ATHENA-DEFENSE

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Ukraine … Armée russe réalité et illusion.

 

 

 

À l’instant où vous lirez ces lignes, alors que je les écris en ce tout début du mois de mai 2022, le conflit ukrainien aura évolué et, à ce stade, aucune hypothèse sur son évolution ou son extension, ne peut être exclue.

 

 

La bataille du Donbass suivra son cours en direction de Severodonetsk à l’Est et en direction de Sloviansk-Kramatorsk à l’Ouest, depuis Yzium et Lyman. Les forces russes localement ont un avantage de 1,5 à 2 contre 1, ce qui apparait insuffisant, cela est compensé par une supériorité en artillerie de 5 contre 1 et en forces blindées de 3 contre 1.

 

 

Carte Ukraine 3 mai.jpg
 

 

L’objectif est la jonction entre les forces venant de Crimée et celle poussant sur le Donbass, afin d’interdire définitivement aux Ukrainiens la mer d’AZOV et menacer fortement tous les débouchés sur la mer Noire, et donc Odessa. La partie est et sud de l’Ukraine serait donc entièrement conquise et l’accès à la mer Noire désormais interdite à l’Ukraine, ce qui est inconcevable.    

 

En réalité, pour les Russes, gagner la bataille du Donbass [RP1] équivaut à s’emparer d'un rectangle de 100 km de front sur 70 de profondeur, soit la superficie d’un département français, dans lequel se trouve trois grandes villes. Or, l’issue de la bataille dépendra essentiellement de la capacité des forces ukrainiennes à tenir dans l’attente de l’arrivée de l’aide occidentale, d’autant plus que les Russes possèdent la supériorité aérienne, même si elle est contestée par l’apport massif des Manpad[RP2] .  

 

C’est pourquoi un seconde bataille est en cours et risque de durer dans le temps, c’est celle de la destruction des nœuds ferroviaires et des infrastructures dans la profondeur afin de contrecarrer l’arrivée des armes lourdes livrées à l’armée Ukrainienne par l’Occident.

 

La question se pose aussi de la constance et de l’importance de l’aide occidentale qui a, dans un premier temps, servi à vider les stocks d’armes datant de la guerre froide (T72- Dana- artillerie tractée- missiles antichars et anti-aériens) immédiatement utilisable par les Ukrainiens, puis qui livre désormais des armes plus modernes (Artillerie- Caesar, obusiers Howitzers, blindés anti-aériens etc…), ce qui demandera de la part des occidentaux un effort de formation et de soutien technique et tactique.  Avec une aide de 33 milliards de dollars, dont 20 pour l’armement promise par les Américains, la guerre en Ukraine a changé de nature, à comparer avec le 1,2 milliard d’euros promise par l’Europe.  

 

Dans ces conditions, les chiffres parlent d’eux-mêmes, le sujet de la cobelligérance apparait secondaire, la réalité montre que ce conflit est devenu celui des Etats-Unis contre la Russie, de l’OTAN contre Russie,  dont les Ukrainiens sont en quelque sorte les combattants par procuration.

 

En réalité, la volonté est de réduire par tous les moyens la puissance militaire russe. Les propos tenus par le secrétaire d’État à la défense américain Lloyd Austin sont sans ambiguïté « Nous voulons maintenant voir la Russie affaiblie à un point tel qu’elle ne puisse pas recommencer ce genre de choses, comme envahir l’Ukraine. »

 

En conséquence, la question d’un engagement plus direct de l’Otan se posera à un moment ou à une autre, si un accord diplomatique n’est pas trouvé entre-temps. La seconde question est de savoir si cela va dans l’intérêt de la France et de l’Europe de suivre les Etats-Unis dans cette politique ? La question mérite d’être posée, je n’ai pas la réponse.

 

Mais venons-en aux faits.

