ATHENA-DEFENSE

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Point de vue Russe sur l'achat de Mistral...

Vue du coté Russe, l'achat de Mistral paraît gagnant/gagnant….

  

Par Alina Tchernoïvanova, RIA Novosti

       

 

Le Mistral est enfin acheté", ont probablement soupiré, les militaires russes exténués. "Dieu merci, on l'a vendu!", se sont certainement exclamés les constructeurs français. Le 17 juin, à Saint-Pétersbourg a été signé le contrat d'achat à la France de deux porte-hélicoptères pour les besoins de la marine russe. Probablement, les experts militaires indépendants ont raison lorsqu'ils disent que les Mistrals apporteront peu à la flotte russe. Mais la transaction est tout de même historique: la Russie sauve les chantiers navals français de la faillite en achetant pour la première fois un matériel militaire important à un pays membre de l'OTAN. A son tour, la France reconnaissante stimule l'entrée en Russie des milieux du grand business européen. Et ce n'est que le début. Avant la fin de l'année, les militaires russes devront déterminer si deux autres bâtiments sont nécessaires pour la marine nationale.

Les caractéristiques du porte-hélicoptères

La Russie a signé avec la France un contrat pour l'achat de deux porte-hélicoptères de classe Mistral. Le document à été signé à Saint-Pétersbourg par le directeur général de l'agence russe d'exportations d'armements Rosoboronexport Anatoli Issaïkine, et le président du groupe de construction navale DCNS Patrick Boissier en présence du président russe Dmitri Medvedev.

Le montant du contrat s'élève à 1,2 milliards d'euros, a déclaré aux journalistes le directeur général de Rosoboronexport Anatoli Issaïkine.

"Ce bâtiment peut être utilisé comme navire de commandement supervisant les actions d'un groupe déployé dans toute région de l'Océan mondial pour remplir des missions humanitaires et de maintien de la paix, a expliqué le commandant de la marine russe, l'amiral Vladimir Vyssotski. De plus, ses capacités en termes d'aide humanitaire pour la population dépassent de par leurs caractéristiques les bâtiments actuels en Russie de plusieurs fois."

"Je souligne une nouvelle fois, a-t-il ajouté, que le Mistral ne peut pas être considéré séparément comme un porte-hélicoptère ou un bâtiment de débarquement, un navire de commandement ou un hôpital flottant. La présence à bord des navires de cette classe d'un centre de commandement permet de gérer les forces de différente taille à toute distance de la base de la flotte dans les régions maritimes et océaniques."

M. Vyssotski a fait remarquer que les "technologies utilisées pour la construction de tels bâtiments [permettaient] d'intégrer au projet existant les systèmes d'armement russes, y compris les moyens de débarquements et l'aviation embarquée."

Le Mistral et son éprouvante épopée

L'épopée de l'achat des porte-hélicoptères Mistral a commencé en été 2009. Le chef de l'état-major général russe Nikolaï Makarov a annoncé à l'époque l'achat prévu d'un navire français et la construction conjointe avec les Français en Russie de trois autres bâtiments de cette classe. D'ailleurs, M. Makarov a exprimé l'espoir de signer tous les contrats nécessaires avant la fin de l'année 2009.

Cette nouvelle a provoqué une vague d'indignation parmi les experts. L'achat de navires conçus par un pays membre de l'OTAN est devenu pratiquement l'un des symboles de la réforme de l'armée russe. La Russie n'avait encore jamais réalisé de transactions aussi importantes avec les pays étrangers pour les besoin du ministère de la Défense (cela a même éclipsé l'achat des drones à Israël).

D'autant plus que la nécessité d'acheter précisément ces bâtiments soulevait un grand nombre de doutes. S'il ne faut pas compter sur les constructeurs navals nationaux, il faut au moins étudier d'autres offres étrangères. En particulier, les experts ont attiré l'attention sur le sud-coréen Dokdo et le néerlandais Johan De Witt. L'espagnol Juan Carlos I est considéré comme la version avancée du bâtiment de débarquement polyvalent. Dans la presse, les spécialistes insistaient sur le lancement d'un appel d'offres.

