ATHENA-DEFENSE

ATHENA-DEFENSE

Ukraine-Russie : un conflit sans issue

 

T 64 Donbass

T 64 Ukrainien

 

 

 

 

 

À Avdiivka, les troupes ukrainiennes ont du mal à repousser les Russes qui multiplient depuis plusieurs semaines les attaques dans un contexte hivernal de plus en plus difficile pour les hommes et le matériel.

 

 

L’échec de la contre-offensive ukrainienne du mois de juin ramène à la réalité d’une guerre qui dure maintenant depuis 8 ans. Une stabilisation du front, on devrait dire des fronts, amorce un épuisement progressif des combattants et des populations.

 

 

L’offensive éclair russe, notamment à partir de la Biélorussie de février 2022, fut un échec ; il est inutile d’en revenir sur les raisons par ailleurs abondamment commentées, mais les conséquences du côté ukrainien ne peuvent plus être cachées, les difficultés sont réelles et la résignation gagne progressivement les esprits, prémices d’un découragement possible.

 

 

Certains commentateurs prédisaient la possibilité d’un effondrement de l’armée russe, sans jamais évoquer l’épuisement possible de l’armée ukrainienne qui fait face à des problèmes importants, de recrutement, de formation, d’équipement et désormais de stratégie…

 

 

Sans vouloir être trop cruel, je citerai l’excellent journaliste Régis le Sommier qui rappelle ce que « prophétisait le général Trinquand le 12 juillet dernier dans l’émission « C dans l’air » sur la 5 « Les Russes ont perdu cette guerre mais ils ne peuvent pas l’admettre. C’était au lendemain de la rébellion de Evgueni Prigojine au sujet duquel un autre général, Michel Yakovleff, disait « le régime de Poutine est en décomposition, Prigojine est quelqu’un qui aime l’odeur de la viande pourrie et il la sent ». Le droit à l’erreur existe, tout le monde peut se tromper, mais au moins, qu’on y mette les formes.

 

 

 

La lassitude

 

 

La magnifique résistance ukrainienne des premiers mois fait désormais place à une certaine lassitude, comment cela pourrait-il en être autrement ? En face, la profondeur stratégique russe, réalité de toute l’histoire, joue à plein. Si la reconquête du Donbass est encore possible, mais à quel prix, celle de la Crimée parait hors de portée.  Le bon vieux Carl von Clausewitz le dit si bien : « En aucun cas, la guerre n'est un but par elle-même. On ne se bat jamais, paradoxalement, que pour engendrer la paix, une certaine forme de paix », il serait peut-être temps d’envisager une négociation avant que le vainqueur, quel qu’il soit, ne l’impose, mais j’ai cependant un petit doute sur le sujet concernant l’un des deux.   

 

 

Le temps long joue pour la Russie.

 

 

Pour les  Ukrainiens comme pour les Russes, l’hypothèse d’un effondrement oblige à la prudence, mais il apparait de moins en moins possible de l’envisager du côté russe dont l’outil industriel tourne à plein régime avec une économie de guerre réelle et non fantasmée.

Par ailleurs :

 

  • La Russie s’était préparée à cet affrontement et elle continue de muscler son économie de guerre.

 

  • Son économie tient le choc, en dépit d’une inflation à 15%, à titre de comparaison, elle est de 60% en Turquie et près de 7% en Allemagne. Le PIB russe sera en hausse de 5,5% en 2023 (0,7% en France) malgré un rouble faible et les sanctions, qui sont pour la plupart inefficaces et détournées, et qui devaient mettre à genou la Russie.

 

Faut-il rappeler à notre ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, ses propos de novembre 2021 « “Nous allons livrer une guerre économique et financière totale à la Russie” et “On en voit déjà les effets. Le trésor de guerre de Poutine est déjà réduit à presque rien. Nous allons provoquer l’effondrement de l’économie russe".

 

  • Les pertes en hommes et matériels sont énormes des deux côtés. En août, le ministère de la défense ukrainien chiffrait à 258 340 le nombre de soldats russes « liquidés »depuis le début de l’invasion du 24 février 2022, sans préciser s’il inclut les blessés.

 

Du côté ukrainien, les pertes sont classées secret défense, mais quand bien même elles ne seraient que de la moitié de celles des Russes, soit 125 000, ce dont je doute, le pourcentage côté ukrainien ramené à la population est supérieur à celui subi par la Russie. Près de 0,28% de pertes pour l’Ukraine et 0,17% pour la Russie ramené à la population. Si on rapporte cette statistique à la population masculine mobilisable, l’écart est pire encore.

 

  • En réalité, la contre-offensive ukrainienne du mois de juin s’est fracassée sur les lignes de défense russe, les chars occidentaux ont démontré leurs limites et dans un entretien à l'hebdomadaire britannique The Economist , le commandant en chef de l'armée ukrainienne Valeri Zaloujnya tranché : la grande contre-offensive démarrée en juin n'a pas eu l'effet escompté et  reconnaît franchement être «dans une impasse »..