 

L’Etat-Major russe a commis, au tout début de l’invasion, des erreurs qui relèvent de l’incapacité à se remettre en question.  Le maréchal Le Bœuf, ministre de la guerre sous Napoléon III, qui présenta le texte de la déclaration de guerre en 1870 affirma « Nous sommes prêts et archi-prêts, la guerre dût-elle durer deux ans, il ne manquerait pas un bouton de guêtre à nos soldats ». Il est probable que Sergueï Choïgu, ministre de la Défense de la Fédération de Russie, et Valery Gerasimov, chef d'Etat-major de l'armée russe, ont fait à Poutine à peu près la même déclaration après les manœuvres Zapad (ouest) ; Davaï ! on est prêt ! mais comme dans tout exercice la certitude de victoire est d’autant plus assurée que l’ennemi qui fait face est toujours taillé pour perdre !

 

 

L’ordre de bataille russe, qui sur le papier paraissait en capacité de détruire en quelques jours l’armée ukrainienne, s’est révélé insuffisant face à la détermination des soldats ukrainiens et à la résilience de sa population.  Rien ne s’est passé comme prévu.

 

 

Le choix de répartir les forces sur 4 axes s’est avéré une erreur stratégique. Deux axes au nord, un à l’est, un au sud ont complexifié la manœuvre logistique, ce qui a permis aux forces ukrainiennes de désorganiser le ravitaillement vers l’avant, compte tenu de l’incapacité de l’aviation russe à détruire totalement les capacités de défense sol-air ukrainienne.  La prise des principaux aéroports ou leur destruction a été un échec, les troupes aéroportés se sont retrouvées rapidement isolées et sans appuis, compte tenu du retard des colonnes blindées sensées les rejoindre.

 

 

 

 

colonne de chars détruits.JPG

 

 

 

 " L’armée russe va continuer de mener cette opération militaire spéciale jusqu’à ce que tous les objectifs soient atteints ", affirmait le porte-parole du ministère russe de la Défense, Igor Konachenkov. Avec pour but, la " dénazification " et " démilitarisation " de l’Ukraine.

 

 

 

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Mais la défaite des colonnes russe sur l’axe Biélorussie-Kiev, l’abandon des conquêtes des grandes villes, a sensiblement changé les plans initiaux et appelé à plus de modestie. Les pertes ont et sévères des deux côtés, mais avec des conséquences plus marquantes du côté russe, car une troupe à l’offensive qui recule, subit.

 

 

Les forces qui s’opposent sont considérables, même si on a ignoré le volume et les capacités des forces ukrainiennes les toutes premières semaines, il a été constaté leur capacité à exploiter les opportunités et à mener une défense mobile efficace, à couper les voies de communication et de ravitaillement, face à une armée russe peu manœuvrière enfermée dans un système rigide de planification. 10 généraux tués, 1 amiral, de nombreux commandants d’unités et un croiseur coulé, un PC, celui d’Izioum, un nombre considérable [RP3] de matériels et de soldats.

 

L’aide occidentale est arrivée très tôt dans le domaine du renseignement notamment et la livraison de missiles, de canons, de munitions est considérable, mais cela demandera du temps, voire, une réorganisation de certaines unités ukrainiennes.

 

Mais cette armée russe, qu’elle est-elle ? Que vaut-elle ?  Trop souvent, on a tendance à mesurer la puissance militaire à la quantité et à la qualité de son armement, en oubliant que ce qui fait la force d’une armée est la valeur de ses hommes et de son commandement.

 

Nous en avons là une démonstration évidente. Au tout début du conflit les forces en présence sont équipées quasiment du même matériel, à l’exception de quelques drones d’origine turc et ukrainien, or le plus faible a fait reculer le plus fort. Cela est dû essentiellement à trois éléments complémentaires, la combativité des soldats ukrainiens, la passivité des soldats russes, mal préparés, l’apport du renseignement américain.

 

Or, la nouvelle doctrine militaire russe qui est l’expression d’une politique extérieure en rupture avec l’Occident et qui est censée s’appuyer sur une armée en partie professionnalisée et moderne a révélé le gouffre qui existe entre l’intention et l’action.  

Il est intéressant de rappeler les grands lignes de la doctrine russe.

 

Ce sont les changements de la situation internationale, vues par les Russes, qui sont à l'origine de la décision de redéfinir la doctrine.

