ATHENA-DEFENSE

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Projet MGCS ( Main combat ground system) Pour quoi faire?

Alors que la France et l'Allemagne s'engagent sur deux projets militaro-industriels majeurs,  le NGF (Next generation fighter remplaçant du Rafale) piloté par la France avec Dassault et Airbus,  Safran et MTU Aero Engines pour les réacteurs et le MGCS (Main combat ground system) piloté par l’Allemagne, avec Krauss-Maffei Wegmann associé à Rheinmetall et Nexter, futur char de combat remplaçant du Leclerc et du Léopard 2, l’interrogation sur l’opportunité de ce dernier projet m’apparait d’actualité.

 

 

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MGCS

 

 

L’histoire a démontré que la coopération dans le domaine des blindés  avec l’Allemagne n'avait jamais abouti en raison d’intérêts industriels divergents, de règles budgétaires et de gouvernances différentes et de contraintes imposées dans le domaine de l’exportation, ce qui fait que les principales armées européennes n’ont jamais pu s’équiper de chars communs.

Le dernier exemple de coopération franco-allemande ayant capoté est celui de l'abandon du MALE RPAS pour Medium Altitude Long Endurance Remotely Piloted Aircraft System, un drone bimoteur, trop gros, trop cher et ne correspondant pas aux besoins opérationnels français. 

 

L’Allemagne a  donc construit le Léopard (plus de 2145 Léopard 2 ) avec un réel succès à l’exportation quant à la France,  elle  s’est contenté de produire 406 Chars Leclercs pour l’armée de terre française et 388 pour les EAU, avec un objectif de 200 chars Leclercs modernisés en ligne en 2030. L'objectif était tout au début du projet d'en construire 800 pour la seule armée française. 

 

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Leopard2-A5

 

 

Sur la plan des divergences politiques et industrielles, le sujet est sensible,  on pourrait évoquer, à titre d’exemple, le refus par l’Allemagne en 2014 d’autoriser les exportations d'armes de fabrication française lorsqu’elles contiennent des composants allemands. trois contrats étaient concernés à l’époque, un contrat de vente de missiles antichars Milan ER de nouvelle génération, produits par MBDA et achetés par le Quatar, dont la "tête militaire" était fabriquée en Allemagne, celui de véhicules blindés Aravis, produits par la firme Nexter, dont le châssis est de fabrication allemande et la vente d'hélicoptères Cougar d'Airbus Hélicoptères à l' Ouzbékistan en raison de la boule optronique de l'appareil  qui est fabriquée en Allemagne.

L’Allemagne impose  à la France sa politique restrictive mais se permet d’exporter sans trop de précautions ses propres produits, y compris sensibles, lorsqu’elle le juge utile,  plus pour des raisons mercantiles que pour des raisons de politique extérieure.

  

Il est vrai qu’en 2019 un accord franco-allemand fut signé dans le domaine des exportations d'armes. Berlin s'est notamment engagé à ne pas bloquer des matériels militaires français à l'exportation ayant moins de 20% de composants ou équipements allemands, mais tout accord peut être remise en cause, et dans ce domaine comme dans d’autres, notre indépendance nationale est fragilisée. Ajoutons à cela les restrictions américaines en matière de composants, y compris pour le Rafale et nous aurons mesuré toute la réalité de notre souveraineté dans le domaine de l’exportation des armes françaises. À cela on peut rajouter la vente de quelques fleurons de notre industrie stratégique qui touche le domaine de la défense, la liste est longue dont Alsthom coupé en deux, Latécoère, Alcatel, etc…

 

 

La seconde question est de savoir quel type de chars correspond réellement à nos besoins, l’Allemagne restant attachée à la fabrication d’un char lourd de l’ordre des 50-60 tonnes, il semble que notre réflexion est plus ouverte. 

