ATHENA-DEFENSE

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Interview de Vladimir Poutine par Athéna Défense - seconde partie

La première partie est  :  Interview de Vladimir Poutine par Athéna Défense, première partie

 

 

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Seconde partie…

 

 

 

Pourtant votre présence en Afrique se renforce…

 

VP- Votre question est intéressante mais elle sous-tend à la fois une méconnaissance de l’histoire et un procès d’intention. Auriez-vous posé cette même question à Monsieur Obama ou Trump ou auparavant à Bush ou à Clinton ? Poseriez-vous la même question à Xi Jinping et oserais-je vous dire à vous-même (la France) qui avez des liens historiques indéniables pour le moins, qui vous ont contraints à de nombreuses ingérences en Afrique au cours de l’histoire, la France avec l’Angleterre était, me semble-t-il, des nations colonisatrices, ce n’était pas le cas de l’URSS et ce n’est pas le cas de la Russie d’aujourd’hui.

 

En cet instant, je lui coupe la parole en cessant mon hochement de tête… (j’ai pris ce tic en regardant certains interviewers professionnels)  

 

 

RP - Monsieur le président Poutine, cet argument peut aussi d’une certaine façon, vous être retourné. Nous pourrions aussi parler d’une forme de colonisation de la part de l’URSS en Europe de l’est après la seconde guerre mondiale et en Afrique. Autant que je me souvienne, vous avez fortement pesé sur des états africains, comme le Mozambique, sans parler de vos liens historiques avec l’Egypte et au Moyen-Orient.

On pourrait parler de vos liens avec l’Iran, sans parler de vos liens militaires avec l’Algérie en annulant leur dette de 4,7 milliards de dollars en échange d’un contrat d’armement substantiel, vous faites un choix stratégique, vous avez fait de même avec la Libye pour favoriser Gazprom.., par ailleurs en Libye vous avez envoyé des milices privées,  des opérateurs de la désormais célèbre SMP « Wagner » (1)…

 

Il fit un geste d’arrêt manifeste, que je respectai, après tout j’étais face à un chef d’Etat.

Il marqua très nettement un silence volontaire comme s’il réfléchissait à la poursuite ou non de notre conversation.  

Un instant, je crus que l’interview allait cesser définitivement et que je n’aurai même pas le temps d’’apprécier le thé qu’opportunément deux gardes, après avoir frappé à la porte et entré dans la pièce, déposèrent sur la table basse.

Le silence se poursuivit encore  après leur départ, puis, il me montra, avec un soupçon de sourire que je découvrais, les сдобная булочка (petits gâteaux) en me disant de me servir. Il avait marqué un point, j’étais déstabilisé et je fis tout mon possible pour maitriser mon stress, ma main droite, uniquement celle-ci, s’était mise soudainement à trembler, je pris un gâteau au miel…

Son regard à la fois étrangement bleu et transparent  se posa sur moi. Dans son complet sur-mesure de coupe italienne Brioni, boutonné haut, à larges revers gris foncé et sa chemise d’un blanc immaculée, sur laquelle sa cravate en soie de couleur framboise écrasée unie, ressortait, j’avais l’impression de ressembler à un voyageur de commerce un peu ringard.

 

VP- Nous pourrions, en effet, aussi parler de Blackwater, (2) et nous renvoyer des arguments contradictoires, nous pourrions parler des actions de la CIA en Amérique centrale dans les années 70 et 80 et des mensonges qui ont justifié l’intervention de la coalition en Irak en 2003, intervention à laquelle nous nous sommes opposés avec la France d’ailleurs et l’Allemagne.

Vous êtes-vous posé la question de savoir pourquoi vos amis américains ont sur-réagi contre la France et si peu contre l’Allemagne ?   

Mais reprenons vos questions dans l’ordre.

 

 

RP- Merci monsieur le président. (Je rajoutais du ridicule à mon aspect en le remerciant, peut-être en réaction au fait qu'il continuait à me parler...)

 

VP- Vous avez parlé d’une forme de colonisation par l’URSS de l’Europe de l’est, je vous rappelle que la France a échappé de peu en 1944 à une forme de mise sous tutelle par les Américains, si vous n’aviez pas eu à cette époque un grand chef dénommé de Gaulle, il n’est pas certain que vous n’ayez pas eu droit à une forme d’occupation américaine. Par ailleurs, Staline ne s’est pas opposé à ce que vous soyez invité à la signature de la capitulation sans condition de l’Allemagne Nazi, il est vrai que vous faisiez partie des vainqueurs et j’ai évoqué déjà votre participation à la grande guerre patriotique avec Normandie-Niémen et votre présence à Berlin n’a jamais été contestée avec les Américains et les Anglais. Vous êtes d’ailleurs parfaitement conscient de ce fait puisque vous étiez de la MMFL (3).