 

 

122 D 30 en action

 

1222 D 30 en action

 

 

 

  • Enfin, le gouvernement russe entend mobiliser 300 000 réservistes (sur un potentiel de 25 000 000 mobilisables), alors que l’Ukraine a atteint un seuil de mobilisables difficile à dépasser, sur un total de 700 000 réservistes.

 

  • L’économie ukrainienne est sous respiration artificielle, elle ne pourra pas tenir, sans un engagement renouvelé et massif de l’Occident, même s’il est difficile de faire un pronostic, 2024 sera une année déterminante.

 

  • La question est donc de savoir jusqu’où et pendant combien de temps l’Occident soutiendra l’Ukraine. Sans vouloir être pessimiste, les exemples au cours de l’histoire ne manquent pas d’abandon en rase campagne, exemple récent, l’Afghanistan. À juste titre, Monsieur Zelensky s’inquiète de l’issue des futures élections américaines.

 

  • Même si cet engagement persiste, celui-ci risque de faiblir, à la fois pour des raisons techniques, nos stocks sont au plus bas, et nos capacité de production insuffisantes.

 

  • Sur le million d’obus promis par les Pays européens, seuls 300 000 ont été livrés. Un objectif qui ne sera probablement pas atteint, laisse-t-on entendre depuis Bruxelles.

 

Et ce n’est pas la seule promesse qui risque de ne pas se réaliser. Pour des raisons de politique intérieure et extérieure, notamment aux Etats-Unis et en Europe, la lassitude de nos dirigeants se fait sentir en dépit des discours de soutiens indéfectibles mais aussi, en raison du conflit Israël- Gaza, qui  monopolise toute l’attention et les inquiétudes.

 

 

Démographie, un combat commun perdu

 

 

L’Ukraine, avec une croissance naturelle de la population qui sera négative en 2023,  moins 195 236, (613 906 décès pour 432 738 naissances), ne peut renouveler sa population, d’autant plus qu’elle ne peut pas compter sur un apport exogène (1).

 

Ce phénomène a d’ailleurs pris sa naissance à la chute de l’URSS, et cela est vrai aussi pour le Russie.  

Pour la Russie, le défi démographique est tout autant essentiel, Poutine déclarait lors de son discours à la nation en 2020 : « Le destin de la Russie et ses perspectives historiques dépendent d’une chose : combien nous sommes et combien nous serons. »

 

Les données démographiques russes (2) sont traitées comme un secret d’Etat. Cependant, selon la même source précédente Countrymeters, la balance décès naissance serait négative de 55 367, (1 716 379 naissances pour 1 871 679 décès), pour une population qui augmente cependant de 227 890 habitants pour des raisons d’immigration. 

 

Pour les deux nations, il faut souligner un nombre de femmes bien supérieur à celui des hommes, 53,7% de femmes pour une population estimée à 146 138 00 à en Russie et 54% de femmes pour une population de 43 239 000 pour l’Ukraine…

 

 

Des objectifs stratégiques de plus en plus flous.

 

 

Peu de guerre paraissent utiles, si faut le dire et le redire, l’invasion de l’Ukraine fut déclenchée par les Russes qui se sont sentis à tort ou à raison contraint de la faire, mais c’est tout d’abord un constat de l’échec de la diplomatie et du politique.

 

La faiblesse de l’un a renforcé les certitudes de l’autre.

 

La logique des armes continuent à l’emporter sur celle d’une paix négociée. Il ne faudrait pas que les pays Occidentaux continuent d’encourager l’Ukraine à se diriger vers une impasse. Cette guerre ne peut être perdue par la Russie, et parmi les revendications de celle-ci, certaines sont envisageables, d’autres inacceptables pour l’Ukraine.  Parmi celles-ci, et afin de conclure un cessez le feu, le Kremlin attend de l’Ukraine qu’elle reconnaisse la souveraineté de la Russie sur la Crimée, ainsi que l’indépendance des deux républiques populaires autoproclamées de Lougansk et de Donetsk. L’abandon par l’Ukraine de toute ambition d’intégrer l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) et donc se conformer à un statut « hors bloc », mais qui nécessiterait une modification de la Constitution ukrainienne, où sont gravées les aspirations euro-atlantiques de Kiev.

 

Ces deux points sont essentiels pour la Russie, elle ne cèdera sur aucun des deux.  

Alors, que faire, continuer une guerre sans issue ou faire accepter dans l’honneur et le respect de l’intégrité de l’Ukraine une « finlandisation » des deux républiques populaires autoproclamées de Lougansk et de Donetsk, un abandon de toute visée sur la Crimée contre un retrait des troupes russes sur tous les territoires objets du conflit.

 

Il est peut-être temps de renouer le dialogue, la réalité de résistance de l’Ukraine ne peut être mise en doute, mais elle n’obtiendra rien par les armes. On devait plutôt l’encourager à regarder la réalité en face, « En aucun cas, la guerre n'est un but par elle-même ».

Quant à la Russie, il faut désormais lui signifier qu’aucune infraction à l’intégrité des Etats, où qu’ils se trouvent, ne sera tolérée.

 

Mais dans ce domaine, l’Occident au sens large, a aussi des progrès à faire.

 

Cela va sans dire, mais encore mieux en le disant.

 

Roland Pietrini

 

 

 

 



06/12/2023
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