Ne devrions-nous pas plutôt nous interroger sur le besoin d’un système à vocation très agressive, plus mobile,  construit sur la base d’un blindé chenillé de l’ordre des 30 t, en nombre significatif, (au minimum 400 à 500 exemplaires), pour équiper deux ou trois brigades blindées ?  Ce char moyen,  (c’étaient le cas de l’AMX30B2) pourrait posséder toutes les caractéristiques d’un vrai "chasseur de char" capable de rééquilibrer notre infériorité numérique qui sera de toute manière jamais comblée face aux menaces de nations faisant reposer leur forces terrestres sur une capacité offensive à base d’unités fortement blindées et fortement appuyées, sans réel trou capacitaire.  

Un char moyen (moins cher qu'un char lourd) permettrait de résoudre une partie du transport et de la logistique, car celui-ci serait transportable dans un A400M sur 3500 Km ce qui n'est ni la cas du leclerc ni de son éventuel sucesseur. 

 

En Europe, dans le domaine des forces classiques nous sommes aujourd’hui en position de grande faiblesse, c’est une réalité partagée par tous, Etats-Majors et représentation nationale, et il est inutile d’en rappeler ici les raisons.

Le rapport de force  est en notre défaveur (France-Grande-Bretagne-Allemagne), de l’ordre de 1 blindé chenillé contre 10 à 20, 1 pièce d’artillerie-LRM contre 20 en comparaison avec les principales puissances continentales.

 

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projet de char léger américain ( http://www.opex360.com/2019/07/05/char-leger-faveurs-us-army-veut-500-exemplaires-2025/)

  

Le fait d’affirmer que la probabilité d’entrer en guerre contre la Chine ou la Russie serait faible, n’est pas un argument, celle d’invoquer la protection de nos forces de frappe nucléaires non plus, en tout cas, cet argument est insuffisant, car les forces nucléaires, doivent reposer sur des forces classiques conséquentes et crédibles. Très tôt,  le général Ailleret, chef d'état-major des armées, avait publié en avril 1964 un article de réflexion sur le rapport forces conventionnelles forces nucléaires sous le titre " Unité fondamentale des armements nucléaires et conventionnels ".

 

La conception chinoise de la dissuasion est fondamentalement différente de la conception occidentale, celle-ci repose sur la force de disuassion générale (zongti) comprenant la force de  la "guerre populaire". La force nucléaire n'étant qu'une partie de la puissance de dissuasion génerale. Le récent glissement des américains vers l'utilisation d'armes nucléaires tactiques lancées de leurs SNA est une sorte de retour en arrière. 

 

Au cours de l’histoire, nos engagements dans des guerres furent toujours en raison de nos alliances, et ces alliances, dans le cadre de l’OTAN notamment, peuvent nous entrainer dans un conflit contraint.  Les raisons en sont nombreuses, l’attitude « offensive » de la Russie, justifiée ou non et ce n’est pas le sujet (Géorgie, Crimée, Donbass…), la position dominatrice et parfois provocatrice de l'OTAN envers elle, mais aussi l’attitude agressive de la Turquie, (laquelle dois-je le rappeler, fait partie de l’OTAN), envers l’Europe et singulièrement envers la France, et qui reste pour l’instant, l’allié incontournable de Washington. (en dépit de l'achat de systèmes SA russes et par conséquence de l'annulation de l'acquisitions des F35) 

 

Il faut aussi tenir compte du danger que pourraient représenter d’autres nations telles que l’Algérie (1112 T90-T72 et 700 T 55-T62), et les pays du Moyen-Orient vrais faux-amis et ceux du Levant, Iran, Syrie qui possèdent tous un nombre de chars considérables pour ne citer qu’eux.

 

Pour mémoire, la France et l’Allemagne ne peuvent aligner que 580 chars de combat (200 Leclerc et 380 Léopard 2A8), le Royaume Uni maintient environ 200 Challenger. En tout, les pays européens pourraient aligner environ 3000 chars sur le papier, (Pologne y compris) bien moins en réalité. En face, la Russie possède en ligne et en stock plus de 22000 chars de combat, mais à quoi cela peut-il donc servir si ce n'est de dissuader un adversaire potentiel, vu du côté russe, l'OTAN, la Chine, la Turquie?