En ce qui nous concerne, les nations d’Europe de l’est après la seconde guerre mondiale étaient totalement détruites, elles ont toutes été libérées par la vaillante armée rouge, faut-il rappeler que les forces occidentales n’ont jamais franchi l’Elbe et la bataille de Berlin fut assumée seule par nos vaillants soldats?

C’est la Russie de l’époque qui a assumé sur le plan terrestre la bataille en Europe à l’est, après ce que je considère encore aujourd’hui comme une erreur d’avoir signé en 1939 le pacte non-agression Molotov- Ribbentrop qui faisait suite aux accords de Munich que vous aviez signés en 1938. Cet accord constatait, en fait, l’échec des négociations soviéto-occidentales en vue d'une éventuelle alliance contre l'Allemagne nazie. 

Nous avons été attaqués par les Nazis en 1941 et les Etats-Unis ne sont entrés en guerre en 1941 qu’en raison de l’agression qu’ils avaient subie à Pearl Harbor par les Japonais, alliés de l’Allemagne Nazi.

On ne reproche pas aux EU d’avoir attendu autant. Quant à la Grande-Bretagne, elle a pu résister fort heureusement aussi parce qu’elle était une île.  Il est toujours assez périlleux d’analyser l’histoire avec le regard d’aujourd’hui, surtout lorsque l’histoire est l’objet de manipulation politique.

 

 

Il marqua à nouveau un courte pause que je respectai.

 

… Mais aujourd’hui, la Russie n’est pas l’URSS d’hier et à vouloir toujours regarder l’histoire du seul point de vue occidental, cela devient vite insupportable.  Nous étions à Nuremberg du côté des juges pas des accusés. Quant à la politique de la main tendue, celle qui fut la nôtre envers ceux qui firent partie de notre sphère d’influence avant l’effondrement de l’URSS, elle est aujourd’hui bloquée par les Etats-Unis et l’OTAN et donc de l’Europe qui a décidé de calquer sa politique étrangère sur celle des Américains, faute d'en avoir une.

Je suppose que nous allons y revenir lors de la partie Russie et Europe et celle concernant la politique de coopération franco-russe.   

Mais revenons à l’Afrique. Nous accuser d’avancer nos pions en Afrique et au Moyen-Orient est une manière de ne pas assumer vos erreurs. Depuis la décolonisation vous auriez eu le temps d’organiser avec vos anciens colonisés des rapports apaisés et de progrès, je constate que ces rapports sont pour le moins marqués de défiance réciproque, et aujourd’hui vous récoltez ce que vous avez semé. Vous êtes en décroissance d’influence et ces pays sont demandeurs d’une autre politique économique et de sécurité que nous sommes les seuls en mesure de leur donner.

Vous vous êtes engagés au Maghreb et au Sahel en défenseur de ces pays contre les terroristes avec les moyens qui sont les vôtres, avec comme arrière-pensée celle de défendre vos valeurs que vous semblez mieux défendre à l'extérieur de vos frontières qu'à l'intérieur.  Certes vous obtenez des résultats mais ils sont fragiles et limités.

Sans volonté politique de mise au pas de ces régimes vous ne pourrez imposer vos idées. Je constate que vous subissez plus que vous ne prenez l’initiative et vous acceptez la dilution progressive de votre Nation peut-être par manque de courage.

Pour avoir de l'influence, il faut être fort! 

Mais je ne voudrais pas aller plus loin dans cette analyse, chaque Nation est libre de ses choix. En ce qui me concerne, j’ai pour souci de faire passer la sécurité et l’intérêt du peuple russe en premier, comme devrait le faire tout dirigeant de cette planète.

C'est une réponse qui justifie tout le reste. 

 

RP- Je vous remercie pour cette analyse partielle, en effet, mais précieuse et pour vos paroles directes et selon l’expression française sans langue de bois…

 

VP- Il y a un équivalent en russe on dit (дубовый язык), « langue de chêne », c’était la langue de l’administration tsariste que le peuple ne pouvait comprendre.