 

La menace y est clairement identifiée, il s’agit pour le général Ivachov, ancien responsable des relations internationales au ministère de la Défense, « des États-Unis et de ses satellites au sein de l'OTAN dans leur tentative d'établir un contrôle global sur les ressources de la planète, les communications stratégiques et des régions clefs du monde, où la Russie devient leur cible no 1 ». Quant à l'adjoint de M. Gareev, le général colonel Korobouchine, il considère qu'il s'agit en premier lieu de « l'expansion de l'OTAN et de la politique plus dure des États-Unis qui en justifie l’orientation nouvelle »

 

 

La conséquence est la conduite d’une politique plus dure envers l’Otan et désormais le refus de reculer face à ces menaces.  

 

Vladimir Poutine, lors de son discours de Munich de février 2007, avait été très clair, sa vision était celle d’un monde dominé par l'unilatéralisme américain et son « messianisme », avec pour exemple, l’opération « Force alliée [RP4] » de l'OTAN de 1999.

 

 

Cela justifie la position interventionniste de la Russie, puisque selon le Kremlin, l’Otan en avait donné l’exemple.  En conséquence, la nouvelle doctrine russe est la traduction dans les faits d’une adaptation au nouveau désordre mondiale, la Russie estimant qu’elle avait un rôle majeur à jouer pour contrebalancer l’impérialisme américain. Cette nouvelle politique russe explique toutes les actions d’ingérence qu’elle mène dans le monde, sa recherche de nouveaux alliés, l’utilisation de tous les moyens, guerre, cyber, lutte d’influence, la fin justifiant les moyens.

 

« Je disais en 2014, dans un article à propos de la Crimée, du Donbass et Lougansk, en réalité, « on agite des sanctions économiques car nous sommes dans l'incapacité de dissuader Poutine tant notre faiblesse notamment dans le domaine militaire terrestre classique est parfaitement identifié et connu des stratèges russes.

 

Qu'avons-nous fait depuis ? Pas grand-chose. L’Europe est nue et compte une nouvelle fois sur les Américains et l'OTAN pour sa sécurité. 

 

En tout cas dans le domaine de l'emploi des forces russes on ne peut évoquer la surprise, ou alors ce serait de l'incompétence, nous savions et nous continuons à ne rien faire... »

 

Les forces armées de la Fédération de Russie ont été créées par un décret d’Eltsine le 7 mai 1992. Outre les forces terrestres, l’aviation et la Marine, il existe des forces indépendantes notamment les troupes de missiles stratégiques, les troupes aéroportées et les forces dites spatiales. Il y a quatre districts militaires en Russie sous un commandement stratégique opérationnel. Il faut rajouter le district stratégique de Kaliningrad sous le commandement de la Marine.

 

 

 

La doctrine militaire russe dont les fondamentaux remontent à la doctrine Frounze de 1920 évolue fortement depuis 2005, notamment sous l'autorité du général Makhmout Gareev. Le 20 janvier 2007, « à l’issue de la conférence qu’il a présidé à l’Académie des sciences militaires de Moscou, il a indiqué que son pays devra faire face à l’instabilité de certains États, mais surtout aux guerres que les Etats Unis ne manqueront pas de provoquer dans leur quête des ressources naturelles (hydrocarbures, eau etc.). La Russie s’abstiendra [RP5] de toute confrontation directe et concevra sa défense pour jouer le rôle d’arbitre mondial »

 

La réponse du Général Makhmout Gareev est intéressante : « C’est l’une des questions les plus complexes, celle pour laquelle l’éventail des opinons est le plus large. Deux postures sont apparues. La première, adoptée par la doctrine actuellement en vigueur, se concentre exclusivement sur les menaces militaires et sur les possibilités de les contrer par des moyens militaires. La seconde se base sur les transformations militaro-politiques dans le monde et prend en compte un large cercle de menaces exercées par des moyens tant militaires que non militaires. Politico-diplomatiques, économiques, informationnels, par exemple. « L’expérience » de la désagrégation de l’URSS, de la Yougoslavie, des « révolutions colorées » en Géorgie, en Ukraine, en Kirghizie et dans d’autres régions du monde est là pour nous convaincre que les principales menaces sont mises à exécution moins par des moyens militaires que par des moyens détournés. D’où la conclusion suivante : il est impossible de séparer les menaces militaires et non militaires,