Aussi étrange que cela puisse paraître, le ministère russe de la Défense a réagi à la demande publique et à lancé un appel d'offre. Les autorités et les constructeurs navals français, qui comptaient sérieusement sur la signature du contrat, ne s'y attendaient pas. Toutefois, il est clair que c'était un stratagème bien mûri dans le cadre des négociations.

A l'époque, les négociateurs étaient en désaccord concernant le mode de fourniture. La Russie insistait sur le fait que trois des quatre bâtiments devaient être construits en Russie. Et les Français comptaient occuper leurs propres chantiers navals qui chômaient sans commandes importantes (le chantier naval de Saint-Nazaire est au bord de la faillite). La DCNS insistait donc sur la construction d'au moins deux bâtiments en France.

Gagnant d'office

Cependant, l'appel d'offres s'est conclu sans surprises, remporté par le Mistral. Pas tant pour ses caractéristiques techniques que pour des raisons politiques. Grâce à ce projet, la France et la Russie élargissent considérablement leurs contacts politiques et d'affaires. Le 25 janvier 2010, un accord intergouvernemental a été conclu pour l'achat des Mistral sans préciser les délais et le montant du contrat.

Mais la préparation du contrat rencontrait beaucoup de difficultés. Les négociations ont failli à plusieurs reprises se retrouver dans l'impasse.

Le point le plus controversé restait la transmission à la Russie des systèmes de commandement de l'OTAN: le système d'exploitation navale des informations tactiques (SENIT-9) et le système d'information et de commandement du XXIe siècle (SIC-21). Les Français étaient d'accord pour transmettre à la Russie le SENIT-9 sans la licence de production. Mais ils refusaient catégoriquement de céder le SIC-21. Ce système équipe le seul porte-avions français Charles de Gaulle.

En mai 2011, le ministère russe de la Défense a intégralement changé l'équipe de négociateurs après la défection de deux représentants clés du ministère: l'adjoint du commandant de la marine pour les armements Nikolaï Borissov, et le premier vice-ministre de la Défense Vladimir Popovkine. Le vice-amiral (Nikolaï Borissov) a été renvoyé. Et le 29 avril, M. Popovkine a été nommé à la tête de l'agence spatiale fédérale russe Roskosmos.

Rosoboronexport s'est alors chargé des négociations avec le groupe DCNS. Enfin, le 26 mai, après la rencontre de Dmitri Medvedev avec Nicolas Sarkozy au G8 de Deauville, le président français a déclaré que les pays s'étaient définitivement entendus sur la fourniture des Mistrals.

La signature du contrat a mis un point final à cette histoire. Les parties sont parvenues à trouver des positions mutuellement avantageuses. Notamment, comme l'a déclaré le président du groupe russe unifié de construction navale (OSK), Roman Trotsenko, en répondant aux questions dans les couloirs du Forum économique international de Saint-Pétersbourg, près de 40% des travaux sur la construction des deux porte-hélicoptères seront effectués par les constructeurs russes.

De plus, selon le président d'OSK, la France est allée jusqu'à "un niveau de coopération sans précédent pour les technologies, les équipements aériens, les systèmes d'information et de commandement et les systèmes de communication." Le contrat inclut le coût de la formation des équipages, l'adaptation de la documentation et la licence pour trois technologies, dont le SENIT-9.

A suivre. Le porte-parole d'OSK Alexeï Kravtchenko a expliqué que "si avant la fin de l'année le ministère russe de la Défense prenait la décision et se mettait d'accord pour l'achat de deux autres porte-hélicoptères, le prix serait fixé selon les paramètres actuels", et ces porte-hélicoptères seraient construits en Russie. "Si la décision n'est pas prise avant la fin de l'année, de nouvelles négociations seront organisées", a déclaré le porte-parole d'OSK.

 



07/07/2011
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