s’agit de la Belgique, de l’Autriche, du Luxembourg, de Malte et de l'Irlande, cette dernière, qui n'est pas membre de l'Otan, y consacre la plus faible part (0,3 % du PIB).

 

La vision allemande et polonaise d’une Europe atlantiste s’est imposée aux autres et la France est isolée. Cette vision française pèse du poids de ce que nous sommes devenus, une nation moyenne et le rêve gaullien d’une Europe de l’Atlantique à l’Oural marqué par une réalité géographique et historique est désormais hors d’atteinte.

C’est pourquoi, la pensée macronienne qui consiste à pousser ses partenaires à construire une Europe de la défense en participant par le biais de projets industriels se heurtera aux réalités des faits et sera vouée à l’échec. Ni les système de combat aérien du futur (SCAF), ni le projet de char franco-allemand, appelé MGCS ne verront le jour, à moins que nous abandonnions des pans entiers de notre savoir-faire et de notre souveraineté.

 

Irons-nous jusque-là ? Je crains que ce ne soit le cas, car un échec signerait une défaite personnelle du président Macron et de sa ministre de la défense, fervents défenseurs de ce projet, avant les élections présidentielles de 2022.  

 

L’OTAN et les USA ont besoin d’une menace sur l’Europe pour maintenir leur influence et favoriser leur grand marché de l’armement. Il est commode de faire jouer à la Russie le rôle d’épouvantail, aidé en cela par les pays de l’ex-Europe de l’est qui ont rejoint l’Otan après la chute de l’Union Soviétique.

 

 

Le président Macron serait-il, comme tous ses prédécesseurs, un adepte de la politique du vélocipédiste qui doit sans cesse pédaler pour tenir debout ?

Les chantiers qui seront les nôtres en 2022 pour relever ces défis seront gigantesque.  Il serait temps d’y songer.

 

Roland Pietrini

 

 

 

 

 

(1) Le traité de Lisbonne est un traité modificatif signé le 13 décembre 2007 dans la capitale portugaise et entré en vigueur le 1er décembre 2009. Il amende les traités existants (295 amendements) mais ne les rassemble pas en un texte unique, contrairement à ce que prévoyait le projet de traité constitutionnel de 2004, qui n’a pas été adopté.

Le traité de Lisbonne comporte seulement sept articles. Les traités européens modifiés par lui se présentent désormais ainsi :

  • le traité sur l’Union européenne (TUE) (55 articles) mis en place par le traité signé à Maastricht en 1992 et modifié ensuite par les traités d’Amsterdam (1997) et de Nice (2001) ;
  • le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) (358 articles) : anciennement traité instituant la Communauté européenne (TCE), établi par le traité de Rome de 1957 et modifié plusieurs fois par l’Acte unique européen (1986), et les traités de Maastricht, d’Amsterdam et de Nice.

Le traité de Rome Le référendum français sur le traité établissant une constitution pour l'Europe (aussi appelé traité de Rome II ou traité de Rome de 2004) encadre actuellement le fonctionnement de l'Union européenne. Adopté en 2009 après le rejet du traité établissant une constitution pour l'Europe (TECE), il adapte en profondeur les règles des anciens traités pour permettre une meilleure coordination à 27 Etats membres.

(2) La France ratifie officiellement le traité de Lisbonne - Traités - Toute l'Europe. Conformément au droit français, le Conseil Constitutionnel s'est d'abord prononcé sur la révision de la Constitution française le 20 décembre 2007. Le Parlement a ensuite été appelé à se prononcer sur cette révision. La révision de la Constitution française pour permettre la ratification du traité de Lisbonne a été largement approuvée par le Congrès le 4 février 2008. 560 parlementaires ont voté pour la révision et 181 contre, soit largement plus que la majorité requise des 3/5e des suffrages exprimés (445). 152 élus se sont abstenus, dont 143 socialistes.Le projet de loi autorisant la ratification du traité de Lisbonne a ensuite été soumis à l'Assemblée nationale puis au Sénat.

(3) en politique, le paneuropéanisme est une volonté d'unification européenne, de regroupement de l'ensemble des pays européens dans la Communauté Européenne

(4) Le droit de veto inscrit à l'article 27 de la Charte des Nations unies correspond à la possibilité pour chacun des cinq membres permanents du Conseil de sécurité (Chine, États-Unis, France, Royaume Uni, Russie) de faire obstacle à toute décision du Conseil de sécurité, et ce même contre l'avis majoritaire des autres.

(5) Le Grand Continent est une revue de référence pour le débat stratégique, politique et intellectuel à l’échelle continentale fondée en 2019. Revue multiscalaire, interdisciplinaire et plurilingue, elle est portée par une nouvelle génération dont l’objectif est de construire une plateforme d’échanges de haut niveau dans les principales aires linguistiques du débat européen. Elle est éditée par le Groupe d’Etudes Géopolitique, une association indépendante domiciliée à l’Ecole Normale Supérieure à Paris

(6) L'acronyme GAFA désigne quatre des entreprises les plus puissantes du monde de l'internet (et du monde tout court !) à savoir : Google, Apple, Facebook et Amazon. Ces firmes possèdent un pouvoir économique et financier considérable (parfois supérieur à un Etat).

 

 

 

Notes :

-      France- Allemagne- Russie : retour que une alliance atypique. France-Allemagne-Russie : Retour sur une alliance atypique (robert-schuman.eu)

-          La France et l'OTAN : présentation - France OTAN (delegfrance.org)

-          Dissuasion nucléaire en Europe : convergences, singularités et perspectives de coopération ? fondation pour la recherche stratégique ; 032021.pdf (frstrategie.org)

-          France-Otan France/Otan : les arguments pour et contre (lefigaro.fr)

-          Vente d’hélicoptères annulée : rien ne va plus entre Paris et Varsovie (france24.com)

-          Le SCAF franco-allemand est-il en danger ? Le SCAF franco-allemand est-il en danger? | AeroDefenseNews

-          La France aurait-elle intérêt à lancer un projet de nouveau char sans attendre le MGCS? | Zone Militaire (opex360.com)

 

 

 



13/03/2021
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