 

Les références à la guerre du Kosovo, au conflit Tchétchène et les instabilités dans la périphérie sud de la Russie et désormais en Ukraine, renforcent l’idée que l’armée russe, non seulement doit être en mesure de défendre l’intégrité du territoire de la fédération de Russie mais devra être en mesure d’intervenir dans des zones déstabilisées… La Crimée, comme le Donbass, entraient selon toute vraisemblance dans la définition de ce type de déstabilisation.

 

 

défilé du 9 mai.JPG

 

 

L’armée russe semblait donc être taillée pour répondre aux menaces perçues par les penseurs politiques du Kremlin. Les unités terrestres ont été divisées par deux, les exercices militaires ont été plus nombreux et le budget équipement et modernisation est passé d'environ 5,5 milliards d'euros à 25 milliards, la professionnalisation accélérée, mais la formation est négligée, un pilote russe vole deux fois moins en entrainement qu’un pilote de l’OTAN.

 

La professionnalisation d’une partie de l’armée, la course à la sophistication, la mise en scène de certaines avancées techniques, missiles hypersoniques, sous-marins nucléaires etc…, ne saurait cacher la réalité de ce qui reste de l’armée russe, héritière directe de l’armée rouge, commandée par des chefs dont le principal mérite est d’être fidèle au régime et pour les plus gradés marqués par la guerre froide.  La masse fait partie de son ADN.

 

Mais cette masse, que l’on présente parfois comme un élément décisif dans une bataille par la capacité de submersion des forces adverses a atteint ses limites.

 

Car la masse ne peut fonctionner que par son intégration dans une manœuvre globale, impliquant la gestion des appuis, une coordination sans faille, une manœuvre logistique intégrée dès la conception des plans initiaux, des stocks considérables de carburant, de munitions, de pièces détachés et surtout la possibilité de pousser vers l’avant cette masse nécessaire à la masse.   Or, ce qui a pu être observé démontre des carences dans la conception même de la manœuvre logistique, par imprévoyance mais surtout par défaut structurel.  

 

Ce qui avait été observé lors de la guerre froide par des organismes spécialisés [RP6] dans la recherche du renseignement sur les forces soviétiques s’est confirmé en Ukraine face à une ennemi bien différent de celui qu’avait eu à affronter les forces russes en Ossétie, en Géorgie, au Tadjikistan, lors des deux guerres de Tchétchénie, lors de l’annexion de la Crimée, lors de la guerre du Donbass en 2014, lors de leur participation au conflit Syrien. Depuis 1941, l’armée russe n’a jamais été confrontée à une guerre de haute intensité, car la guerre d’Afghanistan, de 1979 à 1989, était une guerre asymétrique.

 

Or, dès le début de l’opération dite spéciale, l’armée Russe a fait face a une armée ukrainienne entièrement reconstruite depuis 2014, préparée et s’appuyant sur une force de réservistes prêts à une guerre de DOT[RP7] .

  

Cette armée ukrainienne, avec 247 000 militaires dans le service actif (en 2021), et environ 900 000 réservistes et 2 brigades blindées, 8 brigades mécanisées, 2 brigades aériennes, 1 brigade aéroportée, 3 brigades d'artilleries, et 1 brigade anti-char, elle représentait en 2021 un volume de chars et de blindés 13 fois supérieur à celui de l’armée française. 2596 chars [RP8] essentiellement des T64 revalorisés, alors que comparaison n’étant pas raison, nous aurons en ligne 200 Leclerc en 2025, sans une protection sol-air base couche, sans possibilité de résilience. Il faudra bien que l’on se pose un jour la question de notre modèle d’armée, mais c’est une autre sujet.