 

RP- J’aimerais aborder un sujet plus sensible, celui d’une accusation qui vous est portée, celle de la désinformation que vous auriez instituée comme arme d’influence et que vous utiliseriez contre les intérêts de l’occident et ceux de la France en particulier… Vous avez dit que vos principales préoccupations se rapportent aux intérêts nationaux de la Russie, mais cette préoccupation ne vous amène-t-elle pas à vous immiscer de plus en plus dans les politiques menées en occident afin de les faire coïncider avec vos intérêts ? Vous avez avec le président Macron un réel désaccord sur le dossier biélorusse et dans une moindre mesure sur celui de l'empoisonnement d'Alexeï Navalny, mais vous êtes relativement en accord sur le conflit du Haut-Karabakh.

Par ailleurs la France est en Europe la seule nation qui plaide pour un rééquilibrage des relations est-ouest, que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?

 

VP- Vous posez dans une seule question ......

 

Suite et fin de cet interview dans la troisième et dernière partie.   

 

 

Pour ceux qui auraient des doutes sur la réalité de cet interview, il faut conserver en mémoire que la fiction est parfois plus réelle que ne l’est la manipulation forcenée des réalités

 

 

 Roland Pietrini (4)

 

(1)    La présence au Donbass « d’hommes en vert », venus en soutien aux séparatistes pro-russes, a révélé le recours à des mercenaires russes, appelés tantôt « mercenaires », « soldats » ou « volontaires ».

L’histoire, d’après le site internet de Saint-Pétersbourg www.fontanka.ru, a commencé en 2013 avec un groupe de 267 hommes d’origine russe qui ont été envoyés en Syrie par une organisation appelée Slavic Corps (« Corps slave »), une SMP créée en 2013 et basée en Argentine. Leur mission consistait officiellement à protéger des installations pétrolières, mais ils ont été rapidement pris par la guerre civile du pays dans laquelle ils se sont impliqués. Conflit où ils subiront de lourdes pertes. Certains des survivants, de retour à Moscou en octobre 2013, ont été arrêtés et condamnés pour activité mercenaire illégale.

Cependant, comme l’explique le site globalsecurity.org, « en 2014, alors que Moscou annexait la Crimée et attisait une guerre séparatiste dans l’est de l’Ukraine, un officier de l’armée russe nommé Dmitry Utkin et d’autres ont commencé à former des unités paramilitaires pour combattre dans le Donbass ukrainien. Des groupes de mercenaires ont travaillé main dans la main avec l’armée russe. Ils se sont entraînés dans une installation militaire près de Rostov-sur-le-Don et étaient commandés par des officiers expérimentés des services spéciaux et du ministère de la Défense. En juin 2014, les premiers groupes d’environ 250 mercenaires franchissaient la frontière ukrainienne ». L’un des groupes était dirigé par le lieutenant-colonel Dmitry Utkin, considéré comme le fondateur et le chef militaire du Corps slave, puis du Groupe Wagner qui recrutera ses soldats de fortune, pour la plupart habités par de fortes convictions nationalistes, qui opéreront pour lui en Ukraine. Source RFI - https://www.rfi.fr/fr/europe/20200201-groupe-wagner-une-soci%C3%A9t%C3%A9-militaire-priv%C3%A9e-russe

 

 

(2)    Dans les années 1990 aux États-Unis, sur l’initiative du secrétaire d’État à la Défense Dick Cheney, un vaste programme de privatisation des forces armées voit le jour, donnant naissance à des sociétés militaires privées, les SMP. L’une des premières et des plus médiatisées, « Blackwater », aujourd’hui rebaptisée « Academi », fondée en 1997 par Erik Prince, un ancien des forces spéciales de l'US Navy – les Seal –, connaîtra un fort développement après les attentats du 11 septembre 2001 à New York. En Afghanistan, au-delà de ses missions défensives, Blackwater réalise des raids offensifs et létaux pour les « Special Forces » et pour la « CIA ». En Irak, comme le résume le reporter Jeremy Scahill dans son livre Blackwater. L'ascension de l'armée privée la plus puissante du monde, Blackwater agit comme une garde prétorienne en Irak et bénéficie d’une immunité quasi totale face aux allégations de violence envers les civils irakiens. Selon le New York Times, en 2011 en Afghanistan, la proportion d'employés d'agences de sécurité privées a dépassé le nombre des militaires, avec 113 000 « contractors » (nom donné aux employés de ces sociétés militaires privées dans le monde anglophone) contre 90 000 soldats.  

  

(3)    MMFL :  Mission Militaire Française de Liaison près du Haut commandement soviétique en Allemagne. 

 

(4)  À lire  une plongée dans le monde de l’espionnage 

 

 



26/11/2020
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