 

 

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Leclerc

 

 

Il faut donc se rendre à l’évidence, attendre 2040, pour équiper notre corps blindé, qui est à reconstruire totalement, avec un char qui sera bien entendu, (les éléments de langage sont connus d’avance), le meilleur, le plus performant mais dont le prix sera à la hauteur des ambitions et de toute façon bien trop cher pour équiper nos forces de manière significative. Et quid de l’évolution des autres forces. Or l’urgence, c’est maintenant et  2040, compte tenu de la montée des insécurités, c'est loin. 

 

Quelques pistes de réflexion concernant nos besoins.

 

Le char Leclerc est un excellent char, il sera revalorisé dans le cadre du programme Scorpion et peut encore tenir bien au-delà de 2040, mais 140 chars en ligne pour 200 revalorisés en 2030 ne peuvent représenter au mieux que le colonne vertébrale d’un corps blindé apte au combat de haute intensité. Le squelette est là il reste à y mettre la chair et les muscles.

 

Dans ce cadre, il pourrait être associé à un char plus léger de l’ordre des 30 tonnes, possédant des capacités de franchissement, avec une tourelle déshumanisée armée d’un canon puissant à tir rapide (calibre 57 ou plus) et de missiles TAVD (tir au-delà de la vue directe de portée 6 à 8 km associé à des systèmes d’acquisition dédiés de type drones). Le TAVD à portée de 8 km a été étudié lors des pré-études Scorpion et abandonné depuis pour des raisons budgétaires, or il a été démontré lors de cette étude toute la pertinence tactique.  Ce projet est à la portée de nos industriels et nous pourrions avant 2025 proposer des prototypes en utilisant les briques technologiques largement développées sur le Jaguar.

Le besoin d’un engin chenillé d’accompagnement digne de ce nom, comparable au BMPT russe ou ADATS américain, que j’ai décrit lors de mon précédent article est aussi une piste intéressante.

 

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ADATS e système d'arme antiaérien et antichar (Air Defense Anti-Tank System, ADATS) est une plate-forme mobile de défense aérienne à basse altitude pouvant engager des objectifs varié

 

 

Les brigades Scorpion telles que nous les construisons aujourd’hui sont des brigades médianes très performantes aptes au combat collaboratif, mais bien trop légères pour peser dans l’environnement d’un combat de haute intensité. Elles répondent au besoin immédiat d’aujourd’hui (2030) mais ne sauraient répondre aux possibles combats de haute intensité d'un demain imminent, surtout par le fait que nous perdons peu à peu aussi notre avantage dans la maitrise du ciel et qu’il serait temps de renforcer aussi notre protection anti-aérienne moyenne couche.

« Faire la guerre » c’est aussi se préparer pour contrer les menaces immédiates et il est plus qu’urgent de s’y contraindre.

 

Nous avons adapté notre outil guerrier avec des trous capacitaires identifiés (dans le renseignement, la 3d, la mobilité) pour les combats dans lesquelles nous sommes engagés.  Cependant, notre supériorité qualitative est en train d’être rattrapée voire dépassée, y compris dans des domaines où nous nous considérions comme étant les meilleurs.

 

Le commandement fait des efforts louables et la prise de conscience est réelle. Le pragmatisme consiste a affronter la réalité d’aujourd’hui, et la réalité d’aujourd’hui montre que nous devrions nous préparer aujourd’hui avec des outils d’aujourd’hui et donc d’apporter des réponses aux questions qui se posent. Je ne suis pas certain qu’en 2040 un char lourd aussi perfectionné soit-il ne soit nécessaire face à des forces qui elles aussi auront évolué. Perdre le combat d’aujourd’hui pour supposer gagner celui hypothétique de demain relève d’un pari osé.

 

Mais il est vrai que « seul celui qui combat peut perdre mais que celui qui ne combat pas a déjà perdu » (Berthold Brecht), il ne faudrait pas prendre l’habitude d’éviter le  combat pour éviter de perdre...  

 

Roland Pietrini

 

Liens :  Le char léger retrouve les faveurs de l’US Army, qui en veut 500 exemplaires en 2025

                ADATS https://fr.wikipedia.org/wiki/ADATS

https://www.athena-vostok.com/armee-de-terre-francaise-le-niveau-capacitaire-1



14/02/2020
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