 

L’armée russe a fait face dès les premiers jours et en dépit de la surprise à une masse quasiment équivalente, utilisant le même matériel mais beaucoup mieux préparée et agissant sur son territoire, ce qui a mis en évidence les carences de l’armée russe et l’incapacité de l’Etat-Major russe à coordonner l’ensemble des moyens tant terrestres qu’aériens.  

 

Avec 10 armées russes [RP9] à l’offensive et 1500 spécialistes des forces spéciales, une armée aérienne, composée peu ou prou de 2 ou 3 divisions elles-mêmes divisées en brigades, les forces terrestres étaient constituées d’environ 120 bataillons interarmes de 800 hommes en première ligne, censés combattre en autonomie pour 48 à 72h avec 1200 chars de combat, 300 obusiers et 200 avions de combat.

 

Cinq semaine plus tard, selon les services de renseignement britanniques, seuls 76 bataillons seraient encore opérationnels. Les mises hors de combat (morts, blessés, unités désorganisées) ayant été estimés à plus ou moins 40.

 

Cette force était taillée pour une guerre éclair, mais, au nord et à l’est notamment, les 4 armées russes censées prendre Kiev par le Nord et le sud-est, ont rapidement été coupées de leur lignes de ravitaillement, compte tenu des élongations. La manœuvre ukrainienne a consisté à isoler les convois de ravitaillement, afin de les détruire, tout en menant une défense mobile extrêmement efficace sur les axes de pénétration.

 

L’armée russe fut donc incapable d’appliquer le plan qui consistait, on peut raisonnablement le supposer, à s’emparer rapidement de Kiev en hypothéquant un effondrement de l’armée ukrainienne et une fuite du gouvernement de Zelensky avec une population sinon accueillante au moins neutre.

 

Une telle erreur démontre une déficience notable du renseignement militaire, une rigidité dans l’application des plans, une impréparation notable, une formation des soldats inadaptée ou bâclée, mais surtout une incapacité à concevoir un combat adapté à la réalité des situations rencontrées.

 

Cela est dû essentiellement à des causes structurelles et des défauts circonstanciels.

 

L’aspect structurel étant celui du choix de la masse quitte à sacrifier la souplesse et l’adaptabilité, celui de la verticalité du commandement sans suffisamment de relais intermédiaires, aspect culturel d’une armée héritière de l’armée rouge, elle-même héritière de l’armée tsariste, de la religion du plan qui, quoi qu’il en coûte, devra être appliqué au détriment de la prise en compte de la réalité, une tendance certaine à la procrastination, une incapacité à la coordination des moyens, une absence totale d’imagination car l’imagination peut représenter un danger, une défiance envers toute prise d’initiative synonyme de désobéissance, ce qui n’empêche pas les dérives et les débordements…

 

Les défauts circonstanciels sont la conséquence directe des aspects structurels précédemment décrits et se traduisent sur le terrain par l’incapacité à réagir face à une situation nouvelle, or si la guerre est un art comme le disait Clausewitz, « si le but restrictivement militaire qu’est le désarmement de l’ennemi reste toujours subordonné au but politique supérieur qu’est l’exécution de notre volonté par l’adversaire », il ne peut y avoir de victoire si il y a insincérité entre les objectifs à atteindre et les moyens qui y sont alloués. Ce qui est le cas en Ukraine, baptiser « opération spéciale » une action de guerre porte déjà en soi l’insincérité du langage, d’autant plus que les buts de guerre sont eux-mêmes hypocrites, le soldat pour se battre à besoin d’en savoir la raison !

 

Cela s’illustre par la suspicion des chefs envers leurs subalternes, la passivité des soldats parfois découvrant au passage de la frontière Biélorusse qu’il partait en guerre et non pas en manœuvre.  Le nombre de char et de matériels abandonnés par les équipages en état de marche est un signe qui ne trompe pas.  

 

En résumé, il est certain que l’armée russe n’a pas encore perdu cette guerre, mais elle aura d’énormes difficultés à la gagner, et d’ailleurs est-elle gagnable ? J’en doute. Puisque désormais l’affrontement n’est plus celui d’un conflit circonscris à l’Ukraine, mais bien celui d’une lutte sans merci entre deux blocs reconstitués.  

 

 

La montée des divisions et la tension entre les Etats-Unis et la Russie ne pouvaient que déboucher sur un conflit entre la Russie et l’Occident. Poutine désormais l’agresseur est tombé dans le piège des provocations, notamment celle de la volonté d’adhésion de l’Ukraine à l’Otan, qui était une ligne rouge parfaitement connue.

 

Désormais nous sommes tous tombés dans un engrenage extrêmement dangereux, car dans le cas fort possible d’un épuisement de l’armée russe en Ukraine, Poutine se posera la question d’employer l’arme nucléaire tactique.

 

Dans ce cas, quelle serait la réponse de l’Otan ?

 

Nous n’avons que peu appris de nos défaites, il suffirait d’évoquer celle qui a marqué l’histoire de notre pays à jamais. 1940, les Allemands sont passés par la « trouée des Ardennes » et non là où on les attendait, le long de la « ligne Maginot. « L’une des fautes les plus graves commise par les stratèges en général, consiste à penser les conflits du futur exclusivement à l’aune des conflits du passé[RP10]  ».  C’est pourquoi le « gagner la guerre avant la guerre » du général Thierry Burkhard, chef d’état-major des armées, pourrait se résumer par : anticipation et préparation.

 

L’armée russe pensait, elle aussi, gagner sa guerre avant la guerre, uniquement par la démonstration préalable de sa force. Mais elle a péché par son inconséquence, et pour avoir oublié que « la puissance militaire remporte des batailles, la force morale remporte les guerres »[RP11] , elle a perdu ses toutes premières batailles en sous-estimant son adversaire.  

 

L’avenir dira si elle aura la capacité de reprendre l’initiative, j’en doute, car « Les batailles perdues se résument en deux mots : trop tard.[RP12]  » Et pour « l’opération spéciale » en cours, il semble bien qu’il soit déjà trop tard.

 

Je n'ai qu'une certitude. Cette guerre a déjà changé de dimension, elle va modifier  profondément  les rapports de force en Europe et dans le monde, nous en sommes qu'au commencement

 

Roland Pietrini

 

 

 

 

 

 


 [RP1]Analyse du Colonel Michel Goya. La voie de l'épée (lavoiedelepee.blogspot.com)

 [RP2]Man-portable air-defense systems (MANPADS or MPADS) 

 [RP4]L'opération Force alliée  est l'opération militaire de bombardement par l'OTAN de cibles serbes durant la guerre du Kosovo, du  au , à la suite du massacre de Račak.

 [RP5]» cf interview du général Général Gareev : « la Russie sera l’arbitre géopolitique  [RP5]des conflits à venir » par Viktor Litovkine 

 

 [RP6]Notamment pars la MMFL de Postdam dont j’ai eu l’honneur d’appartenir.

 [RP7]Cette fameuse défense opérationnelle du territoire que nous avons abandonné en France depuis des décennies…

  •  [RP9]L’armée terrestre russe c’est 7 divisions de fusiliers motorisés ;
  • 2 divisions de chars ;
  • 1 division artillerie ;
  • 4 bases militaires ;
  • 26 brigades de fusiliers motorisés ;
  • 2 brigades de chars ;
  • 13 brigades d'artillerie ;
  • 4 brigades de fusées et d'artillerie ;
  • 11 brigades de missiles ;
  • 19 brigades de contrôle et communication ;
  • 5 brigades de protection ;
  • 5 brigades de guerre électronique ;
  • 15 brigades anti-aériennes ;
  • 2 brigades de reconnaissance ;
  • 4 brigades du génie ;
  • 10 brigades logistiques ;
  • 1 brigade de police militaire.

En 2022, la Russie disposait d’environ 2 700 chars utilisables, selon l’Institut international d’études stratégiques (IISS). Plus de 15 000 en réserve.

Source ouverte.

 

 

 

 

 [RP11]la puissance militaire remporte des batailles, la force morale remporte les guerres » général George Marshall

 [RP12]Les batailles perdues se résument en deux mots : trop tard. Général MacArtur



07/05/2022
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